Des envolées psychédéliques de Hendrix aux ballades épiques de Slash, en passant par le sustain infini de Gilmour, le solo de guitare a façonné l’imaginaire du rock comme aucun autre instant musical. De « Stairway to Heaven » à « Sweet Child O’Mine », en passant par « Comfortably Numb », certains moments de guitare sont tout simplement incontournables pour comprendre l’histoire du genre. Voici 20 solos essentiels à (ré)écouter en boucle, volume à fond.
Introduction
Wah-wah saturé, larsen maîtrisé ou dialogue à deux guitares : le solo est le moment où le rock laisse la parole à l’instrument. De Hendrix à Van Halen, en passant par Jimmy Page et Ritchie Blackmore, voici vingt morceaux devenus des jalons, chacun ayant marqué une manière différente de raconter une histoire à travers six cordes.
Purple Haze – Jimi Hendrix (1967)
Saturé et volontairement chaotique, ce solo illustre l’usage novateur que fait Hendrix de la distorsion et du feedback. Loin de la virtuosité lisse, il privilégie l’énergie brute et l’expérimentation sonore, notamment via l’Octavia, un pédalier alors inédit. Purple Haze a repoussé les limites sonores de la guitare électrique et reste une référence pour quiconque s’intéresse à l’histoire du son psychédélique.
Little Wing – Jimi Hendrix (1967)
Plus court et plus intimiste que d’autres titres du chanteur américain, Little Wing met en avant un jeu tout en nuances, où les accords se mêlent aux notes mélodiques. Ce style, parfois qualifié de « chord-melody », a profondément marqué des guitaristes comme Stevie Ray Vaughan, qui en a proposé sa propre version. Le solo, bref, privilégie l’émotion et la texture sonore à la démonstration technique pure.
All Along the Watchtower – Jimi Hendrix (1968)
En reprenant Bob Dylan, Hendrix livre l’un des solos les plus copiés de l’histoire du rock. Sur cette version parue sur Electric Ladyland, il enchaîne plusieurs phrases de guitare distinctes, entre wah-wah, slide et distorsion. Dylan lui-même a reconnu que cette interprétation avait supplanté la sienne dans son propre imaginaire. Un modèle d’expressivité qui a influencé des générations de guitaristes, de David Bowie à John Mayer.
Crossroads – Eric Clapton, Cream (1968)
Enregistré en public au Fillmore West, ce solo a forgé la réputation de virtuose d’Eric Clapton au sein de Cream. Sur un tempo rapide, il brode avec une fluidité qui doit beaucoup au blues de Robert Johnson, auteur original de Crossroads. Cette version live illustre la puissance du power trio et la place centrale de l’improvisation dans le rock britannique de la fin des années 1960, période où Clapton était surnommé « Slowhand ».
Voodoo Child (Slight Return) – Jimi Hendrix (1968)
Ce solo, entre improvisation et recherche timbrale,, mêle wah-wah et effets de larsen maîtrisés. Hendrix y pousse encore plus loin l’exploration timbrale amorcée sur Purple Haze, dans un titre souvent perçu comme une réponse à Crossroads de Cream. Sa version studio, plus courte que certaines interprétations live, fait figure de référence pour l’usage expressif des pédales d’effets.
While My Guitar Gently Weeps – Eric Clapton, The Beatles (1968)
Invité par George Harrison, Eric Clapton pose ici l’un des rares solos confiés à un musicien extérieur sur une chanson des Beatles. Son jeu, mélancolique et mesuré, contraste avec le reste de la production plus expérimentale de « l’Album blanc ». Cette collaboration ponctuelle illustre les liens tissés entre guitaristes britanniques de l’époque, au-delà des frontières entre groupes.
Whole Lotta Love – Jimmy Page, Led Zeppelin (1969)
Construit autour d’un riff aujourd’hui emblématique, le solo de Jimmy Page s’inscrit dans une section marquée par des effets de studio expérimentaux, notamment via le theremin. Tranchant et chargé de distorsion, son jeu participe à la naissance esthétique du hard rock. Whole Lotta Love s’impose comme un moment charnière dans l’évolution du son électrique de la formation.
Layla – Eric Clapton & Duane Allman, Derek and the Dominos (1970)
Duane Allman et Eric Clapton signent avec Layla un dialogue de guitares entré dans la légende, mêlant slide et jeu classique. Leur complicité, née d’une rencontre fortuite en studio, donne au morceau une tension particulière, entre urgence amoureuse et maîtrise technique partagée. Allman meurt un an après l’enregistrement, ce qui confère rétrospectivement à cette collaboration une dimension quasi testamentaire dans l’histoire du rock sudiste.
Since I’ve Been Loving You – Jimmy Page, Led Zeppelin (1970)
Sur ce blues lent tiré de Led Zeppelin III, Page délivre un solo d’une intensité rare, porté par un jeu chargé d’émotion plus que de rapidité. Enregistré en une seule prise selon plusieurs témoignages, leur titre capture une tension quasi live. Il met en lumière la dimension blues souvent moins mise en avant du groupe, aux côtés de compositions plus expérimentales ou empruntées au folk britannique.
