Décryptage

Dix ans plus tard, qui se souvient de La casa de papel ?

14 mai 2026

Par Samuel Leveque

Illustration
“Berlin et la dame à l'hermine”, le 15 mai 2026 sur Netflix. ©Netflix

La série espagnole a rencontré un succès colossal dès son lancement, en 2017. Dix ans plus tard, quel héritage ce triomphe a-t-il laissé derrière lui ?

Introduction

Le 15 mai, Netflix diffusera l’une de ses séries les plus attendues du printemps : la saison 2 de Berlin. Spin-off de la saga espagnole La casa de papel, elle revient sur le passé tortueux de l’un de ses personnages les plus emblématiques. Mais, trois ans après la diffusion de cette origin story, une question se pose : est-il (vraiment) nécessaire de continuer à développer cet univers ?

L’âge d’or de Netlfix

Nous sommes en 2017. À cette époque (lointaine), les séries Netflix sont accueillies avec davantage d’enthousiasme que de méfiance. Lors de ses premières années de présence en Europe, la plateforme de streaming met les petits plats dans les grands pour séduire le public, avec des productions à très gros budget et aux sujets spectaculaires, comme Orange is the New Black, Bojack Horseman, The Crown ou encore Stranger Things.

Pedro Alonso dans Berlin et la dame à l’hermine.©Netflix

Nombre de ces œuvres très prestigieuses partagent aussi la caractéristique de venir de pays dont les séries avaient alors une diffusion internationale limitée : dans la décennie 2010, Netflix investit ainsi massivement en Allemagne (Dark), en France (Marseille, Plan cœur, Chef’s Table France) ou encore en Italie (Suburra). Cependant, l’un des territoires dont la production bénéficie le plus de ces investissements est l’Espagne, avec un déluge de shows ambitieux rachetés aux chaînes locales ou coproduits pour l’occasion.

Les demoiselles du téléphone, Elite et Paquita Salas rassemblent des millions de téléspectateurs devant leur écran. La production la plus emblématique de cette vague de blockbusters espagnols est sans conteste la série de braquage La casa de papel, coproduction avec Antenna 3 diffusée entre 2017 et 2021. Un succès viral inattendu pour une œuvre délaissée par son propre diffuseur, qui n’y avait investi que peu d’efforts publicitaires.

La casa de papel a été un phénomène international incontestable.©Netflix

Avec ses costumes iconiques, sa réalisation léchée, son ambiance à la fois onirique et survoltée, et son casting impeccable, le show parvient à se placer comme un fleuron du catalogue de Netflix. Et ce, tout en faisant exister à l’international la production sérielle espagnole, qui est désormais incontournable (on pense par exemple à Los años nuevos, plébiscitée l’an dernier).

Des remakes, des documentaires et des suites

La casa de papel ne s’est pas contentée de diffuser le savoir-faire espagnol à l’étranger : elle a également engendré un véritable phénomène qui a multiplié les productions et les adaptations, devenant une franchise particulièrement rentable. En 2022, un remake coréen a par exemple recueilli des critiques beaucoup plus mesurées que le show de base, malgré sa manière ambitieuse d’insérer dans l’intrigue une dimension uchronique s’écartant de l’intrigue originelle.

Parallèlement, Netflix met en production de nombreux produits dérivés : deux documentaires autour du phénomène, parus en 2020 et 2021, qui tiennent avantage du making-of amélioré que de la véritable enquête sur le phénomène. Puis, un jeu vidéo pour smartphone est lancé en 2024 et reçoit, lui aussi, des critiques assez tièdes. Si la série d’origine a marqué les esprits, ses produits dérivés, eux, peinent à pérenniser la hype. La faute à des productions manquant un peu d’ambition et à des campagnes marketing trop discrètes.

En réalité, Netflix a plutôt mis le paquet sur la série Berlin, la présentant comme un revival et tenant de raccrocher avec l’imagerie cool, élégante et irrévérencieuse de la première saison de 2017. Mais là encore, la production est accueillie assez froidement par la critique, qui lui reproche son rythme inégal, une mise en scène de la ville de Paris peu convaincante et des décors nettement moins soignés que dans l’œuvre originelle. Cependant, le public est au rendez-vous, conduisant la plateforme à mettre en chantier une seconde saison : Berlin et la dame à l’hermine.

Julio Peña Fernández, Joel Sánchez, Michelle Jenner, Pedro Alonso, Tristán Ulloa et Begoña Vargas Berlin et la dame à l’hermine.©Netflix/Felipe Hernández

Après trois ans de production, il se pourrait que ce « spin-off de spin-off » soit bel et bien le premier à raviver l’intérêt pour une licence de la décennie passée : la production est beaucoup plus ambitieuse, l’intrigue ne se contente plus d’être un simple remake de la première saison, et le décor arrête les errances internationales pour revenir en Espagne. La ville de Séville est filmée avec soin et le casting a été retravaillé pour donner une toute nouvelle saveur à l’ensemble.

Dix ans après le lancement de la franchise, il semble donc que l’étoile de La casa de papel ait un peu pâli, mais que ses créateurs fassent le nécessaire pour se montrer enfin dignes de son héritage de série espagnole la plus culte des années 2010.

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