La culture française est très populaire au Japon. Au point que de nombreux mangakas ont fait figurer des stars hexagonales dans leurs mangas !
Introduction
Les relations entre les cultures françaises et japonaises ne sont plus à prouver : les deux pays ont fêté l’année dernière leurs 160 ans de relations diplomatiques. En France, la place de la culture nippone ne cesse de croître. Mais l’inverse est-il vrai ? Oui, et ça dure depuis plus d’un demi-siècle. Mais, dans les années 1970 et 1980, plusieurs auteurs de mangas et réalisateurs de séries animées ont été jusqu’à insérer des références directes aux stars de la musique ou du cinéma dans leurs œuvres. Alors, prêts à découvrir Belmondo en mercenaire de l’espace ?
Des noms qui trahissent la popularité de la culture française
Parfois, il ne s’agit que d’une petite allusion à la popularité de tel ou tel artiste, mais une allusion qui en dit long sur la popularité de la pop culture française dans le Japon de la fin de l’ère Showa. C’est par exemple en fin connaisseur de la musique française qu’Hirohiko Araki décide en 1989 d’intégrer à son manga Jojo’s Bizarre Adventure un personnage d’escrimeur français nommé Jean-Pierre Polnareff. C’est le même amour pour les noms composés improbables qui fera apparaître un certain Jean-Marcel Belmondo dans la série de romans de science-fiction Psycho Pass, adaptée de nombreuses fois en anime, mangas et jeux vidéo.
Dans le même ordre d’idée, l’un des personnages les plus éminents de la longue série de dessins animés de science-fiction Mobile Suite Gundam est, lui aussi, inspiré d’une icône de la chanson française. Dans la première série de la saga, dépeignant la lutte entre la fédération terrienne et une entité séparatiste issue de colonies spatiales, le héros Amuro, pilote de robots, se retrouve aux prises avec un pilote adverse d’exception. Cet homme, mystérieux et masqué, se révèle être un certain Char Aznable, prononciation japonaise de… Charles Aznavour, alors au faîte de sa gloire au Japon. Char gagnera une telle popularité auprès des fans de la série qu’il sera le héros de nombreuses suites et reste, 50 ans plus tard, l’un des personnages les plus en vue de la culture japonaise.
Matthieu Amalric en loup anthropomorphe
Certains auteurs ont été plus loin qu’un simple nom ou une simple ressemblance, en recopiant directement à leur manière les traits de telle ou telle célébrité bien de chez nous. C’est ainsi que la célèbre dessinatrice Paru Itagaki (Bota Bota, Sanda…) s’est par exemple découvert une fascination pour le physique insolite de Mathieu Amalric et l’a transformé en loup anthropomorphe pour son manga Beastars.

De manière encore plus transparente, l’auteur Buichi Terasawa, un amoureux notoire de la France, a glissé de nombreuses allusions à notre culture dans son manga culte Cobra (récemment réédité). À commencer par son héros, un mercenaire de l’espace inspiré non pas d’une, mais de deux légendes du cinéma français de son enfance. Dans la bande dessinée de l’artiste disparu en 2023, le mercenaire facétieux et insouciant Cobra avait à l’origine un autre visage et une attitude plus sombre, calqués sur les traits du jeune Alain Delon. Désormais doté de traits modifiés avec une chirurgie futuriste, c’est avec la gueule très reconnaissable et le cigare mâchonné avec désinvolture de Jean-Paul Belmondo qu’il vit ses aventures galactiques.
La culture française de plus en plus présente dans les mangas
Si les décalques directs d’acteurs ou de musiciens français restent une exception amusante, la présence de la culture française dans les mangas, elle, est de plus en plus affirmée. On ne compte plus les mangas sur Jeanne d’Arc et Marie-Antoinette, les fresques shōnen napoléoniennes ou les jeux vidéo japonais inspirés de l’histoire de France. Avec parfois même des génériques de dessins animés ou des doubleurs reprennent joyeusement du France Gall !
On remarque par ailleurs que ces contenus plus récents sont davantage documentés que ne l’étaient leurs ancêtres des années 1970 ou 1980. Finie la France fantasmée par la nouvelle vague et les magazines de mode, place aux œuvres plus sourcées, souvent produites par des mangakas ayant eu l’occasion de visiter le pays et d’y effectuer des repérages.
Une vision plus réaliste de notre pays, entrevue par exemple dans les récentes séries Lupin III ou encore dans l’adaptation télévisuelle coproduite par le service public français du manga sur le vin Les gouttes de Dieu. Des œuvres plus vraisemblables et ancrées dans le présent, qui n’empêchent pas les mangakas les plus farfelus de proposer des intrigues incroyables où Marie-Antoinette doit lutter contre une invasion de zombies à Versailles.