Entre thrillers haletants, romances fantastiques et chroniques sociales, 2026 s’annonce riche pour les lecteurs de mangas. De la science-fiction de Cosmos à la douceur des Cent vues d’Utagawa, la rédaction de L’Éclaireur a déniché les meilleures pépites de l’année.
Les chants du cygne noir, d’Alex Alice, chez Rue de Sèvres
Après le succès du Château des étoiles, Alex Alice frappe fort avec Les chants du Cygne Noir, une incursion majeure et spectaculaire dans le manga. Nous sommes en 1880. La conquête spatiale fait rage et l’Europe se dispute « le Ring », une ceinture d’astéroïdes au-delà de Mars où les vaisseaux s’évanouissent sans laisser de traces. C’est là que navigue Benesh, embarquée sur un paquebot vers Jupiter pour assassiner le meurtrier de son frère.
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Mais l’abordage du navire par des pirates bouleverse sa vengeance. La voilà contrainte de s’allier au capitaine Lohengrin et l’équipage du Cygne Noir, pour traquer une relique extraterrestre aux pouvoirs étranges. Un périple corsaire où se croisent une invention mystérieuse et un baron sans scrupules.
Le résultat séduit sans peine. Alex Alice livre un alliage d’action redoutable et de personnages mémorables. Graphiquement, ce pont jeté entre BD et manga impressionne par la netteté de son trait, au service de décors sublimes.
La fiancée du clan Kyougane, d’Anju Hino, chez Ki-oon
Le clan d’exorcistes Kyougane doit sa légende à sa victoire historique contre le terrible renard à neuf queues. C’est à la tête de cette illustre lignée que veille Kuro, un jeune chef obsédé par la vengeance depuis que des démons ont tué ses parents. Contraint d’assurer sa descendance, il accepte d’épouser Fuyu. Mais le soir des noces, le mythe s’effondre : il découvre que ses ancêtres n’ont pas tué le monstre, mais ont fait un pacte avec lui. Le deal est simple ; en échange de la paix, chaque chef doit lui offrir sa femme en sacrifice.
Refusant cette barbarie, Kuro abat la créature, dont l’âme se réfugie aussitôt dans le corps de sa promise. Fidèle à ses vœux, l’exorciste s’embarque alors dans une lune de miel mouvementée avec son pire ennemi.
Après une première tentative éditoriale infructueuse, Anju Hino signe chez Ki-oon un retour éclatant avec La fiancée du clan Kyougane. Puisant dans son amour pour l’ère Meiji, les arts du sabre et les yokai, elle livre une fantasy historique qui mêle action, humour et romance.
Quatre filles et une coloc, de Mizoko Tsuno, chez Delcourt Tonkam
À 28 ans, Shûko partage les joies et le stress du quotidien avec trois amies aux profils différents : Eika la bourreau de travail, Misaki la musicienne romantique, et Shio, une travailleuse indépendante à qui tout réussit. Avec ce josei, Mizoko Tsuno ausculte le virage de la trentaine avec beaucoup de tendresse. Alors que ses proches avancent, cette employée de bureau célibataire craint de stagner et s’interroge sur sa propre trajectoire. Le récit aborde de front la pression sociale du « bon âge » pour se marier ou avoir des enfants, capturant ce moment charnière de remise en question.
Aussi doux et sensible d’un point de vue graphique que scénaristique, l’œuvre évite les stéréotypes et traite la crise de la trentaine avec une justesse désarmante. On s’attache immédiatement à ce quatuor et aux liens puissants qui les unissent, tant leurs problématiques font écho aux nôtres. Un miroir générationnel particulièrement réussi, qui a déjà conquis la Corée du Sud, l’Angleterre, la Chine et l’Allemagne.
