Avec Angine de Poitrine, pas de mal de gorge – mais une fièvre étrangement tenace. Propulsé par une session live KEXP, le groupe québécois hors normes a connu une entrée fracassante sur la scène internationale. De l’ombre à la lumière, des gigantesques masques aux guitares microtonales, de l’expérimentation débridée à la révélation mondiale : les « frères de Poitrine » s’apprêtent à conquérir la planète. Et gare à la contagion.
Introduction
Et si c’étaient eux qui avaiant relancé la mode des pois ? Dissimulé dans d’étonnants costumes en papier mâché, le duo de rock expérimental Angine de Poitrine fascine et interroge – tant par son nom que par son apparence.
Discrets depuis leur Vol. I paru en 2024, Khn et Klek ont vu leur destin basculer en février 2026 – une session live mise en ligne par la radio américaine KEXP propulsant le groupe québécois sur la scène internationale, au point que le monde entier en reste sans voix.
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Le mystère comme marque de fabrique
Leurs vrais noms ? Inconnus. Leur âge ? La trentaine environ. Leurs visages ? Jamais à découvert. Si le duo énigmatique préserve son identité avec une habileté déconcertante, certains éléments finissent tout de même par transpercer le masque.
Originaires de Chicoutimi, à environ 200 km au nord de Québec, les deux artistes se connaissent depuis l’âge de 13 ans – et n’ont, depuis, jamais vraiment cessé de jouer ensemble. Un soir de 2019, leur aventure prend une tournure décisive : alors qu’un ami gérant de salle cherche à combler un trou dans sa programmation, ils répondent présent – sans même savoir ce qui les attend.
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De cet épisode naît Angine de Poitrine – Khn de Poitrine à la guitare, à la basse et aux instruments microtonaux ; Klek de Poitrine à la batterie. Une formation qui pose les premières notes d’une épidémie mondiale.
Expérimenter, de la tête aux cordes
Grandes têtes en papier mâché, nez proéminents, combinaisons intégrales à pois noir et blanc : sur scène, les « frères de Poitrine » incarnent le mystère jusqu’au bout des doigts – et c’est peu dire. Leur rituel scénique ? Un triangle dessiné avec les mains, auquel le public répond en miroir, dans une ambiance aussi sectaire que déjantée.
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Car Angine de Poitrine, c’est avant tout un projet sonore, mêlant rock instrumental et techno, ajouts et retraits hypnotiques, le tout porté par des instruments résolument singuliers, à commencer par la guitare microtonale.
À l’origine de cette démarche, une expérimentation : « J’ai ajouté des frettes supplémentaires à une guitare en scie. Puis, immédiatement, dès qu’on a commencé à jouer avec, on a juste ri, à cause de la friction créée et de la proximité des notes », racontait Klek à l’occasion du festival Aucard de Tours, lors d’une rare interview en français – le duo s’exprimant par ailleurs en « langage extraterrestre ».
De l’idée à l’instrument, il n’y a qu’un pas. En 2023, Khn commande une guitare sur mesure auprès d’un luthier de la ville d’Alma, frettée non pas en demi-tons comme à l’accoutumée, mais en quarts de tons. À l’arrivée, un son à la fois familier et profondément étrange, comme si l’objet avait basculé dans une autre dimension.
À cela s’ajoute le « looping live », une technique musicale où Khn, en temps réel, empile sur un instrument à double manche des lignes de basse, des riffs, des mélodies et des solos – pour un résultat aussi impressionnant à l’image qu’à l’écoute. Klek, de son côté, assure une batterie à la précision redoutable, semée de changements de mesure inattendus.
Ensemble, les deux artistes élaborent des morceaux d’une liberté totale, sans structure couplet/refrain ni paroles – puisant autant dans Gentle Giant que dans King Gizzard & The Lizard Wizard ; autant dans le disco que le jazz moderne ou le rock turc.
Résultat ? Des titres aussi énigmatiques que le duo lui-même – Mata Zyklek, Sarniezz, UTZP… ça vous dit quelque chose, vous ?
Pourquoi le groupe va (encore plus) cartonner
Si leur projet « mantra-rock dada-pythago-cubiste » a de quoi dérouter, leur trajectoire, elle aussi, fascine. Vol. I, leur premier album, sort à l’été 2024 en autoproduction – discrètement. Quelques festivals québécois, une fanbase naissante, un prix d’Artiste de l’année au GAMIQ (Gala alternatif de la musique indépendante du Québec) en décembre 2025 : les fondations sont solides, bien que le grand public ne réponde pas encore présent.
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Puis en février 2026, c’est l’explosion. La radio américaine KEXP, spécialisée dans le rock alternatif, publie sur sa chaîne YouTube une session des « frères de Poitrine » enregistrée le 4 décembre 2025 à Rennes, durant le festival Trans Musicales.
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Dès lors, les compteurs s’affolent : quatorze millions de vues, cinq pressages de Vol. I épuisés – dont des exemplaires arrachés jusqu’à 1 500 dollars sur le marché secondaire – et des concerts sold out à l’international dès leur mise en vente. À Paris, la date du 21 octobre 2026 à l’Élysée Montmartre affiche complet en quelques minutes, au point qu’une seconde date le lendemain soit ajoutée dans la foulée (également sold out).
Dans le sillon de cette ascension fulgurante, Angine de Poitrine frappe fort avec Vol. II, paru le 3 avril 2026 (et attendu le 12 juin en versions CD et vinyle), dont les six titres conquièrent la presse : le très branché Pitchfork estime que le duo « a réussi à prendre une des musiques les moins sexy de l’histoire pour lui donner le type de groove qui la rend irrésistible ».
De son côté, Exclaim! lui décerne l’excellente note de 10/10 – son premier score parfait depuis 2023. Le journaliste Jon Pareles, quant à lui, conclut dans le New York Times : « Angine de Poitrine a conquis Internet cette année. Le groupe maîtrise parfaitement le pouvoir du rythme, de la répétition, de la dissonance, de la surprise et du bruit, et les présente dans un écrin fantaisiste. »
« Angine de Poitrine a conquis Internet cette année. » Jon Pareles, New York Times
Dans un paysage musical saturé de productions générées par intelligence artificielle, la formation expérimentale redore le blason de l’artiste vivant : deux corps qui se déchaînent sur scène, un instrument fabriqué à la main et des boucles construites sous les yeux du public.
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La curiosité est un vilain défaut ? Portés par leurs masques vissés, leurs bouches cousues et leur langue inventée, les deux Québécois en font un art. En réponse, le monde entier dessine des triangles dans le vide – déjà en attente du prochain épisode viral.