Une soul exquise et racée, dans la grande lignée des productions ambitieuses de l’âge d’or du genre, portée par un trio de vocalistes dont on peut raisonnablement affirmer qu’elles sont allées à bonne école. À la veille de la sortie de leur premier album, « The Womack Sisters », on peut vous garantir que ces trois jeunes artistes portent haut le flambeau et l’héritage d’une famille pas comme les autres.
Introduction
Si le nom de Womack évoque implacablement certaines des plus belles heures de la soul afro-américaine, comment ne pas penser qu’un tel patronyme pourrait parfois être un peu encombrant. L’histoire de la pop music en regorge. Des « enfants de » qui s’engagent à suivre le chemin tout tracé de leurs aïeux et qui se prennent les pieds dans le tapis rouge qu’on leur déroule peut-être un peu trop facilement, pensant que cette simple rampe de lancement avec l’appui de quelques médias suffira à faire tourner la machine à succès. Et par extension celle à billets.
La soul dans le sang

Enfants de Cecil et Linda Womack (les fameux Womack & Womack), nièces de Bobby Womack et petites-filles du grand Sam Cooke, les Womack Sisters (BG, Zeimani et Kucha) sont des « nepo babies » par excellence, pas de doute là-dessus. Mais les trois frangines sont avant tout d’excellentes vocalistes et songwriters qui ne doivent qu’à elles-mêmes le tour de force de ce premier album qui sort ce 14 août 2026.
Si certaines générations se souviennent parfaitement des tubes des parents Womack & Womack qu’on retrouvait régulièrement dans les charts internationaux de la charnière 80-90 (avec le tube Teardrops notamment), que dire du tonton Bobby Womack, qui reste l’un des plus brillants guitaristes/auteurs/compositeurs/interprètes de soul et de funk de la décennie 70 avant une descente aux enfers à la fin des années 80 et cette renaissance inattendue peu avant sa disparition en 2014.
Et lorsque l’on remonte dans l’arbre généalogique des Womack, c’est une autre immense figure que l’on croise dans le rôle du papy des jeunes frangines : Sam Cooke, rien que ça.
Avoir pour grand-père cette légende de l’Amérique noire des années 50-60 (l’homme derrière le mythique A Change Is Gonna Come) doit certainement pouvoir vous ouvrir pas mal de portes, quand bien même l’histoire familiale intime des Womack est digne d’une telenovela brésilien (divorces, adultères, mariages et remariages…) et que les tentatives pour garder quelques secrets au fond des tiroirs n’ont pas toujours abouti. Le chemin pouvait paraître tout tracé, mais peut-être pas si confortable in fine.
Coup d’essai, coup de maître
Miracle de la génétique diront certains, travail de longue haleine pour d’autres. Ce qui est limpide à l’écoute des 11 titres de ce tout premier album, c’est que la dynastie Womack possède donc cette filiation organique et, par rebond, le meilleur des arguments pour rester en haut de l’affiche quand l’industrie de la musique ne tente pas d’en faire de simples marionnettes marketées par un name dropping réducteur.
Il y a presque dix ans, elles avaient pourtant déjà revêtu leurs costumes néo-retro soul dans un titre qui flairait bien trop le single de circonstance formaté pour tirer le gros lot : Darling, un morceau un peu racoleur soul/pop/Motown sans beaucoup de relief. Qui en était responsable ? Cela reste un mystère.
Mais ce qui nous excite aujourd’hui est aux antipodes de ce coup d’essai tombé dans l’oubli des plateformes. Avec le label Daptone Records à la manœuvre encore une fois, on a l’assurance d’un disque qui va bien sonner dans nos casques et sur nos platines. À l’image du titre qui ouvre l’album, Chauffeur, une tirade soul qui, dès le départ, vous en dit long sur les possibilités des dames en termes de chant.
Pour la petite histoire, Chauffeur a été inspiré par leur expérience de conductrices de VTC pour financer leurs projets d’enregistrements. Comme quoi, être « filles de » ne vous épargne pas toujours de devoir trouver un job.
Et impossible de ne pas partager le génial If I Let You, tout en Latin soul vibe. Un morceau à mettre d’accord les fondus de soul à l’ancienne, cholos de East L.A. comme nostalgiques des clubs du Spanish Harlem.
Un premier album qui a plus à voir avec le coup de maître que le coup d’essai, car comme la musique de leurs aînés, The Womack Sisters devraient être là pour durer. C’est tout ce qu’on leur souhaite en tout cas.
The Womack Sisters est disponible en CD et vinyles dès le 14 août 2026.