Dungeon Elf, de River Slan, chez Doki-Doki
Tout amateur de RPG s’est un jour posé la question : mais qui dépose les coffres au trésor dans les hautes herbes, les maisons ordinaires ou les donjons les plus hostiles ? C’est de cette interrogation candide entre deux auteurs passionnés qu’est né Dungeon Elf. Déjà très remarqué au Japon, le récit suit Snail, une elfe solitaire qui parcourt le monde pour placer des coffres au trésor. Sa mission est cruciale : aider discrètement les aventuriers pour préserver l’équilibre du monde. Mais face au danger, cette mystérieuse voyageuse révèle un pouvoir terrifiant, capable de terrasser des créatures dignes des plus grands panthéons mythologiques.
À la manière de Frieren, le titre opère une déconstruction poétique des codes du RPG, truffée de clins d’œil pour les connaisseurs. L’album brille par le contraste entre la beauté de ses paysages légendaires et la vigueur de ses scènes d’action. Visuellement, le duo livre une ode graphique aux grands maîtres, revendiquant notamment l’influence de Junji Ito. Une belle réussite, qui apporte une profondeur et une mélancolie inédites à un univers pourtant balisé.
Hero Organization, de Kei Saikawa et Akira Takahashi, chez Glénat
Lancée durant la seconde moitié du XXIe siècle pour répondre aux menaces pesant sur la survie de la Terre, la colonisation spatiale se heurte, un siècle plus tard, à un péril inédit : les « star beasts », de mystérieuses créatures d’outre-espace. Pour les contrer, l’humanité s’en remet aux AIGIS, de gigantesques armures robotiques pilotées au péril de leur vie par des soldats érigés en héros. Ryu Tyler, lui, n’a rien d’un soldat ; il travaille modestement dans l’usine de fabrication de ces méchas et élève son fils Leo. C’est pourtant la trajectoire de cet homme ordinaire vers l’héroïsme que retrace Hero Organization.
Sous ses airs de récit de science-fiction militaire, cette odyssée spatiale déploie une intrigue bien plus sombre et complexe, qui fait cohabiter la vie en académie militaire et les complots transgénérationnels. Le mangaka tisse une trame dense, rythmée par les manipulations et une puissante dynamique de vengeance. Une lecture nerveuse, riche en rebondissements, qui aborde, aussi des questions essentielles, telles que le sacrifice et la colonisation.
Gaslight Stray Dog Detectives, de Yugo Aosaki et Toshimitsu Matsubara, chez Ki-oon
Sur les pavés poisseux du Londres victorien, Arthur Conan Doyle avait laissé dans l’ombre les « irréguliers », cette armée de gamins des rues qui servaient d’informateurs à Sherlock Holmes. Avec Gaslight Stray Dog Detective, le spécialiste du thriller Yugo Aosaki (connu pour Undead Girl Murder Farce et Dans le premier train du matin) et le dessinateur Toshimitsu Matsubara grattent le vernis du mythe.
On y suit le jeune Louis, orphelin au regard affûté, et son amie Nina, reine de la débrouille. Lorsque cette dernière est tuée lors d’une mission nocturne pour le compte du locataire de Baker Street, la vengeance devient l’unique boussole de Louis. S’il démasque le meurtrier, sa cible intime reste Holmes, coupable à ses yeux d’avoir envoyé Nina à la mort.
Infiltré comme adjoint secret du grand détective, l’enfant entame un face-à-face hautement ambigu, oscillant entre fascination intellectuelle et haine froide. Le sens du thriller d’Aosaki insuffle une vraie tension à cette cohabitation forcée, transformant le traditionnel duo d’enquêteurs en une poudrière intime particulièrement captivante.