Stairway to Heaven – Jimmy Page, Led Zeppelin (1971)
Considéré comme l’un des solos les plus commentés du rock, celui de Stairway to Heaven accompagne son ascension progressive, de la ballade acoustique à l’explosion électrique finale. Jimmy Page y utilise une Fender Telecaster plutôt que sa Gibson habituelle. Pensée comme un arc narratif, sa construction en a fait un cas d’école régulièrement étudié dans les écoles de musique.
Highway Star – Ritchie Blackmore, Deep Purple (1972)
Avec son jeu rapide et précis, nourri d’influences classiques (notamment de Bach), Ritchie Blackmore offre ce solo souvent présenté comme un jalon du néoclassical metal, genre qui émergera dans les décennies suivantes. Sa structure, écrite quasiment comme une partition, tranche avec l’improvisation pure et annonce une approche plus technique de la guitare électrique, un héritage que revendiquera plus tard Yngwie Malmsteen.
Free Bird – Allen Collins & Gary Rossington, Lynyrd Skynyrd (1973)
Le final de Free Bird est resté célèbre pour sa longueur et son intensité progressive. Allen Collins multiplie les phrases mélodiques sur un tempo qui s’accélère, porté par le triple jeu de guitares caractéristique de Lynyrd Skynyrd. Ce passage, devenu un rituel de concert, symbolise le southern rock des années 1970 et son goût pour les titres étirés, pensés comme de véritables voyages sonores.
Bohemian Rhapsody – Brian May, Queen (1975)
Brian May construit son solo comme une mélodie à part entière, presque une deuxième voix chantée. Enregistré avec sa guitare artisanale, la « Red Special », il s’insère entre la section pseudo-opéra et le retour du rock, assurant la transition la plus périlleuse de de Bohemian Rhapsody. Concis mais d’une justesse redoutable, il incarne l’approche de May : jouer juste, sans démonstration inutile, au service de la composition globale.
Hotel California – Don Felder & Joe Walsh, Eagles (1976)
Le solo final, joué en duo par Don Felder et Joe Walsh, clôt le morceau sur près de deux minutes de dialogue entre les deux guitares. Leur jeu, harmonisé et mélodique, a nécessité de nombreuses répétitions afin que les parties s’imbriquent parfaitement. Incontournable sur les radios classic rock, ce duo montre toute la capacité des Eagles à marier pop californienne et ambitions instrumentales plus complexes.
Eruption – Eddie Van Halen (1978)
Ce court instrumental a redéfini les codes du jeu de guitare rock. Van Halen y popularise le tapping à deux mains, une technique qui permet d’enchaîner des notes à une vitesse inédite. Composé presque par accident en studio, Eruption a ouvert la voie au shred, inspirant des guitaristes comme Steve Vai ou Joe Satriani. Un titre souvent considéré comme un manifeste technique autant que musical.
Sultans of Swing – Mark Knopfler, Dire Straits (1978)
Mark Knopfler y déploie un style de jeu aux doigts, sans médiator, qui lui donne une texture particulière, plus ronde et précise. Le solo, fluide et chantant, tranche avec l’esthétique plus saturée du rock de la fin des années 1970. Directement inspirée du jeu de guitaristes de jazz et de country, cette approche a contribué à distinguer Dire Straits dans le paysage du rock britannique de la fin des années 1970.
Comfortably Numb – David Gilmour, Pink Floyd (1979)
Sur Comfortably Numb, David Gilmour signe deux solos, dont le second, sur l’album The Wall, est régulièrement cité comme le plus grand de l’histoire du rock. Construit sur quatre notes répétées avec une intensité croissante, il mise sur le sustain et le phrasé plutôt que sur la vitesse. Gilmour a enregistré plusieurs prises avant de les assembler, cherchant l’émotion la plus juste. Le résultat reste un exemple en matière de guitare mélodique.
Sweet Child O’ Mine – Slash, Guns N’ Roses (1987)
Né d’un simple échauffement en studio, le riff d’intro de Slash est devenu l’un des riffs les plus identifiables du rock. Le solo qui suit, construit en plusieurs parties, alterne ligne de chant et passages plus rapides. Ce morceau, tiré de Appetite for Destruction, a fait du musicien anglo-britannique l’une des figures les plus reconnaissables de sa génération, chapeau haut-de-forme compris.
One – Kirk Hammett, Metallica (1988)
Sur cette ballade tirée de …And Justice for All, Kirk Hammett façonne un solo qui accompagne la montée en intensité du titre, inspiré du film Johnny Got His Gun. Le jeu, technique mais toujours porté par le récit, traduit la capacité de Metallica à sortir du cadre strict du thrash metal pour explorer des formats plus lyriques, sans renoncer à la puissance qui a fait la réputation du groupe.
November Rain – Slash, Guns N’ Roses (1991)
Filmé au sommet d’une église dans le clip original, le solo de Slash sur November Rain s’est imposé comme une image autant qu’une musique. Long et mélodeux, il s’inscrit dans la tradition des guitar heroes des années 1980, tout en annonçant les ballades rock plus théâtrales des années 1990. Sa notoriété doit beaucoup à la mise en scène du clip, mais aussi à la construction progressive du solo lui-même.