Après Un bail en enfer et Les ex de l’enfer, la plateforme décline sa franchise true crime en s’attaquant cette fois au voisinage.
Introduction
Netflix a trouvé un filon avec ces titres qui déclinent l’enfer à toutes les sauces. Après les locataires cauchemardesques d’Un bail en enfer et les relations toxiques des Ex de l’enfer, la plateforme revient avec un nouveau volet de sa saga documentaire consacrée au true crime. Cette fois, le regard se porte sur ceux qui vivent juste à côté de chez nous. Les voisins de l’enfer, série documentaire américaine en quatre épisodes diffusée ce 1er juillet sur Netflix, part d’une idée aussi simple qu’inquiétante : et si la véritable menace habitait sur notre palier ?
Quatre affaires, une même promesse de malaise
Chaque épisode explore une affaire distincte, chacune ancrée dans un quartier en apparence paisible, jusqu’à ce que de simples querelles dégénèrent. Harcèlement, meurtre, toxicomanie, squat, explosion, escroquerie : la série passe en revue tout un catalogue de dérapages, de l’intimidation ordinaire à la violence mortelle.

Pour raconter ces histoires vraies, la réalisation s’appuie sur des témoignages de riverains, des entretiens avec les forces de l’ordre et des images de caméras embarquées. On y trouve aussi des reconstitutions animées, qui viennent combler les zones que les archives ne couvrent pas. L’idée directrice est martelée sans détour : les voisins ne sont pas seulement une nuisance, ils peuvent représenter un danger mortel. Ainsi, la série met en scène des personnes ordinaires confrontées à l’extraordinaire, au sens le plus glaçant du terme.
Une équipe déjà rodée à l’exercice
Aux commandes, on retrouve Cynthia Childs, qui était déjà à la réalisation des Ex de l’enfer. Jason Blum (spécialisé dans les films d’horreur, à qui l’on doit notamment Insidious, Paranormal Activity et M3GAN) est quant à lui producteur exécutif. Difficile d’imaginer meilleur casting derrière la caméra pour transformer des faits divers en frissons calibrés.

Cette continuité créative dit beaucoup de la stratégie de la plateforme. Plutôt que de lancer des projets isolés, Netflix construit une véritable collection identifiable, où chaque titre décline la même mécanique anxiogène appliquée à une facette différente du quotidien. Le bail, l’ex, et maintenant le voisin : autant de figures familières que la série retourne en sources d’angoisse.
Une série qui interroge
Reste que la mécanique montre vite ses limites, que The Guardian pointe du doigt dans un article à charge. « Ce qui constitue un événement véritablement majeur, intensément dramatique et traumatisant, qui marque une vie pour les personnes concernées, est facilement aplati, voire réduit à néant, par les exigences du média, avance la critique. C’est le défaut fatal des documentaires de seconde zone inspirés de faits divers, tels que Les voisins de l’enfer. »

Le reproche va plus loin. Pour le média, Netflix apparaît comme un acteur opportuniste, qui profite de ces histoires terribles et de ces douleurs bien réelles. « C’est du remplissage télévisuel, qui ne fait rien d’autre que nous rappeler que des personnes malfaisantes existent et qu’elles peuvent croiser notre chemin à tout moment », tranche la journaliste. Selon elle, le programme n’interrogerait pas le rôle possible des facteurs extérieurs, mais inviterait simplement à regarder, « à pointer du doigt et à murmurer un : si ce n’était la grâce de Dieu… »
En effet, les meilleurs documentaires criminels mettent en lumière les failles des institutions et des systèmes, questionnent les motivations et les traumatismes d’enfance, cherchent à comprendre comment protéger les victimes et empêcher les récidives. Dans leurs plus beaux moments, ils explorent cette question vertigineuse : naît-on mauvais, ou sommes-nous tous capables de le devenir ? Et selon The Guardian, Les voisins de l’enfer reste loin d’un tel projet.

La franchise sait donc exploiter la peur diffuse du quotidien, celle qui transforme le paillasson d’à côté en potentiel danger, mais elle se contenterait de nous rappeler que le pire peut surgir n’importe où, sans jamais creuser le pourquoi. Frisson efficace ou manque de profondeur ? On vous laisse trancher.