Meteoria, de Makoto Tôdô, chez Kurokawa
Makoto Tôdô livre avec Meteoria un récit d’apprentissage qui utilise avec intelligence les codes du shonen pour aborder la question du transfuge de classe. L’histoire se déploie dans un univers steampunk mû par un combustible fossile spécial appelé charbon météorique. Kanata, un travailleur minier, étudie sans relâche et tente de se sortir de sa condition difficile. Cependant, l’irruption d’un monstre géant fait basculer son destin : le voilà propulsé dans un prestigieux institut national de recherche. Mais l’opportunité se révèle un cadeau empoisonné quand le garçon se retrouve affecté à une escouade de combat anti-monstres.
Bien que la trame coche les cases habituelles du genre (académie d’élite, créatures fantastiques, solidarité de groupe…), elle gagne en épaisseur grâce à sa dimension politique et sociale, qui rappelle la noirceur industrielle de Fullmetal Alchemist. Porté par des personnages éclectiques et attachants, ce titre offre un divertissement d’une belle maturité.
Le dernier écrivain, de Chitose Akai, chez Glénat
En l’an 2120, au sein d’une clinique de pointe, Yagura Sugai émerge d’un sommeil cryogénique d’un siècle, vestige d’un protocole expérimental qui l’a sauvé d’une maladie autrefois incurable. Pour cet homme, le réveil est un double choc. Obligé de lire pour se remettre à niveau dans une société où l’intelligence artificielle générative est devenue la norme absolue de création, cet écrivain jadis anonyme découvre qu’il est désormais célébré comme un auteur national incontournable.
Mais la célébrité importe peu face au souvenir de Yui, la compagne qu’il avait laissée derrière lui sans un mot d’explication avant de s’endormir. Lorsqu’une lettre inattendue lui parvient, laissant supposer que la jeune femme – logiquement disparue – serait encore en vie, Yagura se lance un défi : écrire, de sa propre main, un roman capable de la toucher à nouveau.
Avec Le dernier écrivain, Chitose Akai avance avec une belle sensibilité sur deux tableaux. Le manga tisse une intrigue sentimentale délicate, hantée par le deuil et les rendez-vous manqués, tout en déployant une réflexion très actuelle sur notre rapport à la lecture et à l’intelligence artificielle.
Les noces vénéneuses, de Nijimi Oikawa, chez Kazé
Romelia est une jeune femme foudroyée par une terrible malédiction : ses fluides corporels sécrètent un poison si puissant qu’il détruit tout ce qu’il effleure. Traitée comme un simple cobaye, séquestrée entre les murs d’un laboratoire de recherche, elle a tiré un trait sur l’espoir d’une existence normale. Cependant, son destin bascule le jour où Kuturi, un militaire au flegme déconcertant, l’arrache à son calvaire pour lui demander sa main. Dès lors, une question s’impose : quel secret dissimule ce jeune général pour désirer si une épouse aussi dangereuse ?
Super Mario manga adventures, de Yukio Sawada, chez Soleil manga
Soleil manga s’offre une savoureuse plongée dans le temps avec une édition singulière de Super Mario manga adventures. Le mangaka Yukio Sawada invite les lecteurs à redécouvrir son œuvre à travers une fabrication soignée, qui alterne entre la couleur, la bichromie en bleu et blanc et le noir et blanc traditionnel. Un traitement visuel très spécifique, qui reproduit fidèlement le rendu de la parution originale de ces planches dans les numéros des années 1990 du célèbre magazine japonais CoroCoro Comic.
Au-delà du pur plaisir régressif, ce volume rassemble des chapitres iconiques et des récits inédits, choisis sur mesure par l’auteur lui-même. Tout le panthéon de Nintendo répond présent à l’appel – de Mario et Luigi à la princesse Peach, sans oublier Yoshi et l’éternel Bowser. On redécouvre avec une pointe d’émotion des épisodes marquants sélectionnés par Sawada, à l’image de « Yoshi quitte la maison !!! Que va donc faire Mario ?!? » ou de « Mario vs Bowser !!! La bataille des chefs ». Une anthologie au puissant parfum de nostalgie, qui restitue l’énergie brute et la joyeuse folie de l’époque.
