Avec Alley Cats, le Britannique retrouve un terrain qu’il connaît bien : des marginaux, des dialogues acides et une tendresse soigneusement cachée sous la provocation. L’occasion de revenir sur le parcours singulier d’un humoriste devenu une figure majeure de la comédie outre-Manche.
Introduction
Ricky Gervais n’a-t-il jamais vraiment cherché à être sympathique ? Depuis 25 ans, l’humoriste et acteur britannique préfère gratter là où ça gêne, ridiculiser les puissants et pousser une plaisanterie jusqu’au moment où une partie de la salle cesse de rire. À 65 ans, il revient ce 7 août sur Netflix avec Alley Cats, série animée pour adultes peuplée de chats errants, grossiers et philosophes. Une nouvelle variation sur ses obsessions favorites : l’ego, la mort et le ridicule humain.
Comment un employé de bureau est-il devenu une star mondiale ?
Rien ne prédestinait vraiment Ricky Gervais à régner sur la comédie britannique. Né à Reading en 1961 dans une famille ouvrière, il étudie la philosophie à Londres, tente d’abord sa chance dans la musique et forme dans les années 1980 le duo new wave Seona Dancing. Sans grand succès. Des années plus tard, interrogé sur cette période dans l’émission Fresh Air, il corrige lui-même avec ironie :« Musicien raté. Appelons les choses par leur nom. »

La célébrité arrive tard. Après plusieurs années dans des bureaux puis un passage par la radio, où il rencontre Stephen Merchant, Gervais transforme son expérience du petit management en matière comique. En 2001, les deux hommes créent The Office. Il y incarne David Brent, patron persuadé d’être drôle et apprécié, alors que chaque silence de ses salariés raconte exactement l’inverse.
Pourquoi The Office a-t-il tout changé ?
Avec son faux documentaire, ses regards caméra et ses silences interminables, The Office fait du malaise un langage comique. Deux saisons suffisent pour transformer Gervais en référence. La série décroche plusieurs BAFTA, puis traverse l’Atlantique : son adaptation américaine, lancée en 2005 avec Steve Carell, devient un phénomène culturel.

Le succès ouvre à Ricky Gervais les portes de Hollywood. Extras s’amuse de la vanité des célébrités tandis que ses cinq passages à la présentation des Golden Globes font de lui le Britannique chargé de se moquer de Hollywood devant Hollywood.
Provocateur professionnel ou observateur du malaise ?
Son humour a pourtant changé. Le Gervais de The Office observait surtout les petites humiliations sociales et l’écart entre ce que l’on croit être et ce que les autres voient. Celui du stand-up vise plus frontalement la religion, la mort, le politiquement correct ou les limites de l’offense. Ses spectacles divisent davantage la critique, mais remplissent les salles : en 2023, Armageddon lui permet même de battre un record mondial de recettes pour une représentation de stand-up.
Derrière la brutalité revendiquée affleure toutefois une veine beaucoup plus sentimentale. After Life, lancé sur Netflix en 2019, racontait le deuil d’un homme devenu misanthrope après la mort de sa femme.
Pourquoi des chats ?
Dans Alley Cats, Ricky Gervais prête sa voix à Gus, l’un des chats errants d’une bande confrontée à la survie, à l’amitié et à l’absurdité de l’existence. « Ils sont cool, drôles, câlins, violents et indifférents », résume-t-il à propos des félins dans What’s on Netflix. Le procédé reste familier : utiliser des personnages légèrement minables pour faire éclater la prétention humaine.
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