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Noland Arbaugh, premier homme à contrôler la technologie par la pensée grâce à Neuralink

08 avril 2024
Par Florence Santrot
Noland Arbaugh, premier homme à contrôler la technologie par la pensée grâce à Neuralink
©DR

À 29 ans, Noland Arbaugh redéfinit les frontières entre la médecine et la technologie. Quadriplégique depuis un accident, il a regagné une certaine autonomie grâce à l’implant cérébral Neuralink.

Il a 29 ans et est quadriplégique, c’est-à-dire incapable de mouvoir aucun de ses quatre membres. Paralysé des épaules jusqu’aux pieds depuis huit ans après un accident de plongée, Noland Arbaugh est le premier être humain à s’être vu greffer la puce Neuralink dans le cerveau. Lundi 29 janvier 2024, Elon Musk avait annoncé fièrement sur son réseau social X/Twitter : « Le premier humain a reçu un implant de Neuralink hier, et il se remet bien. Les premiers résultats montrent une détection prometteuse des pics neuronaux. » Cette première expérimentation a été réalisée dans le cadre du programme PRIME (« Precise Robotically Implanted Brain-Computer Interface ») lancé par Neuralink et qui doit s’étaler sur six ans.

Depuis, que s’est-il passé ? On en sait plus depuis que l’individu lui-même a pris la parole fin mars dans un stream sur le réseau social. La question passionne : que peut-il concrètement faire avec cette puce intelligente placée dans une région du cerveau qui contrôle l’intention de bouger ? La réponse est pour le moins prometteuse : non seulement il peut faire bouger le curseur d’une souris sur un ordinateur, mais il peut aller bien au-delà et jouer aux échecs, à des jeux vidéo

“Plus indépendant qu’on ne pourrait jamais l’être”

« Cela va paraître vraiment fou, mais l’implant rend la paralysie vraiment pas si grave, a déclaré Noland Arbaugh sur X un mois seulement après l’opération. Cet implant rendra probablement les gens comme moi plus indépendants qu’ils ne pourraient jamais l’être. Et je pense même que la guérison est envisageable. » Dire de lui qu’il est enthousiaste est donc un euphémisme.

Concrètement, Noland a commencé par apprendre à maîtriser une souris à l’écran juste par la pensée. Puis il est passé à une difficulté supérieure : jouer aux échecs. Nouvelle réussite. « Si vous pouvez voir le curseur se déplacer sur l’écran, c’est uniquement par mon esprit. C’est plutôt cool, hein ? », a-t-il déclaré lors d’un livestream.

Noland Arbaugh, premier homme à contrôler la technologie par la pensée grâce à Neuralink
Noland Arbaugh en pleine partie de Mario Kart.©DR

Afin d’augmenter la difficulté et de prouver les capacités de l’implant cérébral, le jeune homme a multiplié les expérimentations. Le 22 mars dernier, il a twitté (sans aide externe) : « Twitter m’a banni parce qu’ils pensaient que j’étais un robot. @X et @Elon Musk m’ont réintégré parce que je le suis. » Il s’est aussi essayé aux jeux vidéo. Après une démonstration sur Mario Kart, il est passé au jeu de stratégie Civilization VI. Il affirme même avoir passé « la nuit entière » à y jouer. Cette étape prouve sa progression régulière dans l’apprentissage de la maîtrise de l’implant depuis la greffe.

Un apprentissage en douceur

L’homme a précisé que l’intervention chirurgicale s’était passée sans difficulté et qu’il avait pu quitter l’hôpital dès le lendemain. Depuis, il affirme ne ressentir aucune gêne cognitive. Noland Arbaugh explique comment il s’y prend pour faire en sorte que la puce traduise sa volonté en actions au travers d’un logiciel : « J’essaie de déplacer, disons, ma main droite vers la gauche, la droite, l’avant, l’arrière, et à partir de là, je pense qu’il est devenu intuitif pour moi de commencer à imaginer le curseur en mouvement, a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : Je ne peux même pas décrire à quel point c’est cool de pouvoir faire ça. »

Un logiciel analyse les signaux cérébraux du patient et les traduit en commandes de sortie pour contrôler des appareils externes. Mais Neuralink reste très discret sur le fonctionnement précis de sa puce, tout comme sur la portée de ses premières expérimentations. Impossible de savoir combien de « cobayes » recevront une greffe de la puce, où les tests seront réalisés ni ce qu’il est attendu in fine des capacités de la puce. En outre, la société d’Elon Musk, fondée en 2016, ne publie rien sur le site officiel ClinicalTrials.gov, qui recense les études médicales impliquant des sujets humains.

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