Alice au-delà des étoiles, de Kiko Urino, chez Glénat
Consacrée par le prestigieux grand prix du Manga Taishô en 2025, la nouvelle série de Kiko Urino (Internet Love, De neige et de flammes) débarque chez Glénat avec Alice au-delà des étoiles. Derrière ce titre aux accents de fable de science-fiction se cache en réalité un récit d’apprentissage d’une grande acuité psychologique et sociale.
À l’aube de son entrée au collège, Alice est une adolescente populaire mais prisonnière d’un handicap invisible : elle est semilingue. Née de parents japonais, mais élevée à l’étranger, elle ne maîtrise parfaitement ni l’anglais ni sa langue natale, ce qui pousse ses camarades à ne pas la prendre au sérieux.
Pourtant, la jeune fille nourrit une ambition immense : devenir la première femme astronaute japonaise commandante de vaisseau, le seul moyen à ses yeux de « ressentir » la présence de ses parents dans le cosmos. Sa trajectoire bascule lorsque Inuboshi, un jeune génie solitaire, la confronte à sa réalité : « Je sais ce que tu es. Tu es semilingue ! ». Les deux adolescents se lancent alors le défi de la préparer à l’examen qui la rapprochera de son rêve.
Kiko Urino aborde de front la détresse et l’isolement quotidien liés aux carences du langage. Ce périple à la fois scolaire et profondément humain évite les pièges du mélo pour livrer, avec une empathie désarmante, une réflexion subtile sur la communication et la persévérance.
Nos cœurs de chats, d’Akari Otokawa, chez Doki-Doki
Dans le Japon des open spaces et des heures supplémentaires silencieuses, la tyrannie des apparences exige que chacun tienne sagement son rôle. Les bureaux dépeints dans Nos cœurs de chats en restituent l’atmosphère avec une précision de métronome : entre le supérieur qui passe ses nerfs et la collègue transparente, Mamoru Kitaoji incarne le « prince du service commercial ». Beau, efficace et toujours disponible, il s’épuise pourtant sous le poids de ce costume d’éternel sauveur qu’il n’ose plus enlever. En face de lui, Maoko Kurone a choisi la froideur et l’effacement pour se protéger d’un système usant, trouvant sa véritable authenticité la nuit tombée, dans un parc.
Leur quotidien vacille le soir où Mamoru surprend sa collègue totalement métamorphosée, rayonnante au milieu des chats errants. Un pacte de silence mutuel s’établit aussitôt : motus au bureau, sous peine pour chacun de voir son vrai visage révélé aux yeux de tous. Dès lors, ces escapades nocturnes partagées deviennent un refuge indispensable.
Cette délicate tranche de vie mâtinée de romance séduit par sa subtile justesse sociale. Ici, les chats de gouttière accomplissent presque une mission d’intérêt public, imposant aux humains de laisser leurs tracas professionnels au vestiaire pour entamer un indispensable travail sur soi. On suit avec un réel attachement cette double vie suspendue, en se demandant jusqu’à quand cette frontière si soigneusement érigée pourra résister à la naissance des sentiments.
Shiba Inu Rooms, d’Esu Oomori, chez Doki-Doki
Peut-on guérir de la solitude grâce à l’esprit d’un chien ? C’est le point de départ de Shiba Inu Rooms, une comédie rafraîchissante qui cache une profondeur inattendue. Momose Kori, lycéenne au flegme imperturbable, emménage dans un appartement au loyer dérisoire pour une raison singulière : le logement est hanté par Muu, un esprit de Shiba Inu au caractère bien trempé.
Loin de l’horreur, le récit explore une cohabitation chaotique où les silences de Kori se heurtent à la présence envahissante de ce gardien spectral. Derrière les situations loufoques, l’œuvre interroge avec délicatesse notre rapport aux autres et la difficulté de briser l’isolement social. Véritable phénomène éditorial au Japon – classé septième des recommandations des libraires en 2025 –, ce manga s’impose par sa capacité à transformer un pitch absurde en une fable touchante sur la reconstruction de soi. Une lecture dont on ressort avec un sentiment de réconfort immédiat.
Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, d’Erika Kogiku, chez Moonlight
Avec Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, la collection « Moonlight » de Delcourt s’éloigne de ses récits adolescents pour proposer une histoire d’amour à un âge plus rare en manga. Seiichi et Mitsuko forment un couple uni depuis plus de 50 ans, dont le quotidien paisible est soudain traversé par une question simple et vertigineuse : comment vivre l’un sans l’autre ? À partir d’un quiproquo et d’événements du quotidien, le récit déroule souvenirs, doutes et instants de complicité avec une grande simplicité. Sans pathos, l’œuvre évoque la fin de vie, la mémoire et l’attachement, en montrant que les interrogations sentimentales ne disparaissent jamais. Une lecture douce et accessible, portée par une vraie justesse émotionnelle.
The Hitman’s Fave, de Rintaro Oshima, chez Kurokawa
Dans la lignée directe de Sakamoto Days ou Spy x Family, The Hitman’s Fave joue sur un décalage savoureux : celui d’un assassin de légende, Owaru Endô, qui prend sa retraite pour se consacrer pleinement à sa passion pour les idoles japonaises. Désormais, son quotidien oscille entre les meet-and-greet et la menace constante de ses anciens employeurs de la pègre, bien décidés à lui faire reprendre du service.
Cette comédie d’action propose une immersion rythmée dans la culture des fans, tout en offrant des séquences de combat d’une grande maîtrise graphique. Sous l’absurdité apparente des situations, le récit dessine le portrait d’un homme en quête de rédemption, cherchant simplement à protéger sa nouvelle vie et sa communauté.
The Merman Trapped in My Lake, de R. Ppobi et Mitchu, chez Kotoon
Adaptation papier d’un webtoon à succès, The Merman Trapped in My Lake propose une plongée singulière dans la dark romance gothique. Le récit s’articule autour de Servaine Noxirel, une jeune femme dont le quotidien bascule le jour où son père lui offre Mel, un homme-sirène captif. Ce qui commence comme une curiosité cruelle se transforme en un lien obsessionnel, marqué par une dévotion profonde, mais bientôt assombrie par la tragédie.
Visuellement, le titre se distingue par des planches aux dominantes bleues et roses qui soulignent l’atmosphère à la fois onirique et pesante du récit. Dépassant les 1,3 million de vues en France, ce dernier explore avec une certaine mélancolie les thèmes de la trahison et du sacrifice. Entre passion et vengeance, l’œuvre s’adresse à un public amateur de récits fantastiques intenses, où les émotions des protagonistes luttent constamment contre la rigueur de leur destin.
Les cent vues d’Utagawa, d’Akimi Yoshida, chez Panini
Connue pour Banana Fish, Akimi Yoshida revient avec une chronique de vie délicate située dans le même univers que Kamakura Diary. L’intrigue des Cent vues d’Utagawa se déroule à Kajikazawa, un village thermal où Kazuki Iida travaille aux côtés de la charismatique Tae Ogawa. Bien qu’indépendant de ses œuvres précédentes, ce récit déploie la même maestria narrative pour dépeindre les liens humains et le passage du temps dans un cadre bucolique. À travers un rapport presque mystique à la nature, Yoshida explore les drames familiaux et la solitude des orphelins, tout en conservant une légèreté bienvenue grâce à un humour singulier. Un manga contemplatif et juste, où la mélancolie côtoie la beauté des choses simples.
