Critique

FKJ : l’alchimiste de l’électro groove dévoile le très inspiré « Tyber »

11 septembre 2026

Par Christophe Augros

Illustration
©Roche Musique

Multi-instrumentiste surdoué et figure emblématique d’une electro-soul affranchie des frontières, FKJ s’est imposé comme l’un des artistes français les plus influents de sa génération. De ses débuts tourangeaux au succès mondial de « Tadow », jusqu’à la sortie de son nouvel album « Tyber » ce 11 septembre 2026, retour sur le parcours d’un alchimiste du son qui transforme chaque impro en or.

Introduction

Depuis son arrivée sur la scène musicale en 2017, FKJ, comprenez French Kiwi Juice, fait preuve d’un talent hors norme pour façonner des ambiances captivantes, composer des mélodies raffinées et maîtriser une grande variété de genres musicaux souvent regroupés sous le terme « groove ». Son style ne ressemble à aucun autre. La preuve avec son nouvel album, Tyber, dans les bacs ce 11 septembre 2026. Zoom sur cet artiste atypique. 

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La French Touch de Tours

Producteur, compositeur et multi-instrumentiste français, FKJ — de son vrai nom Vincent Fenton — est originaire de Tours. Né en 1990 d’une mère française et d’un père néo-zélandais, son pseudonyme « FKJ » reflète cette double culture : « French » pour la France, « Kiwi » en référence à la Nouvelle-Zélande et « Juice » pour évoquer l’énergie et le groove de ses compositions. 

Avant de devenir une figure incontournable de la scène indépendante, il a débuté comme ingénieur du son dans un théâtre tout en apprenant en autodidacte les techniques de production musicale. Il maîtrise ainsi les claviers, la basse, la guitare, les percussions, le saxophone et assure également le chant. 

Né à l’époque du new-jack swing, de la nu-soul, du jazz fusion et du trip-hop incarné par Massive Attack, le jeune artiste s’est nourri de ces références pour construire une identité unique. Ses vidéos de travail en studio publiées à ses débuts ont immédiatement séduit le public sur Internet, posant les bases d’une carrière internationale aujourd’hui pleinement affirmée.

Avec les musiciens du label tourangeau Roche Musique, il a installé une nouvelle esthétique sonore à la française. Sa musique mêle une base électronique élégante à des boucles de jazz, de R’n’B et des éléments de world music.

C’est en 2017 qu’il se fait connaître à l’échelle internationale grâce au titre Tadow, enregistré aux côtés de l’artiste jamaïcain Masego. Cette improvisation mémorable fondée sur une guitare soul acoustique, un saxophone et des claviers cumule aujourd’hui plusieurs centaines de millions de streams.

Depuis ce succès fondateur, il a continué de tracer sa voie dans une électro aux influences multiples, portée par un tempo résolument posé. En 2022, il collaborera notamment avec le légendaire guitariste Carlos Santana sur son album Vincent

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L’image au service de la musique

Mais FKJ n’est pas qu’un multi-instrumentiste surdoué. Il accorde aussi une importance cruciale à l’esthétique sonore et visuelle. Son concert mémorable au Salar de Uyuni, situé dans le plus grand désert de sel du monde en Bolivie, le clip du morceau Skyline (2017) ou encore l’EP Ylang Ylang témoignent tous d’une direction artistique d’une rare élégance.

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Les visuels se distinguent par des couleurs riches, une image soignée et des cadres soigneusement choisis. Sa production musicale s’harmonise parfaitement avec ce soin visuel grâce à des arrangements distingués et des sonorités chaleureuses. Il a ainsi réussi à bâtir une cohérence totale entre univers visuel et création sonore.

La scène comme terrain d’expression privilégié

En 2024, son album live offrait une synthèse magistrale de ses concerts donnés à Coachella, Londres, Montréal et Paris. C’est en prestation scénique que la puissance et l’énergie de sa musique prennent toute leur dimension. Rares sont les artistes français capables de s’approprier le groove afro-américain avec une telle aisance. En concert, l’artiste bénéficie d’une liberté de création que le cadre rigide du studio tend parfois à restreindre.

C’est d’ailleurs sur scène que son sens de l’improvisation s’exprime le mieux. Sa session Live from the Greenhouse avec le batteur Yussef Dayes constitue un moment fort de jazz et de R’n’B. Sa performance à Coachella accompagnée d’une section de cordes reste également gravée dans les mémoires, tout comme ses duos complices avec Tom Misch en 2016 ou Pomo en 2018. 

Tyber, l’exploration sans frontières

Funk, jazz, R’n’B et même rock : tous les genres s’entremêlent au sein des douze titres de Tyber, son nouvel album. FKJ passe de l’un à l’autre librement. Certains titrent renouent avec le groove dont il a le secret tandis que d’autres donnent priorité aux textes, à l’écriture et à l’expérimentation. Soulmates illustre parfaitement le propos. Une énergie lumineuse et un jeu de guitare qui évoque le géant Carlos Santana avec lequel il a enregistré dans le passé.

Comme souvent avec lui, les nombreuses collaborations servent des affinités artistiques. Labrinth participe à Little Little Voice, Bas apporte sa présence chaleureuse à Heavy Heart, tandis que I Want U ressuscite une improvisation enregistrée avec Eryn Allen Kane près de dix ans auparavant. Baby Rose rejoint Burst après une rencontre fortuite lors d’une soirée, et Lucy Park contribue à l’atmosphère contemplative de How Much Does It Take To Shift It All?

Comme toujours, le groove y côtoie la douceur des mélodies. Sur Leaving, un saxophone sensuel ouvre le morceau suivi d’un piano tout en placement. Même saxophone sensuel sur Heavy Heart suivi du rap de Bas et de chœurs mélodiques. Si l’artiste change légèrement la forme, il reste globalement fidèle à la méthode qui lui assure un succès croissant d’année en année. Avec Tyber, FKJ transforme une période de remise en question en un disque ouvert, mouvant et profondément humain.

Article rédigé par

Disquaire à Fnac Chambéry

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