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Les applications et objets connectés peuvent-ils réellement améliorer le sommeil ?

20 octobre 2022
Par Florian Gallant
Les applications et objets connectés peuvent-ils réellement améliorer le sommeil ?
©Sleep Cycle

De plus en plus d’applications affirment pouvoir aider les insomniaques et autres patients au sommeil troublé grâce aux capteurs de leur smartphone. Qu’en est-il réellement ? Si elles ne sont pas toutes à jeter, il faut toutefois nuancer leur fondement scientifique.

Vous êtes fatigué. Toute la journée vous l’avez constaté et ce n’est pas une première. Vous n’avez qu’une hâte : vous glisser sous la couette et profiter du bon sommeil réparateur que vous attendez tant. Sauf que. Sauf qu’une fois la tête sur l’oreiller, Morphée préfère prendre son temps. Il est déjà tard. Vous ne dormez toujours pas. Et si une application vous aidait à vous endormir ?

On dort moins bien qu’avant

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul à vous faire cette réflexion (nocturne). D’année en année, de plus en plus de personnes font confiance aux applications de leur smartphone et à leurs objets connectés pour surveiller, analyser et améliorer leur sommeil. En 2019, selon une étude de l’Institut national du sommeil et de la vigilance, les Français dorment en moyenne 6h57 en semaine et 8h14 le week-end. Surtout, parmi les 1 014 individus représentatifs de la population française âgés de 18 à 75 ans ayant participé à cette étude, près d’un tiers ne sont pas satisfaits de leur sommeil. 39 % seraient concernés par un trouble qui gêne leur sommeil et 15 % feraient de l’insomnie.

Des chiffres qui augmentent ces dernières années, notamment à cause de ce que l’on appelle internationalement la « coronasomnia ». Une étude de la Société française de recherche et médecine du sommeil cherchait d’ailleurs à mesurer l’impact de la crise sanitaire sur les troubles du sommeil. Autant dire qu’à l’échelle de l’Hexagone, le marché des mauvais dormeurs est important.

Deux types d’applications

Les développeurs d’applications et d’objets connectés l’ont bien compris et une simple recherche sur l’Apple Store ou Google Play permet de tomber sur une centaine d’apps promettant réveils faciles et techniques d’analyse du sommeil brevetées. Certaines entreprises se sont même spécialisées dans cette thématique. Mais que valent-elles ? Difficile de les analyser une par une, mais on peut déjà les séparer en deux catégories, comme l’explique la docteur Sylvie Royant-Parola.

« Les patients (…) distinguent le bien-être ludique, la démarche de quantified self (c’est-à-dire l’automesure de son corps et des données que l’on peut en retirer, ndlr), et le médical. »

Sylvie Royant-Parola
Réseau Morphée

Présidente du réseau Morphée – un collectif de 350 membres, dont 280 médecins qui se consacrent à la prise en charge des troubles du sommeil chronique –, elle détaille : « Il existe deux types d’applications. Celles qui veulent uniquement aider à l’endormissement et celles qui assurent analyser le sommeil. Les premières, par la diffusion de sons d’ambiance, peuvent indéniablement aider à la relaxation et faciliter l’endormissement. Le succès d’une application comme Petit Bambou, qui invite à la méditation, en est la preuve. »

Des données souvent imprécises… voire complètement farfelues

Quid des secondes ? Encore une fois, il y a à boire et à manger. Et tout dépend de comment sont récupérées les données. Pour certaines applications, il suffirait de laisser son téléphone intelligent à côté de son oreiller ou sur sa commode et laisser faire la magie de l’algorithme. Autant le dire tout de suite : les datas récupérées sont souvent imprécises, voire complètement farfelues. 

