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La série Better Call Saul est-elle à la hauteur de Breaking Bad ?

03 mai 2022
Par Ugo Bocchi
Sixième et ultime saison pour “Better Call Saul”, soit une de plus que “Breaking Bad”.
Sixième et ultime saison pour “Better Call Saul”, soit une de plus que “Breaking Bad”. ©Netflix

La série originelle est au panthéon des meilleurs shows télévisés de l’histoire. Mais son spin-off, axé autour de l’avocat véreux Saul Goodman, est également d’excellente facture. Alors, pour la sortie de la dernière saison, la question mérite d’être posée.

Pour beaucoup de fans, Breaking Bad (BB) est la meilleure série de tous les temps. À l’époque, chaque nouvelle saison (particulièrement la dernière, encensée de toutes parts) était attendue comme les cadeaux à Noël. De surprise en surprise jusqu’au feu d’artifice final. À l’annonce d’une série dérivée et préquel autour de l’avocat véreux Saul Goodman, caution humoristique du show originel, les doutes étaient justifiés : pourquoi toucher à un tel monument, alors que tout a été parfaitement orchestré jusque-là ? Mais, petit à petit, Better Call Saul (BCS) a fait son trou. Depuis le 18 avril, un nouvel épisode de la sixième et ultime saison est dévoilé chaque semaine, avec des apparitions (enfin) de Walter White et Jesse Pinkman. Les critiques initiales se sont éteintes et ont même fait place à de véritables louanges.

L’enfer se trouve à Albuquerque

L’origine du mal. Outre le décor du Nouveau-Mexique, étouffant et ultralumineux, ou encore certains personnages (Gus, Mike, Huell), le vrai point commun entre les deux séries cousines est l’ascension (ou la chute, question de point de vue) de leur protagoniste en direction du côté obscur. Pourquoi ? Comment ? Quels événements, quelles frustrations, peines et humiliations peuvent mener un professeur de chimie bien sous tous rapports, bonne pâte, et un joyeux luron, looseur mais optimiste, éclipsé par un grand frère imbu de lui-même, à passer du mauvais côté de la barrière ? Quoi qu’il en soit, les créateurs de la série tiennent à trouver le commencement et le point de bascule. Pour eux, le mal ne sort jamais de nulle part.

©Netflix

C’est là que réside toute la magie de ces deux séries. Un style, un rythme caniculaire, piano-piano, pour ne pas dire lent, qui guide d’une main de maître le spectateur vers des situations et des intrigues parfois absurdes, parfois gênantes, parfois haletantes, mais toujours prenantes. Une manière singulière de raconter des histoires. Cette magie a un nom. Elle s’appelle Vince Gilligan, showrunner de génie sur les deux sagas. Et c’est bien là que l’on reconnaît le lien de parenté entre les deux séries. Pour le reste, les deux sagas prennent des chemins bien différents.

Subtilité et psychologie versus violence et puissance

L’un apprend qu’il a un cancer, veut mettre sa famille à l’abri et finit par devenir un parrain assoiffé de pouvoir et d’adrénaline. L’autre se sent inutile, veut prouver qu’il a du talent, quitte à ruser, et finit par devenir un avocat clownesque et roublard au service des barons de la drogue du coin. L’un passe par la violence. L’autre par la ruse. Si la trajectoire de Walter White bascule assez vite dans l’illégalité, celle de Saul Goodman (Jimmy McGill) part de bien plus loin. Le spectateur a l’impression de vraiment connaître l’homme normal qu’il était avant de devenir un pion du cartel.

Même si la première saison de Breaking Bad pose lentement les bases, Better Call Saul et Jimmy gagnent en subtilité, détails, humour et finesse là où BB et Walter s’imposent en puissance et punchlines. D’ailleurs, la violence dans BCS est bien plus psychologique et diffuse qu’affichée. La relation fraternelle entre les McGill atteint des degrés de cruauté que l’on retrouve parfois chez Walter White, envers sa femme ou bien ses partenaires, à mesure qu’il s’isole au sommet de la chaîne. Quoi qu’il en soit, Bryan Cranston et Bob Odenkirk sont tous deux au sommet de leur art dans ces rôle et ces odyssées vers le mal.

Histoire d’amour versus histoire d’amitié

Autre atout non négligeable des deux séries : la relation entre le personnage principal et leur second – Jesse Pinkman dans Breaking Bad et Kim Wexler dans Better Call Saul. Une prestation qui mérite une reconnaissance toute particulière. D’ailleurs, tous deux ne méritent pas le titre de second. Ils mériteraient une série propre, tant leur personnage prend de l’épaisseur et du relief au fur et à mesure de l’intrigue. Jesse est un paumé, dépressif, fortement attiré par les substances illicites, que Walter va tantôt épauler, mépriser et trahir, mais restera entre eux une aventure et une histoire d’amitié haute en couleur.

©Netflix

Entre Kim et Jimmy, il y a de l’amour, mais aussi beaucoup de sentiments contradictoires. Admiration, fascination, détestation, complicité parfois malsaine, parfois émouvante. Le panel est large et l’absence de Kim au casting de Breaking Bad laisse présager le pire pour Saul Goodman. Et c’est justement ce mur inévitable qui rend cette histoire si touchante. Le spectateur le sait et ça fait mal. C’est par amour que Kim tourne mal. Elle voit le bon chez Jimmy. Elle essaie un temps de l’aider à tenir cette ligne. Et puis, finalement, elle tombe petit à petit avec lui.

Statu quo au niveau de l’esthétique et des décors

Que ce soit dans Breaking Bad ou dans Better Call Saul, l’esthétique est au rendez-vous. La lumière aveuglante et saturée est la marque de fabrique de ces deux séries. Il fait très chaud, la lumière et les décors (notamment la caravane de Walter et Jesse ou encore ces zones commerciales typiquement américaines dans Better Call Saul) sont sublimes et servent parfaitement l’histoire. Ni trop, ni pas assez, juste ce qu’il faut. C’est beau, tout simplement. Un petit bonus pour le générique d’introduction de Better Call Saul, psychédélique à souhait.

Au final, difficile de comparer ou d’évaluer ces deux séries cousines. Si elles ont en commun l’univers du Nouveau-Mexique infesté par les cartels de drogue, elles se démarquent chacune par les chemins qu’empruntent leur personnage principal pour finir dans le mur. En douceur ou avec vigueur. Laquelle est la meilleure ? La plus aboutie ? La plus belle ? La plus haletante ? La réponse dépend des goûts de chacun, les deux séries ayant bien des arguments à faire valoir. En tout cas, une chose est sûre : Better Call Saul n’a pas entaché le mythe. Bien au contraire.

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Ugo Bocchi
Ugo Bocchi
Journaliste
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