Les montres, les bagues connectées, les écouteurs et balances high-tech promettent un suivi santé en continu : fréquence cardiaque, sommeil, stress, VO2 Max, graisse corporelle… Mais ces capteurs grand public sont-ils fiables ou juste motivants ?
Introduction
Dans Rocky IV, en 1985, le « Soviétique » Ivan Drago s’entraînait sous l’œil de médecins en blouses blanches et transpirait sous une constellation de capteurs en tout genre… Une vision quasi prophétique, puisque, 40 ans plus tard, vous pouvez vous entraîner sous le contrôle d’une multitude de capteurs intégrés dans les objets que vous portez au quotidien. Si les montres se contentaient de mesurer votre rythme cardiaque il y a dix ans, elles sont désormais connectées et peuvent vous annoncer votre niveau de stress ou votre tension.
La photopléthysmographie
Au cœur de ces mesures, il y a des capteurs optiques, aussi appelés – prenez une grande inspiration– photopléthysmographiques ou plus simplement PPG. Sous ce nom quelque peu barbare se cachent les diodes vertes clignotantes que vous avez sans doute déjà repérées sur votre montre et qui servent à mesurer votre rythme cardiaque. Le nom est long, mais le principe est finalement assez simple et mesure le taux d’absorption de cette lumière par votre sang qui est rouge. À chaque battement de cœur, une « onde de pouls » traverse vos vaisseaux, augmentant temporairement le volume de sang dans votre poignet. Plus il y a de sang, plus la lumière verte est absorbée.
Avec des milliers de mesures pour entraîner des algorithmes, les résultats fournis par cette technique sont d’une bonne fiabilité, avec des scores généralement supérieurs à 90% par rapport à des analyses avec du matériel médical. Bien sûr, avec les mouvements, la pigmentation de la peau, ou la sueur, la qualité des mesures peut varier.
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Votre stress à la loupe
La mesure précise de votre rythme cardiaque est une bonne base pour d’autres métriques, notamment votre niveau de stress. Pour cela, nos gadgets connectés utilisent le HVR (pour Heart Rate Variability), qui est la variabilité de la fréquence cardiaque. Car non, le stress ne se mesure pas directement. En cas de stress, la variation tend à diminuer. Pour plus de précision, certains modèles vont également mesurer votre conductance cutanée (microtranspiration ou EDA, pour activité électrodermale) et la corréler avec votre température corporelle. Toutefois, et malgré ce bardage technique, il est parfois difficile de différencier un stress soudain d’un fou rire ou d’un effort. Le score est donc utile comme tendance sur plusieurs jours, pas comme diagnostic ponctuel.
Mesurer votre état de santé
Plusieurs informations peuvent par ailleurs qualifier votre état santé. L’une des plus connues est la saturation pulsée en oxygène, ou SpO2, qui permet d’estimer votre taux d’oxygène dans le sang. Comme pour le rythme cardiaque, c’est une mesure optique, mais cette fois dans le rouge et l’infrarouge. À travers la peau, ce capteur est capable de déterminer si votre sang est correctement chargé en dioxygène (couleur bien rouge) ou s’il est en déficit (sang plus foncé). Cette mesure n’est fiable qu’au repos ou pendant le sommeil, et plusieurs facteurs peuvent perturber les mesures, comme un tatouage ou une mauvaise position de la montre. En cas de doute, il est préférable de vérifier la mesure avec un oxymètre de doigt.
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Les balances connectées BIA (Bioelectrical Impedance Analysis) mesurent la résistance de votre corps (impédance) pour déterminer votre masse musculaire et graisseuse. Là encore, un protocole strict (mesure le matin, sans boire) est indispensable pour fiabiliser les données qui sont très sensibles à la présence d’eau dans votre corps. Faut-il le rappeler, les balances BIA sont strictement interdites aux porteurs de stimulateurs cardiaques.
Pour rester sur le cœur, certaines montres proposent un ECG (électrocardiogramme) avec, là encore, la mesure d’un faible courant électrique. Si les mesures sont assez précises, ces ECG sont limités dans les diagnostics. Ils sont pertinents pour la détection de l’arythmie ou de la fréquence cardiaque, mais ils ne peuvent en aucun cas mettre en évidence une anomalie structurelle ou un infarctus.
Un cocktail pour l’apnée du sommeil
La nuit est le moment de récupération de votre corps et de votre esprit. Bien dormir est donc essentiel et c’est une « surveillance » dont s’acquitte parfaitement notre attirail connecté. Ainsi, l’accéléromètre et la mesure de fréquence cardiaque indiquent si vous avez des nuits agitées, et la mesure SpO2 confirmera un déficit en oxygène. En outre, un smartphone pourra vous « écouter dormir » et vous signalera des ronflements importants ou des toux. Autant d’indications qui pourraient vous alarmer quant à un problème d’apnée du sommeil. Notez qu’il existe une certification médicale pour l’apnée du sommeil. Là encore, ne vous contentez pas d’une ou deux mesures, c’est un suivi sur le long terme.
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VO2 Max, la métrique du sportif
Pour ceux qui veulent progresser dans une activité sportive, l’une des informations importantes est la VO2 Max. Elle correspond à la consommation maximale de dioxygène par l’organisme pour le transformer en énergie, exprimée en litres de dioxygène par minute par poids de corps (L/min/kg). C’est un indicateur de performance sportive. Vous vous doutez que votre montre ou votre bracelet connecté ne peut pas mesurer le volume de dioxygène que vous utilisez. Là encore, différents algorithmes utilisent d’autres mesures pour estimer votre VO2 Max avec la fréquence cardiaque, votre vitesse (GPS) en course à pied, par exemple, et votre poids (qu’il faudra bien renseigner). Certaines études annoncent une fiabilité avec une marge d’erreur de 5 %, acceptable pour le grand public.
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Pression artérielle
Pour se différencier, les marques rivalisent d’ingéniosité pour intégrer de nouvelles mesures dans leurs objets connectés, notamment la pression artérielle. Hormis la Huawei Watch D2, qui utilise un système oscillométrique avec une poche de compression et qui dispose d’une certification médicale européenne, les autres systèmes chez Apple ou Samsung ne font que des extrapolations algorithmiques à partir d’autres informations. Chez Samsung, la fonction nécessite une calibration à l’aide d’un tensiomètre médical et l’utilisation d’un smartphone de la marque. Les mesures sont donc moins précises et ne peuvent se substituer à un examen médical.
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Définir des tendances
Les capteurs embarqués ne sont pas parfaits, mais ils s’améliorent à chaque génération. Fréquence cardiaque, qualité du sommeil, ECG, SpO2 : toutes ces données sont intéressantes et, croisées sur le long terme, elles dessinent un tableau de santé inédit. La règle d’or reste la même : fiez-vous aux tendances, méfiez-vous des verdicts instantanés, et consultez un médecin si une anomalie persiste. Votre montre est un copilote, pas un médecin.