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Le vertige : Quentin Dupieux parvient-il à convaincre avec ce film complètement méta ?

08 juin 2026

Par Louise Lepense

Illustration
"Le vertige", le 10 juin 2026 au cinéma. ©Diaphana Distribution

Le réalisateur français signe un nouveau film étrange et volontairement décalé, à mi-chemin entre comédie existentielle et expérimentation animée.

Introduction

Quentin Dupieux n’a jamais vraiment filmé le monde tel qu’il va. Avec Le vertige, il le regarde comme un vieux décor numérique. Présenté en première mondiale à la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes, où il a été choisi comme film de clôture, ce nouveau long-métrage sort en salle le 10 juin. Encore un ovni, donc, mais cette fois en animation 3D rudimentaire, avec Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier et Jean-Marie Winling en têtes d’affiche.

Le point de départ tient en une révélation absurde : Jacques rend visite à son ami Bruno pour lui annoncer que l’humanité vit dans une simulation. L’idée pourrait n’être qu’une plaisanterie de plus dans la filmographie du réalisateur de Yannick, Daaaaaalí ! ou Le daim. Elle devient ici le moteur d’une comédie existentielle, dans laquelle deux personnages mal dégrossis, raides et pixelisés, discutent du réel, de Matrix, des bugs et de leur propre condition de créatures numériques.

Comment le film a-t-il été fabriqué ?

Dupieux abandonne les prises de vues classiques pour une animation volontairement pauvre, inspirée des jeux vidéo en 3D de la fin des années 1990. Le film a été conçu avec cinq jeunes diplômés des Gobelins, à partir d’un tournage sonore et d’une motion capture artisanale réalisée avec un iPhone. « C’est foireux, il y a des bugs, et c’est ce que je voulais : un truc fragile et touchant », explique le cinéaste dans Trois couleurs.

Le vertige.©Diaphana Distribution

Qu’est-ce qui convainc la presse ?

Plusieurs critiques saluent d’abord l’audace du projet. Les Chroniques de Cliffhanger y voit une « farce de plus, très bien réussie », portée par un humour absurde qui fonctionne. Numerama se montre également positif, voyant dans Le vertige « une œuvre d’artisanat numérique à la fois bancale et brillante ». Le média insiste sur la portée satirique du film, qui détourne les codes du jeu vidéo rétro pour interroger notre dépendance au numérique : « Ce rendu défectueux devient la force du film. »

Le vertige.©Diaphana Distribution

Sur la narration, les avis deviennent plus nuancés. Pour le blog Le Bleu du miroir, le postulat de départ n’a rien de très neuf, mais le film trouve son intérêt ailleurs : « La mise en scène de son incongruité vient sauver Le vertige d’une énième répétitivité », juge-t-il.

Quelles sont les réserves ?

Les reproches portent surtout sur les limites du concept. Numerama note « la barrière visuelle qui risque de bloquer certains spectateurs » et « un concept un peu répétitif ». Le Bleu du miroir parle d’un film qui « séduit d’abord pour son renouveau esthétique », mais y voit aussi un « merveilleux moyen de cacher l’absence de nouvelles idées chez Dupieux ».

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Première est encore plus sévère. Le magazine estime que le film « balance ses meilleures (seules ?) vannes dans les vingt premières minutes », avant de s’effondrer « entre la métaphysique de comptoir et un gloubi-boulga sur la vacuité du monde de la tech ». Même l’animation, pourtant au cœur du projet, lui paraît sous-exploitée : Dupieux « choisit de se limiter à deux-trois gags bien sentis » et « déserte le champ cartoonesque offert par l’animation ».

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