Décryptage

Elle Woods avant La revanche d’une blonde : pourquoi Hollywood adore revenir aux origines

29 juin 2026

Par Marion Olité

Illustration
“Elle”, le 1er juillet 2026 sur Prime Video. ©Prime Video

Vingt-cinq ans après ses débuts au cinéma, Elle Woods, l’héroïne rose bonbon du film La revanche d’une blonde, est de retour le 1er juillet sur Prime Video dans une série qui revient sur ses années lycée. Bonne ou mauvaise idée ?

Introduction

Il est temps de « bend and snap«  à nouveau avec Elle Woods. Après le film culte La revanche d’une blonde (2001), sa suite La blonde contre-attaque (2003), une comédie musicale à Broadway en 2007 et le film Legally Blondes (le titre original du premier film est Legally Blonde) sorti en 2009 et centré sur ses cousines anglaises, la blonde la plus drôle, intelligente et attachante de Hollywood s’offre un nouveau come-back avec la série Elle.

Diffusée à compter du 1er juillet sur Prime Video, Elle se présente comme une origin story du personnage incarné par Reese Witherspoon dans les deux premiers films. On suit les années lycée d’Elle Woods, avant qu’elle s’inscrive à Harvard et démonte à coups de répliques cultes et de looks iconiques le cliché sexiste de la bimbo écervelée.

Retour dans les années 1990, où notre « Valley girl » (le stéréotype de la jeune californienne aisée, superficielle et over the top) vit sa meilleure vie à Bel-Air, entre séances de shopping et après-midi bikini au bord de la piscine familiale. Le monde parfait d’Elle, désormais incarnée par Lexi Minetree, s’écroule quand ses parents lui annoncent l’impensable : un déménagement à Seattle. L’adolescente ultra-optimiste va devoir puiser dans ses ressources – qu’elle a nombreuses – pour s’intégrer dans un univers plutôt hostile, où se succèdent averses et chemises à carreaux.

Le boom des origin story à Hollywood

Venu des franchises de super-héros avec des films comme Batman Begins (2005, Christopher Nolan), les origin story, au même titre que les suites ou les spin-offs, permettent à des franchises hollywoodiennes à l’univers fort de se renouveler. Une bonne origin story explore ce qui a forgé la personnalité du héros ou du vilain de l’histoire. Pour rester dans l’univers de Batman, le personnage du Joker, sa nemesis, a eu droit à son origin story dans le film éponyme sorti en 2019.

Smallville.©The WB

Ce type de récit fleurit depuis les années 2000 sur le grand écran – la prélogie Star Wars s’articule ainsi autour de cette question : comment Anakin Skywalker est-il devenu Dark Vador ? Les séries ont suivi la tendance, d’abord chez les super-héros – dès 2001, Smallville raconte le passage à l’âge adulte de Superman –, puis dans d’autres genres, comme la fantasy. La série House of the Dragon, qui cartonne sur HBO depuis 2022, est une origin story géante de Game of Thrones centrée sur la famille Targaryen et son obsession pour le pouvoir et la domination.

L’origin story est devenue une piste obligatoire à étudier quand une série devient un phénomène culturel et une poule aux œufs d’or pour son diffuseur. Netflix l’a bien compris : après le succès de La casa de papel, la plateforme offre deux saisons au personnage de Berlin avant qu’il rejoigne la bande du Professeur. De la même manière, en 2023, Shonda Rhimes crée la minisérie La reine Charlotte, qui revient sur la jeunesse de la reine excentrique de Bridgerton. Désormais, tous les genres sont permis pour conter une origin story.

La reine Charlotte : un chapitre Bridgerton.©Netflix

Dans un paysage sériel en récession après la révolution des plateformes, les diffuseurs cherchent plus que jamais à sécuriser des IP (« intellectual property »). Il s’agit de récits (remake, suite, spin-off, origin story, adaptations littéraires…) qui tournent autour de personnages ou d’univers déjà connus du public, de Barbie à une énième adaptation du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, en passant par les biopics de personnalités vivantes ou non, comme Tapie, ou des versions sérielles de films cultes, comme récemment Les nerfs à vif avec la série Cape Fear, diffusée sur Apple TV.

En misant sur Elle, qu’elle a renouvelée pour une saison 2 avant même la diffusion de la première (on devine des négociations serrées avec Reese Witherspoon, qui produit avec sa société Hello Sunshine), Amazon poursuit une stratégie qui lui réussit : créer des séries pour la girl culture (des romances, des coming of age), qui possèdent déjà un noyau dur de fans dans le monde.