Eagle (Perfect Édition), de Kaiji Kawaguchi, chez Panini
Eagle (Perfect Édition) suit Takashi Jô, un jeune journaliste originaire d’Okinawa qui perd sa mère et se retrouve seul au monde, ignorant tout de son père. Muté à Washington, il doit couvrir la campagne du premier candidat américain d’origine japonaise, sans comprendre pourquoi il a été choisi. Kaiji Kawaguchi mêle dans ce récit politique, intrigues familiales, stratégies électorales et manipulations médiatiques, offrant une plongée fascinante dans les coulisses d’une élection présidentielle. Avec sa rigueur documentaire et sa capacité à mêler fiction et réalité, l’auteur, connu pour Zipang et Seizon Life, signe ici une fresque immersive et captivante, à la fois instructive et pleine de suspense, idéale pour (re)découvrir un classique du manga.
La 13e piste, de Kei Sanbe, chez Ki-Oon
La 13e piste, signé Kei Sanbe, nous plonge dans un thriller où le quotidien d’une famille banale bascule brusquement. Toya, jeune père d’un garçon souvent hospitalisé, partage avec lui une passion pour les jeux de piste, jusqu’au jour où de mystérieuses cartes postales apparaissent, prédisant des tragédies. Impliqué malgré lui, Toya doit déchiffrer ces prophéties et tenter de les empêcher, tout en s’interrogeant sur leur auteur et sur son propre rôle dans cette histoire. Avec sa maîtrise des intrigues à tiroirs, l’auteur d’Erased transforme une famille ordinaire en protagoniste d’une course contre le temps, où passé, présent et futur s’entrelacent jusqu’à un dénouement inattendu.
Cosmos, de Ryuhei Tamura, chez Ki-Oon
Dans Cosmos, Ryuhei Tamura délaisse l’humour volcanique de Beelzebub pour une science-fiction plus sobre, ancrée dans le quotidien. Le récit suit Kaede, un lycéen capable de littéralement flairer le mensonge, recruté par Rin, une agente d’une compagnie d’assurance intergalactique. On y découvre que les aliens vivent parmi nous, gérant leurs tracas administratifs et leurs cotisations comme n’importe quel citoyen.
Tamura propose ici une œuvre hybride, alternant entre comédie de situation et réflexions plus mélancoliques sur la solitude, et qui se distingue par sa capacité à transformer l’imaginaire spatial en une chronique sociale délicate. C’est une lecture qui, sous couvert d’absurde, interroge avec justesse notre rapport à la vérité et notre difficulté à créer des liens sincères.
Cats and Dragon, d’Izumi Sasaki, Amara et Mai Okuma, chez Doki-Doki
Au cœur d’une forêt mystique, un dragon cracheur de feu mène une existence loin des clichés de la fantasy guerrière. Recueilli à sa naissance par une chatte, il a grandi convaincu d’appartenir à la gent féline. Désormais adulte, celui que tous surnomment le « tonton ailé » veille sur des portées successives de chatons aventureux. Cats and Dragon s’inscrit dans la lignée des récits feel good, misant sur la bienveillance et un humour léger.
Derrière la stature imposante du protecteur se cache une méfiance profonde envers l’humanité, héritée d’un passé douloureux. Pourtant, au fil des rencontres provoquées par ses protégés, le dragon réapprend la confiance. Le récit explore avec une certaine mélancolie le décalage entre les apparences et la réalité, tout en mettant en avant la sagesse simple des chats.
K-Pop Demon Hunters – Pour les fans ! et Le livre officiel de posters, chez Les livres du dragon d’or
Difficile d’avoir échappé au raz-de-marée K-Pop Demon Hunters. Après avoir conquis des millions de spectateurs sur Netflix, l’univers de Rumi, Mira et Zoey se décline désormais en librairie avec les premiers ouvrages officiels de la franchise. Pop-stars le jour et chasseuses de démons la nuit, les héroïnes s’exposent dans un album aux illustrations très mignonnes qui reprennent les codes et les personnages du film à succès.
