Décryptage

Le Comte de Monte-Cristo : un classique toujours aussi pertinent 200 ans après sa parution

20 juin 2024
Par Samuel Leveque
“Le Comte de Monte-Cristo” sera de retour au cinéma le 28 juin 2024.
“Le Comte de Monte-Cristo” sera de retour au cinéma le 28 juin 2024. ©CHAPTER 2 – PATHE FILMS – M6 - Photographe : Jérôme Prébois

Publié en 1844, Le Comte de Monte-Cristo est devenu un classique dès sa parution. À l’occasion de la sortie du film mettant en vedette Pierre Niney dans le rôle-titre, L’Éclaireur revient sur l’importance de ce livre culte.

Au début des années 1840, Alexandre Dumas, âgé d’une quarantaine d’années, est déjà un auteur de théâtre connu et reconnu, dont la plume remplit des salles entières depuis une décennie. La presse hebdomadaire et quotidienne, en plein essor, multiplie les publications de feuilletons qui font connaître une certaine gloire à leurs auteurs, à l’image des Mystères de Paris d’Eugene Sue.

Bande-annonce du Comte de Monte-Cristo avec Pierre Niney.

Avec l’aide de son ami et collaborateur, le dramaturge Auguste Maquet, Dumas se lance alors dans la publication de romans épisodiques. Dès 1844, il atteint une célébrité mondiale avec Les Trois Mousquetaires, qui fait décoller les ventes du journal qui le publie, Le Siècle. Sitôt les aventures de D’Artagnan et ses compagnons achevées, Dumas et Maquet lancent leur nouvelle série : Le Comte de Monte-Cristo. Le triomphe est immédiat.

Un drame “inspiré de faits réels” ?

Le roman s’inspire d’un fait divers autour de la machination subie par un certain Pierre Picaud en 1807 : victime d’un complot le jour de son mariage, Picaud est jeté en prison pendant sept longues années. Une fois libre, il s’arrange pour faire assassiner l’ensemble des conspirateurs. Si aucune preuve de l’existence de cette affaire n’est attestée (Dumas la tient d’un romancier la tenant lui-même de versions enjolivées d’archives policières dans les mémoires d’un préfet de police), sa logique implacable a tout pour fasciner.

Maquet et lui conçoivent donc le personnage d’Edmond Dantès, un jeune homme bon, brave, loyal et candide brutalement jeté dans des geôles dans lesquelles il manque d’être oublié à jamais. Son unique compagnon de cellule est un abbé italien extrêmement érudit, qui lui indique l’emplacement d’un trésor immense datant de la Renaissance. Dantès s’évade et récupère le trésor. Oublié de tous et devenu immensément riche, il nourrit et imagine une vengeance prenant place sur des décennies.

Bande-annonce du Comte de Monte-Cristo de 1961.

C’est sans doute le caractère très intemporel et universel de l’intrigue qui séduit les lecteurs dès la parution du feuilleton, puis de sa version reliée : Dumas décrit une injustice absolument scandaleuse, aux antagonistes hauts en couleur et déploie des trésors d’imagination pour décrire toutes les villes et tous les lieux où Dantès ourdit sa vengeance. D’une simple anecdote policière, il fait une fresque avec un personnage complexe, torturé, déchiré entre les regrets de sa vie perdue et la flamme de la vengeance qui continue de l’animer.

La création d’un archétype particulièrement fort

Le Comte de Monte-Cristo crée avec son personnage principal l’archétype du vengeur masqué aux pouvoirs quasi surnaturels : Dantès possède une fortune infinie, parle toutes les langues du pourtour méditerranéen, possède un repère secret, tout en étant un maître du déguisement et du combat rapproché. En somme, il est une version beaucoup plus sombre, presque occulte, des vaillants mousquetaires du roman précédent de Dumas. Le personnage est une immense source d’inspiration pour des générations entières de créateurs, particulièrement pour celles et ceux qui créeront le cinéma fantastique et l’esthétique néo-gothique.

De fait, Le Comte de Monte-Cristo se retrouve adapté très rapidement et presque sans discontinuer dans une foule de formats et dans une multitude de pays. Des pièces de théâtre voient le jour en France, puis à Londres et aux États-Unis, un opéra de Casella paraît dès 1849, et, quelques années plus tard, toutes les industries cinématographiques naissantes veulent « leur » Monte-Cristo. Entre 1908 et 1930, le roman est porté pas loin d’une vingtaine de fois à l’écran ! Quant au film d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, en salle le 28 juin prochain, avec Pierre Niney dans le rôle-titre, il représente la 35e adaptation cinématographique du roman.

Il faut dire que la fresque de Dumas est une recette qui marche à merveille, même quand on la découvre en 2024. Le style, dense, mais parfaitement fluide, n’a quasiment pas pris une ride, à l’exception de quelques termes de vocabulaire un peu vieillis. Les péripéties s’enchaînent de manière soutenue à chaque chapitre, la structure du roman-feuilleton donnant de nos jours à la narration un rythme proche des scènes choc d’une série télévisée.

De plus, Dantès croise la route d’un nombre monumental de personnages rocambolesques, composant encore à ce jour un roman dont le casting est particulièrement attachant. La conclusion du récit, à la fois douce-amère, mystérieuse et légèrement macabre, laisse, par ailleurs, une grande impression de modernité et déjoue les clichés de la littérature de l’époque.

Un roman qui bénéficie du regain d’intérêt pour le genre

Il n’est guère surprenant de voir l’intérêt autour du Comte de Monte-Cristo rejaillir en 2024, et pas seulement parce qu’il s’agit d’un excellent roman : les aventures de Dantès reviennent au moment où l’on constate un regain certain pour les drames costumés. Le diptyque cinématographique Les Trois Mousquetaires a rempli les salles, La Chronique des Bridgerton et ses intrigues de cour chamarrées font couler beaucoup d’encre, Disney met des options sur de futures adaptations de l’œuvre de Dumas, tandis que les classiques du genre, comme Le Masque de fer, connaissent des ressorties remarquées.

Le Comte de Monte-Cristo est attendu le 28 juin 2024 au cinéma.©CHAPTER 2 – PATHE FILMS – M6 - Photographe : Jérôme Prébois

Il semble donc plus que jamais pertinent de s’intéresser à la vindicte impitoyable et sans fin du maître de l’île cachée de Monte-Cristo contre Villefort, Caderousse, Fernand et Danglars, les malheureux conspirateurs ayant osé briser sa vie. Pas moins de 180 ans après sa parution, elle reste toujours aussi marquante et continuera longtemps d’inspirer des générations d’auteurs de romans d’aventures et de récits de vengeance.

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