Un vrai défi artistique

Si d’un point de vue business, l’attrait des diffuseurs se comprend, les origin story ne sont pas toujours synonymes de succès public ou artistique. Pour que ces récits déploient toute leur puissance narrative, encore faut-il miser sur un personnage adéquat, dont on va suivre la transformation par petites touches tout au long de la série. Celle de Jimmy dans Better Call Saul, qui devient le cynique Saul Goodman dans la série-mère Breaking Bad, reste une masterclass d’écriture, signée Vince Gilligan, sur comment prendre son temps pour raconter le glissement moral d’un homme.

The Carrie Diaries.©The CW

A contrario, qui se souvient de l’éphémère série The Carrie Diaries (2014-2015), qui racontait la jeunesse de Carrie Bradshaw avant New York et ses fameuses chroniques ? Malheureusement, la série Elle lorgne davantage vers ce teen-drama, autant dans sa forme que dans ce qu’elle raconte. Dans les deux cas, il y a un effet nostalgie – la jeunesse de Carrie se déroule durant les années 1980 quand celle d’Elle prend place dans les nineties –, un fan service obligatoire et une transformation un peu trop légère et superficielle pour être captivante.

Comment s’en sort Elle ?

De sa bande-son (Wonderwall d’Oasis, I’m just a girl de No Doubt, du Nirvana…) à ses looks (la punk attitude à Seattle vs Elle et son style preppy/Barbie), en passant par le name-dropping dans les dialogues (le couple Brad et Jen, Friends…) et autres objets pop (les magazines Cosmo, le Nokia customisé à paillettes), la série Elle n’y va pas avec le dos de la cuillère côté nostalgie. La présence de James Van Der Beek, icône des années 1990 avec le rôle-titre de Dawson et tragiquement décédé cette année, ajoute à la nostalgie d’un temps révolu, et désormais fantasmé.

Elle.©Prime Video

Cette première saison offre quelques clins d’œil satisfaisants pour les fans de La revanche d’une blonde, comme l’arrivée de l’adorable Chihuahua Bruiser dans la vie d’Elle ou sa passion pour le soap Des jours et des vies. Mais le vrai problème de la série réside dans la psychologie de son héroïne.

Elle Woods poursuit une trajectoire similaire aux films (surmonter l’adversité et les jugements préconçus) et ne connaît pas de véritable transformation. Arrivée à Seattle, l’adolescente n’a qu’une idée en tête : redevenir aussi populaire qu’elle l’était à Bel-Air.

Elle.©Prime Video

Si, au passage, ses nouveaux amis lui ouvrent les yeux sur les injustices systémiques, on a l’impression que son but ultime n’est autre que de devenir la fille la plus adulée de son lycée. Dans ces conditions, il apparaît difficile d’être du côté de cette petite fille riche, blonde, mince et blanche, qui se plaint de ne pas réussir à imposer une équipe de cheerleadeuses à son nouveau lycée.

Trop artificielle dans son propos, la série rate le coche féministe, là où le film était avant-gardiste. Au final, Elle ne fonctionne pas vraiment comme une origin story, puisque la transformation du personnage d’Elle Woods avait déjà lieu dans le film La revanche d’une blonde, où la jeune femme, réduite à un rôle de jolie poupée soi-disant stupide, prouvait le contraire à tout le monde, mais aussi à elle-même.

Elle.©Prime Video

C’est tout l’art délicat de l’origin story : raconter la trajectoire passionnante d’un personnage que l’on connaît et aime, qui ne soit pas une répétition de celle à laquelle on a déjà assisté dans le film ou la série, tout en restant dans le même univers.

Pour apprécier ce qu’offre Elle, à savoir un teen drama sympathique, à cheval entre les années 1990 et notre époque, il faut davantage voir le personnage comme une nouvelle itération de l’univers de La revanche d’une blonde. Mais même en adoptant cette optique, la série manque un peu de mordant et de répliques mémorables.

Elle.©Prime Video

Elle se révèle assez bancale et moins drôle que le film d’origine ou d’autres œuvres cultes de l’époque, comme Clueless (1995) et le personnage de Cher Horowitz, très proche de celui d’Elle Woods. Certains personnages cultes n’ont tout simplement pas besoin d’origin story.

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