Entretien

HolyBrune, pour High Hopes : “Quand on chante des chansons tous les soirs sur scène, elles deviennent presque des incantations”

30 mai 2026

Par Lisa Muratore

Illustration
HolyBrune. ©Maeva Jaouen

Avec High Hopes, HolyBrune signe un premier album lumineux, nourri de funk, de R&B et d’esthétique rétro-futuriste. Entre sensualité, nostalgie et envie de scène, l’artiste revendique une création instinctive. Pour L’Éclaireur, elle revient sur la réception du disque, son rapport au live et ses influences.

Votre album High Hopes est sorti en février. Quel regard portez-vous dessus maintenant qu’il appartient au public ?

En créant cet album, je me suis mise dans une bulle. J’ai vraiment voulu faire quelque chose qui me plaisait avant tout, sans savoir comment ce serait reçu. Depuis sa sortie, j’ai eu énormément de retours positifs de personnes qui ont compris la direction que je voulais prendre et qui ont senti que j’allais plus loin que sur mes précédents projets.

Ça m’a donné beaucoup de confiance. Je me dis que ce disque peut avoir une vraie longévité et que je vais pouvoir continuer à le défendre dans le temps. Aujourd’hui, ma priorité, c’est surtout de le faire vivre sur scène et de rencontrer le public. Les retours ont été très porteurs pour moi.

Vous avez été surprise d’un tel accueil ?

On ne sait jamais vraiment comment un projet va être reçu. Celui-ci était avant tout un plaisir personnel. Je ne réfléchissais pas à faire un “tube” au sens conventionnel du terme. Alors, voir certaines chansons accueillies de cette manière, ça me touche énormément.

Cette liberté a-t-elle guidé tout votre processus créatif ?

Oui, absolument. J’ai enfin eu le sentiment de pouvoir faire ce que j’aimais en premier lieu. Et voir que cette liberté est accueillie aussi positivement, c’est très galvanisant.

Comment appréhendez-vous la scène avec ce nouveau projet ?

Pour ce projet aussi, j’ai voulu me faire plaisir. J’ai décidé de programmer une date au Trianon, que j’autoproduis. C’est une salle que j’adore, où je vais souvent voir des concerts, alors je me suis dit : “Pourquoi pas moi ?”

Avec mes précédents groupes, nous avions déjà joué à l’Olympia ou à La Cigale, mais là, c’est une nouvelle aventure, plus personnelle. C’est ambitieux pour un premier concert solo, mais j’avais envie de prendre ce risque. Et aujourd’hui, le fait d’avoir déjà vendu beaucoup de places me conforte dans ce choix.

Sur scène, j’ai surtout envie de créer un échange avec les musiciens et avec le public. Monter un set solo d’une heure quinze ou une heure trente est un vrai défi pour moi, mais c’est aussi extrêmement stimulant. J’apprends énormément.

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Quand on écoute l’album, on a le sentiment que vous êtes seule dans cette esthétique, entre nostalgie et modernité. Ressentez-vous aussi cette singularité ?

C’est un retour qui me fait très plaisir. Mais je n’ai pas forcément intellectualisé tout ça. J’ai surtout digéré mes influences et essayé de les retranscrire avec ma propre couleur. Mes références viennent beaucoup de la musique américaine, notamment des années 1980 : Aretha Franklin, Luther Vandross, Marcus Miller ou encore Michael Jackson avec Off the Wall et Thriller. Aujourd’hui, je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup d’artistes français qui explorent ce type de sonorités.

Off the Ground, de HolyBrune.

L’album est aussi très optimiste et libérateur. Était-ce votre ligne directrice ?

Oui, totalement. J’ai mis énormément d’amour et de positivité dans cet album. Je me suis rendu compte que les chansons nous accompagnent parfois toute une vie. Quand on les chante tous les soirs sur scène, elles deviennent presque des incantations.

J’avais besoin de morceaux qui me portent, qui donnent de l’élan et qui incarnent cette idée de croire en quelque chose, comme le suggère le titre High Hopes. Bien sûr, il y a aussi chez moi une part de mélancolie et un côté très fleur bleue, mais, globalement, je voulais rester dans une énergie positive.

Pensez-vous qu’il s’agisse de votre œuvre la plus personnelle ?

Oui, clairement. Je fais avant tout ces chansons pour moi. J’avais envie de convoquer de la sensualité, de l’espièglerie, de m’amuser sans concession. Certaines chansons me permettent aussi d’incarner différents personnages sur scène. Do Me a Favor, par exemple, est une chanson de rupture avec beaucoup d’ironie et de jeu. Fair Game fonctionne aussi comme un dialogue presque théâtral avec le public. J’aime pouvoir interpréter mes textes de différentes façons sur scène.

Vous travaillez autant la musique que l’image. Pourquoi cet aspect visuel est-il si important ?

Cela faisait longtemps que je n’avais pas proposé de véritable univers visuel. Avec ce premier album, j’avais envie de me présenter pleinement au public.

Pour les clips, j’ai collaboré avec des réalisatrices qui sont aussi des amies proches. Nous avions envie de travailler ensemble depuis longtemps. Pour Fair Game, Do Me a Favor ou City Lights, nous avons beaucoup échangé afin de trouver la meilleure manière d’illustrer les chansons, de raconter une histoire et de proposer une forme de voyage au spectateur.

Votre univers est très rétro ou rétrofuturiste. Quel rapport entretenez-vous avec la nostalgie ?

J’aime énormément l’élégance et le sens du spectacle de cette époque. Je suis fascinée par des figures comme Dalida, Jane Birkin, Serge Gainsbourg ou encore Sade. Il y a quelque chose de très chic dans leur manière de se présenter au public, dans le souci du détail et dans cette forme d’élégance. J’essaie de retrouver cet esprit-là et de le remettre au goût du jour.

L’album paraît aussi très moderne dans ses textures électroniques et ses synthétiseurs. Comment trouvez-vous l’équilibre entre passé et modernité ?

En studio, nous avons utilisé beaucoup de synthétiseurs inspirés des années 1970 et 1980. Sur l’introduction de certains morceaux, je voulais quelque chose de très spatial, presque cinématographique. Mais, même si ces références viennent du passé, nous avons essayé de les retranscrire à notre manière. Tout s’est fait très instinctivement. Je fonctionne beaucoup au ressenti : on cherche, on expérimente, puis, à un moment, je sais immédiatement ce qui me plaît ou non.

Comment travaillez-vous justement en studio ?

Il n’y a pas de méthode unique. Parfois, je compose seule chez moi en cherchant des mélodies vocales, parfois j’arrive avec une simple topline. D’autres fois, j’écris déjà un texte ou un thème avant de construire la musique autour. J’ai aussi souvent des références musicales qui nous aident à définir une direction, même si ensuite nous essayons toujours de nous en éloigner pour créer quelque chose d’original. Sur cet album, nous avons vraiment exploré toutes les manières possibles de travailler.

HolyBrune sera en concert au Trianon, à Paris, le 19 juin 2026. ©Maeva Jaouen

Pourquoi avoir choisi de chanter en anglais ?

L’anglais me donne une forme de distance, parce que ce n’est pas ma langue maternelle. Ça me permet peut-être de jouer davantage avec les textes. Et puis, cela s’est fait naturellement, notamment parce que je voulais rester cohérente avec mon précédent EP, Joyride, sorti en 2021. J’avais envie de prolonger cet univers musical plutôt que de changer complètement de direction. Ceci étant dit, j’aimerais proposer des chansons en français. J’adore cette langue et j’aimerais vraiment y revenir prochainement.

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Vous expliquiez récemment vouloir prendre votre temps, mais pensez-vous déjà à la suite ?

Oui, j’ai déjà envie de retourner en studio. J’ai commencé à écrire de nouvelles chansons et j’aimerais raccourcir le délai entre cet album et le prochain projet. J’ai envie d’accélérer un peu les choses maintenant !

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Article rédigé par

Journaliste