En complément, un livre de posters rassemble 35 visuels iconiques, dont la célèbre couverture du Time de décembre 2025. Ces publications inaugurent une collection destinée à s’étoffer, permettant de prolonger l’immersion dans cette esthétique vibrante qui mêle chorégraphies et action surnaturelle.
Là où les étoiles filantes tombent, de Manmulsang, chez Kotoon
Sous le pinceau de Manmulsang (Lee Seul Gi), le monde de Tabel s’anime d’une poésie rappelant les productions du studio Ghibli. Dans ce royaume où chaque pluie d’étoiles filantes célèbre la naissance d’une sorcière, la jeune Effie fait figure d’exception : son familier n’est jamais apparu. Sa rencontre fortuite avec Monsieur Bibi, un chat ayant égaré sa propre compagne magique, lance un récit de quête identitaire empreint de merveilleux.
L’autrice de l’acclamé Les chaussettes du gobelin puise ses influences aussi bien dans les contes classiques que dans la littérature française, citant volontiers Jean-Claude Mourlevat comme source d’inspiration pour son pseudonyme (signifiant « le magasin où l’on trouve de tout », ce dernier est inspiré des échoppes présentes dans le roman La rivière à l’envers). Ce webtoon se parcourt comme une fable onirique, une exploration libre où la douceur du trait sublime la solitude des protagonistes en quête de leur moitié. Une lecture à la fois tendre et profonde, qui confirme le talent de Manmulsang pour bâtir des univers d’une grande richesse visuelle.
Rai Rai Rai, de Yoshiaki, chez Ki-Oon
Mélange détonnant entre la comédie de mœurs à la Ranma 1/2 et l’action brute de Kaiju n°8, Rai Rai Rai s’impose par son rythme frénétique. Dans un monde post-invasion dans lequel les humains gèrent les restes de la faune extraterrestre, Sumire occupe un emploi ingrat de dératisation alien. Son quotidien bascule lorsqu’elle se retrouve fusionnée malgré elle avec un guerrier parasite assoiffé de sang.
Le récit décolle vraiment lorsque, après une décapitation spectaculaire du parasite par une unité d’élite, Sumire doit apprendre à cohabiter avec ce colocataire corporel encombrant. Entre gags absurdes et combats dantesques, ce titre parvient à renouveler le genre de la science-fiction d’action avec une fraîcheur bienvenue. Salué au Japon pour son inventivité, le manga séduit par son équilibre entre humour noir et adrénaline, porté par une héroïne qui tente désespérément de préserver son humanité.
Par-delà les neiges éternelles, de Haruka Chizu, chez Moonlight
À la lisière du shōjo et du josei, la mangaka Haruka Chizu s’attache au quotidien de Muku, jeune femme vivant avec sa famille et aidante auprès de son grand-père. Responsabilités familiales, difficultés financières, abandon de ses rêves… La protagoniste porte un fardeau qui s’allège soudain à la faveur d’une rencontre fortuite avec Yuto, un passionné de littérature comme elle.
Ce premier tome évite d’utiliser la romance comme simple moteur narratif et s’en sert plutôt pour illustrer un mal-être profond. L’histoire repose en revanche sur un schéma familier – des amis d’enfance séparés depuis dix ans. Le dessin traduit avec justesse l’isolement et la saturation émotionnelle. La métaphore de la noyade traverse l’ensemble de l’œuvre et structure une mise en scène quasi asphyxiante. Fragile dans sa construction, parfois déroutante, cette entrée en matière n’en demeure pas moins singulière.
