Punk is not dead

13 mai 2026

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©Patti Smith Francesca Mantovani/Gallimard

Comme le symbole d’une histoire qui se répète, la littérature punk renaît de ses cendres, entre souvenirs d’un âge révolu, doigt d’honneur à un monde qui sombre dans le chaos et incitation à une nouvelle révolution poétique.

| Le pain des anges, de Patti Smith

Il a fallu un peu de temps pour secouer l’institution, mais Gallimard inaugure enfin une collection de non-fiction, offrant définitivement ses lettres de noblesse en France à une littérature du réel où le documentaire de société se mêle à l’enquête intime, le plus souvent avec un « je » incarné. Et pour lancer l’affaire en grande pompe, la maison ne fait pas les choses à moitié. Seize ans après Just Kids, autobiographie au succès retentissant dans laquelle elle racontait son ascension au sein de la bohème new-yorkaise et sa relation tumultueuse avec le photographe Robert Mapplethorpe, Patti Smith publie Le pain des anges, sorte de contrepoint dévoilant d’autres franges de son destin hors du commun.

Ici, il est beaucoup question de l’enfance. Dans cette fresque romantisée de ses jeunes années, l’autrice raconte son père traumatisé par la Seconde Guerre mondiale, la dèche familiale, la tuberculose qui a gâché quelques années. Elle remonte aux sources de la rébellion, entre insubordination à l’école et découverte d’Arthur Rimbaud. Elle revient surtout sur un épisode douloureux de l’adolescence, sa grossesse à 19 ans et ce bébé confié à l’adoption juste avant de rejoindre New York.

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De Sam Shepard au triangle amoureux qu’elle laisse deviner avec l’actrice Maria Schneider et le milliardaire Paul Getty, en passant par le coup bas que lui aurait fait Bob Dylan, il y a aussi de quoi rassasier les lecteurs avides de petites histoires avec les grandes gloires. Mais s’il y a une figure qui brille plus que les autres, comme une étoile qui veille là-haut, c’est celle du guitariste Fred Smith, « l’homme de [sa] vie, le meilleur sauvage », décédé subitement des suites d’une crise cardiaque en 1994. Son rapport tumultueux à la scène et l’amour inconditionnel qu’elle porte à l’écriture sont bien sûr de toutes les pages, car, chez Patti Smith, l’art et la vie se répondent en écho. Et c’est sans doute ce qui en fait une des figures les plus inspirantes de ces 50 dernières années.

| La descente, c’est le pire, de Mariana Enriquez

La publication à rebours du premier roman d’un écrivain étranger devenu incontournable a beau être une vieille ritournelle éditoriale, elle constitue une entreprise littéraire passionnante pour le lecteur. Parce qu’elle offre une opportunité rare, celle de découvrir et de décrypter un coup d’essai, beau parce qu’imparfait, à l’aune d’une œuvre qu’on a déjà lue et adorée. À quoi pouvait donc ressembler la première histoire publiée par la jeune Mariana Enriquez en 1995, alors qu’elle n’avait que 22 ans ? L’autrice du terrassant Notre part de nuit avait-elle déjà au fond d’elle la même magie noire ?

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À lui seul, son titre annonce la couleur. La descente, c’est le pire, comme ces lendemains qui déchantent après avoir touché du doigt les paradis artificiels. La drogue, c’est le ciment du duo fracassé et autodestructeur qui hante les pages de ce premier roman. Facundo, le bel éphèbe, prostitué à ses heures perdues, hanté par les cauchemars, et Narval, en proie à une forme de démence qui l’assaille de visions monstrueuses. Accompagnés de l’imprévisible Carolina, ils arpentent, dans les années 1990, un Buenos Aires nocturne et inquiétant, frisant avec le fantastique. Une danse macabre de l’amour et de la folie que la romancière elle-même a décrite comme un hommage aux deux couples qui ont obsédé son adolescence : Keanu Rives et River Phoenix dans le film My Own Private Idaho de Gus Van Sant, et Lestat et Louis dans le conte gothique d’Anne Rice, Entretien avec un vampire. Comme le manifeste de toutes ses œuvres à venir.

| New York City Inferno, de Simon Liberati

Il fallait bien une messe noire pour conclure en apothéose un cycle romanesque intitulé Les démons. Le plus décadent, le plus affreux, sale et méchant des écrivains français façonne depuis 2020 un hommage destroy à son maître à écrire, Dostoïevski. Entamée en 2020 avec Les démons, justement, poursuivie en 2024 avec La hyène du Capitole et conclue aujourd’hui avec New York City Inferno, sa trilogie retrace la folle destinée d’une fratrie de Russes blancs – Taïné, la beauté empoisonnée, Serge, l’aîné incestueux, Alexis, le fou, l’insolent –, « les petits princes des ténèbres », qui vont grandir, frissonner, se détruire au contact des grandes figures d’artistes déments qui ont marqué la deuxième partie du XXe siècle, Andy Warhol et Truman Capote en tête. Après les sixties déjantées et les seventies pop et colorées, place aux années 1980 et à leur noirceur désenchantée, avec leur cohorte d’artistes lessivés par la drogue, le sexe et les illusions perdues.

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La mort a frappé à la porte de la fratrie. Après Paris, Cannes, Bangkok ou Rome, le duo Taïné et Alexis a trouvé refuge à New York. Elle est vendeuse de disques (et de pilules) dans une boutique obscure de l’Upper East Side, il rêve toujours d’écriture et s’est installé avec Lee, son éphèbe, barman et prostitué. Elle va rencontrer Robert Mapplethorpe et devenir la muse d’une œuvre noire et hypnotique, il va enfin toucher du doigt une carrière littéraire. Deux notes d’espoir dans un monde qui s’écroule. Deux étincelles qui ne sont pas faites pour durer. Du Balzac piqué à l’héroïne, une bible des bas-fonds, un testament de l’underground morbide et dépravé. Âmes sensibles, s’abstenir.

À lire aussi

| The Sick Bag Song, de Nick Cave

Qui d’autre que le baryton du rock, le leader des Bad Seeds, l’artiste polymorphe, également écrivain, poète, scénariste et acteur, aurait pu avoir l’idée d’un tel procédé littéraire, gros fuck adressé à l’intelligentsia, à ses bureaux feutrés et à ses crayons bien taillés ?

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Été 2014, en pleine tournée nord-américaine, Nick Cave griffonne sur les sacs à vomi des avions qui le trimballent des notes aléatoires qui se muent en poèmes incantatoires, en visions d’apocalypse ou en recherches esthétiques sur le langage. De ces pulsions graphomanes émergent des images, des anges et surtout des démons, des enfants sur un pont, des bergers d’abeilles, des idées de chansons. On croise même Bob Dylan. C’est poétique, déconcertant, insolent… Une sacrée expérience de lecture. Nick Cave, champion punk et héros romantique d’une époque qui a terriblement besoin de rébellion et d’amour.

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