Sur « spleen. social club », attendu le 29 mai 2026 en version physique, aupinard réinvente sa recette originale. À son mélange signature de bossa nova et de R’n’B, le jeune Bordelais ajoute quelques touches de jazz, de soul ou encore d’électro. Résultat ? Un premier album où la sensualité fraye avec la délicatesse, où l’amour effleure la mélancolie. En somme, un mariage heureux – ou plutôt, un cocktail subtilement dosé.
Introduction
Et d’un pour aupinard. De ses tubes quel type de vibe ? et texto à ses EP acclamés aupitape 1: hortensia (2023) et aupitape 2: pluie, montagnes et soleil (2025), l’artiste de 24 ans – dont le pseudo doit autant à son nom qu’au vin bordelais – signe son tout premier album, spleen. social club, disponible en formats CD et vinyle le 29 mai prochain.
Envoûté par la bossa nova de João Gilberto dès l’adolescence, Frédéric Opina (de son vrai nom) tisse, guitare en main, un style singulier où s’entremêlent sensualité, douceur et mélancolie. Si le succès TikTok s’avère immédiat, le jeune homme dépasse de loin le simple phénomène – et spleen. social club le prouve : un opus riche en surprises, à l’image d’un univers résolument enivrant.
Jazz, samba, électro : l’expérimentation sans fausse note
Que les fans du chanteur se rassurent : la bossa nova – qui lui réussissait déjà particulièrement bien – est toujours de la partie. Mais sur cet album, elle accepte de faire place à quelques ingrédients supplémentaires – jazz, samba, soul, électro, variété française – pour un cocktail des plus alléchants. « Comme de l’eau dans un vin, j’ai mis un peu de blues dans le jazz », dévoile-t-il dans le titre grand cru.
Dès le premier son, la couleur est annoncée. Sur peau ébène, savant mélange de R’n’B urbain et charmeur, parsemé de quelques mots en anglais, la production planante adoucit ce que les paroles ont de superficiel – le timbre soyeux d’aupinard, lui, se chargeant du reste.
Puis vient P&P, avec son rythme saccadé aux allures de club. Ici, une surprise : le rappeur Ino Casablanca – qui lui volerait presque la vedette – s’offre un couplet aussi personnel qu’inattendu, évoquant les fantômes d’une ancienne vie chaotique. Un contraste saisissant (et réussi) avec le reste du morceau.
grand cru marque une pause jazzy bienvenue, avec ce qu’il faut d’instruments en conclusion pour que la magie opère pleinement. Mais c’est un thé? qui s’impose comme la pépite de l’album : la bossa flirte avec la samba, le refrain est addictif, l’atmosphère définitivement solaire – au point de rendre séduisante l’idée d’une réconciliation autour d’un thé (ou d’un verre en terrasse, selon les goûts).
Enfin, changement de décor avec maurice. Portrait d’un homme à la dérive dans Paris, entre cigarettes et périphérique bouché, ce titre lorgne, dans son sens du détail quotidien et son auto-ironie lucide, vers un certain Orelsan : « Toute ma vie ressemble à une farce, j’attends qu’on me dise que c’est faux. » Étonnant et concluant.
aupinard, éternel mélancolique
Derrière les productions solaires et les mélodies entraînantes, le spleen infuse chaque aspect de l’univers du Bordelais. Il se niche derrière la sensualité d’appelle si tu sors – « sans toi, c’est bizarre, il peut des tonnes dehors » –, se glisse dans la délicatesse de penelope pt. 2 et trouve refuge sur ciel azur, porté par la voix délicate d’Anaïs Cardot. « Je fais une fixette sur les dates, tellement je suis mélancolique. J’essaie de la matérialiser, de faire vivre cette mélancolie au travers de mes sons », confie-t-il à France TV.
L’un d’eux, cependant, frappe plus fort. Sur une instrumentalisation posée, dont la voix modulée renforce l’effet d’étrangeté, le port des gens mal-aimés traite de honte familiale, de manque d’estime de soi : « Je ne sais même pas m’aimer, moi. » Loin du séducteur affirmé de peau ébène, il livre une facette plus vulnérable – donnant tout son sens au mot « spleen ».
Toujours surprenant, jamais décevant
L’album se clôt sur cesaria, – dont la virgule volontaire laisse planer le mystère. En honorant l’icône cap-verdienne de la saudade, aupinard boucle ce premier opus sur une note d’humilité et d’aspiration : « Parler d’amour, même quand l’amour s’en fout, garder le cœur, même quand tout devient flou. »
Un final tendre et humble – pour un disque qui, semble-t-il, a conquis son public : « J’ai sentiments pour ce son », « Ça change tellement de d’habitude mais c’est la preuve qu’aupi sait tout faire, non franchement c’est fort », « Quelle grâce d’être du même siècle qu’aupi quand même », peut-on lire dans les commentaires YouTube.
Et c’est peut-être là, la vraie marque d’aupinard : surprendre là où on ne l’attend pas, expérimenter sans jamais décevoir. La bossa nova n’a pas disparu de son répertoire (et tant mieux), mais s’enrichit désormais d’une palette de genres, de sonorités et d’influences qui traduisent tout le potentiel du jeune artiste. Spleen. social club nous a régalé⸱es – et on ne serait pas contre une deuxième tournée.