L’ex-Beatles pose un regard touchant et bienveillant sur ses années à Liverpool, avant qu’il ne devienne l’un des artistes les plus connus du monde.
Introduction
À 83 ans, l’immense Paul McCartney est de retour avec un 18e album studio, intitulé The Boys of Dungeon Lane. Composé de 14 titres, le disque prend pour nom une ancienne rue du quartier de Liverpool où McCartney a grandi.
Entre l’exercice d’introspection, l’évocation des souvenirs et le regard sur le temps qui passe, The Boys of Dungeon Lane est un album touchant et sincère. Si certains morceaux passent un peu inaperçus, les nombreuses fulgurances du disque montrent que Paul McCartney est encore et toujours un artiste qui compte.
« Rien ne reste jamais. » Paul McCartney a-t-il toujours été si nostalgique ? L’ex-membre des Beatles a régulièrement chanté sur son passé (on se souvient de The Song We Were Singing), tout en allant constamment de l’avant dans la musique. The Boys of Dungeon Lane n’en demeure pas moins son disque le plus tourné vers les souvenirs et sa jeunesse.
Le morceau phare de l’album, Days We Left Behind, donne le ton. La ballade, marquée par la voix cassée du chanteur, est une plongée sensorielle et nostalgique dans ses jeunes années. L’artiste convoque un temps qui a disparu, parle des amitiés forgées au moment où la vie est faite d’espoir et rappelle que tout change constamment. Tel un Johnny Cash en fin de carrière, Paul McCartney revient sur ses anciennes vies (que l’on ressent particulièrement sur le morceau Salesman Saint), aussi bouleversant qu’honnête.
Entre ballades touchantes et chansons heureuses
Si les chansons mélancoliques sont les plus réussies et touchantes de l’album, Paul McCartney montre sur The Boys of Dungeon Lane qu’il possède encore une énergie débordante. L’album ne se perd jamais dans une torpeur funèbre ou démoralisante. Entre chaque ballade émouvante, le chanteur revient à du rock et de la pop beaucoup plus rythmés.
Il tente des choses, expérimente avec des instruments, avec le rythme et avec sa voix, qu’il module différemment selon les pistes. Parfois confus ou inégal – malgré la maîtrise évidente de l’artiste –, l’album n’est jamais prévisible. The Boys of Dungeon Lane impose d’y revenir, de s’approprier des chansons en constante évolution. Plusieurs morceaux changent de mélodie en cours de route, varient la tonalité ou ajoutent des instruments vers la fin, donnant la sensation qu’une autre chanson commence, avant de s’arrêter brusquement. Déstabilisant dans un premier temps, le disque est l’opus libre d’un artiste qui ne s’est jamais enfermé dans un seul style, même lorsqu’il regarde par-dessus son épaule.
Le retour des Beatles ?
C’est probablement le titre le plus surprenant de l’album. Sur la chanson Home to Us, Paul McCartney retrouve Ringo Starr. Les deux derniers Beatles vivants chantent ensemble et évoquent leur enfance à Liverpool, entre les quartiers populaires et les difficultés du quotidien.
Un titre symbolique, le seul featuring officiel de l’album, et des retrouvailles qui dépassent le simple cadre d’une chanson. Paul McCartney et Ringo Starr représentent plus de choses dans la musique et l’art que ce que peut contenir un simple morceau. L’esprit des Beatles jaillit de nouveau pendant trois minutes, les fantômes de John Lennon et de George Harrison ne semblant jamais bien loin.
The Boys of Dungeon Lane est-il le chant du cygne très maitrisé de Paul McCartney ? Sans annoncer expressément qu’il s’agit d’une fin, le disque a cette allure douce-amère de conclusion. En évoquant son enfance, ses parents, ses anciennes amours, ses succès, ses difficultés, l’artiste fait un large tour d’horizon de sa vie et s’offre même le luxe de réunir les Beatles pour un dernier tour de piste.
Si tous les morceaux ne parviennent pas à convaincre à la première écoute, le chanteur évite le piège de la nostalgie mal placée. Pas de « c’était mieux avant » pour Paul McCartney : il parle de son passé et de sa vie, avec ses hauts et ses bas, sans jugement de valeur. Il se livre honnêtement, tout en laissant son amour pour la musique s’exprimer pleinement.