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Mort de Cassandra Wilson : 3 albums incontournables d’une icône du jazz

04 septembre 2026

Par Julien D.

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©DR

Le monde du jazz vient de perdre l’une de ses voix les plus envoûtantes. Disparue à l’âge de 70 ans, la chanteuse américaine Cassandra Wilson aura marqué trois décennies de musique par son élégance, sa liberté artistique et son timbre grave. Retour sur son parcours et ses albums incontournables.

Introduction

Elle se faisait plus discrète ces dernières années, mais pour toute une frange de mélomanes attachés aux musiques afro-américaines en général et à ces formes de jazz décloisonné en particulier, Cassandra Wilson a été durant presque trois décennies l’une des voix les plus vibrantes de sa génération. La grande chanteuse s’en est allée ce 1er septembre 2026 à 70 ans — bien trop tôt, évidemment. Retour sur l’une des grandes voix du jazz et de la musique américaine.« Cassandra Wilson s’en est allée paisiblement, à son domicile, entourée de sa famille, de ses amis proches et de son manager », a annoncé son agent, Robert Torre, dans un communiqué, sans préciser les causes du décès de cette « artiste de jazz légendaire« , comme il l’a désignée.

Si Cassandra Wilson est souvent rattachée au renouveau du jazz new-yorkais des années 1990, ses racines profondément ancrées dans les cultures musicales du Sud auront sans équivoque donné leur relief et leurs couleurs à sa riche carrière et à sa prolifique discographie — une vingtaine d’albums.

Ses premiers pas, elle les fait en tant que musicienne amatrice dans sa ville de cœur, Jackson, dans le Mississippi. Puis ce sera La Nouvelle-Orléans, où quelques éminentes figures locales (Alvin Batiste, le patriarche Marsalis) l’encouragent à se professionnaliser. Qu’il en soit ainsi : direction New York pour Cassandra Wilson.

Le tournant Blue Note

En cette seconde moitié des années 80, une génération de musiciens, poètes, slameurs et danseurs ont pour ambition de décloisonner le langage du jazz, jugé probablement trop académique. En pleine mutation, fédérant les élans du hip-hop, du funk et d’un certain rock d’avant-garde, Cassandra Wilson rejoint le collectif M-Base, dont le saxophoniste Steve Coleman est la tête pensante. Cette nouvelle scène jazz basée à Brooklyn fait parler d’elle et publie des albums via des labels européens (difficiles à trouver aujourd’hui), sans toutefois dépasser vraiment le cercle des afficionados.

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Difficile de s’échapper des catégories qui règnent sur le marché et l’industrie du disque, mais Cassandra Wilson a d’autres atouts dans sa manche. C’est en signant au début des années 1990 avec un légendaire label de jazz (Blue Note) qu’elle franchira un cap en termes de notoriété, sans pour autant renier ses principes d’ouverture, ni ses racines du Mississippi.

Un timbre vocal d’exception aux accents graves évoquant implacablement les grandes vocalistes de soul et de blues du Sud profond, un phrasé économe et un goût pour les répertoires inattendus séduiront un public bien au-delà du cercle des simples amateurs de jazz.

Des compositions personnelles, il y en a évidemment dans sa riche discographie, mais à titre personnel, ce qui m’a toujours bluffé chez cette musicienne érudite, ce sont ses emprunts : des reprises mûrement réfléchies qui vous font parfois réécouter les originaux sous un tout autre angle.

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Qu’elle chante un succès populaire de U2, un hymne country d’Hank Williams, le glaçant Strange Fruit de Billie Holiday, une ballade soul intemporelle d’Ann Peebles, des perles cachées des bluesmen Robert Johnson et Son House, ou la prose de Joni Mitchell, Van Morrison ou Neil Young, Cassandra Wilson avait cette manière singulière de s’en emparer. De faire corps avec la chanson, de faire vivre chaque mot et, bref, de la faire sienne.

Trois albums de Cassandra Wilson à (ré)écouter

C’est principalement dans sa discographie parue sous le label « Blue Note » que l’on vous conseillera de vous (re)plonger. C’est toujours arbitraire évidemment, mais s’il fallait n’en choisir que trois, voici les albums qu’on piochera sans aucune réserve. À vous de jouer. 

Blue Light ’Til Dawn (1993)

Premier album pour Blue Note Records et grosse émotion du public qui la découvre seulement à ce moment-là. Des ballades enveloppantes qui ouvrent et referment un LP plein de surprises à la focale musicale élargie (de l’Afrique de l’Ouest à des virgules afro-caribéennes ou folk).

À l’image d’une magnifique version d’un titre majeur de « Van the Man » (Van Morrison) et de ce Come On In My Kitchen tout en syncopes. Un blues séculaire de Robert Johnson dont Cassandra, intimement liée à cette musique et à cette terre qui l’a vue naître, livre ici une relecture qui ne ressemble qu’à elle.

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New Moon Daughter (1995)

Difficile de faire l’impasse sur New Moon Daughter étant donné son succès critique et surtout public. Classé illico n° 1 au Billboard Jazz (l’institution américaine des meilleures ventes) quelques semaines après sa sortie, c’est aussi l’album avec lequel Cassandra Wilson a remporté un Grammy pour la meilleure performance vocale.

Quelques superbes compositions se glissent au milieu d’un bon pourcentage de reprises que Wilson transforme en véritables pièces d’orfèvrerie : U2, Robert Johnson, Hank Williams, Neil Young (magnifique version d’Harvest Moon), Billie Holiday et même un célèbre tube d’un vrai-faux groupe des sixties, The Monkees.

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Traveling Miles (1999)

Si les instrumentistes du jazz nous ont habitués à rendre hommage au célèbre trompettiste, ce tribute à Miles Davis par une vocaliste nous embarque dans d’autres sphères que celles de la simple performance. Un tour de force vocal où Cassandra Wilson plaque ses propres mots sur les compositions sans équivalent de Miles (Run the Voodoo Down en deux temps avec Angélique Kidjo est un must absolu). Des compositions personnelles en forme d’hommage et un casting de pointures pour un album qui, à sa sortie, a fait un beau bout de chemin à l’international.

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En cadeau bonus, si vous trouvez une copie sur le marché (car l’album est épuisé de longue date), jetez également une oreille à Thunderbird (2006), où Wilson renouait avec des textures parfois plus urbaines et où la guitare de Marc Ribot fait, comme toujours, des miracles.

Article rédigé par

Disquaire à la Fnac Montparnasse

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