Tani & Suzuki, de Kocha Agasawa, chez Nobi Nobi
À contre-courant des shōjo fondés sur la tension romantique, Tani & Suzuki s’intéresse moins à la naissance d’un amour qu’à sa construction. Kocha Agasawa reprend les codes du genre pour mieux en déplacer l’enjeu : ici, la question n’est pas tant « Comment se rencontrer ? » que « Comment apprendre à être ensemble ? ». Le manga observe les premières étapes d’une relation amoureuse entre deux adolescents aux tempéraments radicalement opposés. Les micro-émotions prennent le pas sur les grands rebondissements : hésitations, malaises, maladresses, peur de ne pas être à la hauteur…
Sans chercher la rupture formelle, le titre trouve sa force dans une forme de légèreté sincère. Le dessin est simple et chaleureux, et accompagne un récit qui avance à hauteur de lycéens. Rien de révolutionnaire, mais une douceur communicative et des thématiques familières abordées avec un regard renouvelé. La série bénéficie par ailleurs d’une adaptation animée, disponible sur Crunchyroll depuis janvier.
Divines, de Kamome Shirahama, chez Pika
Quelques planches suffisent pour reconnaître la signature graphique de Kamome Shirahama. Les visages ciselés, les décors foisonnants, la composition élégante : Divines s’inscrit pleinement dans l’univers esthétique de l’autrice de L’atelier des sorciers. Cette nouvelle édition, parue le 14 janvier aux éditions Pika, offre à ce diptyque un écrin particulièrement soigné.
Le récit met en scène une ange et une démone, liées par une relation d’amitié teintée de rivalité, plongées dans le monde des humains où leurs interventions produisent des effets inattendus. Le ton oscille constamment entre humour et mélancolie, et les situations cocasses dissimulent une forme de gravité. Somptueux, Divines déploie un merveilleux réflexif où le fantastique devient un miroir des contradictions humaines.
Graaal !, de Luciano Damiano, chez Vega Dupuis
Graaal ! assume sans détour son projet : réinvestir la légende arthurienne à travers les codes du shōnen d’action. Luciano Damiano, mangaka italien, convoque chevaliers, pouvoirs surnaturels et batailles titanesques dans un récit qui privilégie le mouvement, la confrontation et l’escalade spectaculaire.
Le rythme est soutenu, voire frénétique. Les scènes de combat s’enchaînent avec efficacité, portées par un dessin énergique. Le manga remplit parfaitement sa promesse de divertissement, enchaînant affrontements, rivalités et révélations. Derrière l’efficacité formelle, l’univers peine toutefois à imposer une véritable singularité. L’hybridation entre mythologie occidentale et manga donne une impression de collage d’influences, sans véritable réinvention.
No Name, de Jaki Rafal et Machine Gamu, chez Kurokawa
Et si l’identité n’était plus un droit, mais un dispositif ? Dans No Name, les noms sont attribués à la naissance et déterminent les pouvoirs surnaturels de chaque individu, dans un monde où l’État administre littéralement les existences. Le manga de Rafal Jaki, scénariste polonais connu pour son travail sur The Witcher 3: Wild Hunt et Cyberpunk 2077 chez CD Projekt Red, suit deux enquêteurs chargés de retrouver un enfant disparu.
Plus qu’un simple polar, le récit glisse vers une critique systémique : bureaucratie tentaculaire, normalisation des identités, contrôle politique des corps… L’univers nordique, froid, presque clinique, installe une atmosphère oppressante. Parus le 25 janvier aux éditions Kurokawa, les deux tomes composent une dystopie dense et efficace, aux accents de Psycho-Pass par sa portée politique.
Idol Escape, de Kira Ito, chez Glénat
L’histoire s’ouvre sur une rencontre : celle d’Ainosuke, jeune homosexuel marginalisé, et de Karen Asahina, célèbre idol. Lui rêve d’être quelqu’un d’autre, elle rêve de ne plus être regardée. Le récit explore un territoire sombre, celui de la fuite, de la solitude et de l’identité empêchée. Le manga glisse progressivement vers le thriller psychologique, abordant frontalement des thèmes lourds. Le rythme est parfois instable, notamment dans la rapidité avec laquelle le lien entre les deux personnages se noue, mais l’ensemble intrigue par son audace thématique, laissant toutefois une impression trouble.