« Certaines entreprises, comme Apple ou Withings, sont de plus en plus efficaces pour enregistrer des rythmes du sommeil et les phases d’éveil. Cela fait partie des données que l’on peut garder, bien qu’elles restent sujet à caution. »

Sylvie Royant-Parola
Réseau Morphée

Et pour cause, il suffit de vivre en couple et de dormir dans un même lit ou tout simplement d’avoir un chat espiègle pour que toutes les données soient faussées. « Autant dire que les beaux graphiques qui en résultent n’ont aucune valeur clinique », expose l’experte en sommeil, qui rappelle que plusieurs laboratoires ont ainsi comparé l’analyse des applications stars et celles d’un vrai dispositif médical. Sans surprise, les différences sont flagrantes. « Fort heureusement, les patients en ont conscience et c’est assez rare qu’ils viennent avec leurs courbes. Ils distinguent le bien-être ludique, la démarche de quantified self (c’est-à-dire l’automesure de son corps et des données que l’on peut en retirer, ndlr), et le médical. »

Des objets de plus en plus efficaces

Pourtant, tout n’est pas à jeter dans les dispositifs d’analyse de sommeil ! Sans pour autant atteindre la précision d’un dispositif médical, de plus en plus de professionnels de santé concèdent le perfectionnement des objets connectés spécialisés. Ou non. « De plus en plus d’objets connectés ont un onglet sommeil. Et certaines entreprises, comme Apple ou Withings, sont de plus en plus efficaces pour enregistrer des rythmes du sommeil et les phases d’éveil. Cela fait partie des données que l’on peut garder, bien qu’elles restent sujettes à caution. » Il suffit en effet d’un capteur mal étalonné à sa sortie de l’usine pour fausser toute analyse.

À l’ère où la collecte intempestive de données est remise en question par les citoyens et les pouvoirs publics, la légitimité de ces entreprises à récolter des données sur le sommeil de ses utilisateurs reste problématique, notamment en termes de transparence et de revente.

N’empêche, lorsqu’il est question d’un suivi sur le long terme, les objets connectés présentent leurs avantages : « On peut comparer comment de grands changements de la vie – comme la ménopause ou une prise de poids – ont changé la récupération de données. Ils peuvent ainsi servir de signaux d’alerte lorsque l’on remarque que le rythme respiratoire a changé sur une période donnée, ou encore que les apnées du sommeil se multiplient. »

Le big data du marchand de sable

Alors que les objets connectés (notamment les montres et bracelets) se sont hissés au rang de cadeau de choix pour Noël et les anniversaires, les spécialistes du sommeil concèdent ainsi que leur démocratisation permet tout de même de récupérer un flux de données énormes concernant les dormeurs du monde entier. « C’est un outil magique pour étudier la population et les habitudes de sommeil dans le monde entier. Leur nombre est tel que de plus en plus de chercheurs se penchent sur leurs analyses », évoque Sylvie Royant-Parola.

« On voit naître des partenariats plus étroits entre les start-ups et les médecins. Cela va forcément enrichir notre sémiologie. »

Sylvie Royant-Parola
Réseau Morphée

Toutefois, à l’ère où la collecte intempestive de données est régulièrement remise en question par les citoyens et les pouvoirs publics, il faut rappeler que la légitimité de ces entreprises à récolter des données sur le sommeil de ses utilisateurs reste problématique, notamment en termes de transparence et de reventes. « Ce qui est sûr, c’est que l’on voit naître des partenariats plus étroits entre les start-ups et les médecins. Cela va forcément enrichir notre sémiologie. » 

Rien ne vaut une bonne hygiène de vie

C’est bien beau tout ça, mais, au final, dans votre lit, vous ne dormez toujours pas. Vous l’aurez compris, une application de méditation peut vous aider à trouver le sommeil et certains objets connectés (que l’on met sous le matelas ou que l’on porte sur soi) peuvent vous aider à déceler des tendances particulières de votre sommeil ou de votre rythme de vie (heure moyenne du coucher, du réveil, etc.). Mais rien ne remplacera une consultation chez un professionnel de santé.

Les experts en sommeil recommandent avant tout une bonne hygiène de vie : ne pas accumuler de « dette du sommeil », ne pas manger trop lourd avant de se coucher, adopter un rythme stable, apprendre à gérer son stress et ses pensées invasives… La présidente du réseau Morphée conclut : « En fait, il ne faudrait pas une application, mais bien des applications pour mieux gérer tous ces paramètres de vies. C’est pour cela que d’un point de vue médical, on parle de “programme” pour les insomniaques. Un bon sommeil, c’est une multitude de facteurs à gérer. »

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Article rédigé par
Florian Gallant
Florian Gallant
Journaliste