Critique

House of the Dragon (Game of Thrones) : la succession est assurée

21 août 2022
Par Lisa Muratore
"House of the Dragon" est le prequel de "Game of Thrones" sur l'origine des Targaryens.
"House of the Dragon" est le prequel de "Game of Thrones" sur l'origine des Targaryens. © HBO

11 ans après le premier épisode de Game of Thrones, HBO nous embarque une nouvelle fois dans les contrées de Westeros avec House of the Dragon. Un prequel digne de la série mère, à découvrir en France sur OCS à partir de ce lundi 22 août.

Il y a trois ans, nous disions au revoir à l’une des plus grandes séries des petits écrans, Game of Thrones (2011). Après huit saisons haletantes, la création de D.B. Weiss et de David Benioff, adaptée des livres de George R.R. Martin, s’est conclue dans un final aussi spectaculaire que controversé. Cette ultime salve n’a pas fait l’unanimité au moment de sa diffusion, en 2019. Pourtant, elle a été marquée par de nombreux moments forts : une bataille épique, une intrônisation, des dragons déchaînés ainsi qu’un assassinat légendaire.

Mais qui dans GoT (Game of Thrones) n’a pas tué un proche ou un membre de sa famille pour une plus ou moins bonne raison ? Des Lannister aux Baratheon, en passant par les Greyjoy et les Stark, trahisons et jeux de pouvoir sont monnaie courante sur fond d’heroic fantasy. C’est d’ailleurs ce à quoi il faut s’attendre avec House of the Dragon, le prequel de la série centré sur la dynastie native de Peyredragon.

Paddy Considine incarne Viserys Targaryen dans House of the Dragon.©HBO

La nouvelle adaptation issue du roman Feu et Sang (2018) raconte la bataille des héritiers Targaryens pour le Royaume des Sept Couronnes, 170 ans avant les événements de Game of Thrones et le meurtre du Roi Fou.

Westeros est en paix. Viserys Targaryen (Paddy Considine) règne paisiblement, assisté de ses émissaires et de son plus proche conseiller, la main du Roi, incarné par l’impeccable Rhys Ifans. Pourtant, une guerre approche au cœur même de sa maison. Incapable de donner un héritier à sa descendance, il va choisir de nommer son unique enfant, sa fille Rhaenyra (incarnée par Milly Alcock et Emma d’Arcy durant la série). Un choix controversé, d’une part, car cette décision va attiser les tensions au sein de sa famille. D’autre part, placer une femme au pouvoir est une idée bien trop révolutionnaire pour l’époque.

It’s a man’s world

Dans House of the Dragon, les femmes doivent faire face au sexisme moyenâgeux. Leur position ne sert que des arrangements maritaux stratégiques, tandis que leurs corps ne sont que des machines à héritiers. Une violence traduite à travers les nombreuses scènes d’accouchement. Plan-séquence sur un visage en sueur, gros plans sur le ventre ouvert en césarienne et les dilemmes des époux sont autant de manières de représenter la brutalité d’un monde dominé par les hommes.

Milly Alcock et Emily Carey dans House of the Dragon. ©HBO

Cette thématique s’inscrit parfaitement dans l’ère #Metoo de la télévision, et prend le contre-pied de Game of Thrones. En effet, la série mère n’hésitait pas à montrer des femmes fortes siéger sur le trône, comme Daenerys, Cersei, ou encore Lyanna Mormont. Preuve que les choses ont évolué entre le prequel et le premier show.

Les Targaryens en toute intimité

Si les personnages féminins sont assoiffés de pouvoir et loin d’être manichéens, House of the Dragon se distingue de sa grande sœur car elle montre l’intimité des Targaryens. Ils nous ouvrent les portes de leur maison et de leurs traditions. On en apprend davantage sur leur héritage. Un élément qui rappelle les sagas familiales comme Les Tudors (2007) ou Borgia (2011).

On découvre de nouveaux personnages comme le charismatique Daemon Targaryen, prétendant au trône de fer, incarné par Matt Smith. La série s’autorise plusieurs clins d’œil à GoT, sans tomber dans le fan service gratuit.

Matt Smith interprète Daemon Targaryen.©HBO

Bien qu’il soit question de la gouvernance du Royaume des Sept Couronnes, House of the Dragon aborde cette problématique de façon inédite. Les batailles épiques sont relayées au second plan pour faire de la place aux méandres de la descendance et des nouvelles naissances. On assiste à un véritable baby-boom à Westeros qui redistribue les cartes au fil des épisodes, laissant présager un final aussi sanglant que surprenant.

Si House of the Dragon n’aura peut-être pas l’impact historique qu’a eu GoT, la série a aussi l’intelligence de se distinguer par sa temporalité et son rythme. À chaque épisode, on assiste à un saut dans le temps de plusieurs années. Un élément scénaristique qui permet au show long de dix épisodes de ne souffrir d’aucune longueur, de faire avancer l’action tout en rappelant une autre série historique, celle des Piliers de la Terre (2010). Ce choix favorise également l’évolution des personnages, avec un tournant majeur à l’épisode 6, tant dans leur caractérisation que dans leur apparence.

La digne héritière de Game of Thrones

Pour autant, que les fans de Game of Thrones se rassurent : House of the Dragon emprunte plusieurs éléments à l’univers d’heroic fantasy imaginé pour la télévision à partir de 2011. La mise en scène et les décors rappellent la série mère, bien que les scènes de combat soient moins impressionnantes. Par ailleurs, plusieurs protagonistes se dessinent comme étant les nouveaux Little Finger, Robert Baratheon, ou encore Jaime Lannister.

On retrouve également la violence, le sexe et l’inceste que l’on a connus dans Game of Thrones, et les fans pourront reconnaître la bande-son culte du générique, composé par Ramin Djawadi.

Olivia Cooke incarne Lady Alicent Hightower. ©HBO

À mi-chemin entre l’hommage et une création inédite, House of the Dragon est un prequel réussi. À l’heure où le format se multiplie sur grand et petit écran, la série prouve que l’univers de GoT a encore beaucoup d’histoires à raconter, onze années après son pilote. Mieux encore, elle pourrait faire oublier aux plus sceptiques le serie finale de 2019.

Plus intimiste, mais tout aussi jouissive, House of the Dragon donne envie de replonger dans ce monde fantastique, brutal et passionnant aux côtés des Targaryens et de leurs dragons. Une aventure sombre dans laquelle se mêlent le feu et le sang, à découvrir chaque semaine sur OCS, à partir de ce lundi 22 août.

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Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste