Ce 7 mai, France Télévisions met en ligne L’or bleu sur la plateforme france.tv, avant une diffusion sur France 2 prévue à compter du 20 mai. Cette minisérie qui sent bon le chant des cigales et les embrouilles familiales a pour ambition de renouveler un genre, la saga de l’été, très aimé en France. La mission est-elle réussie ?
Introduction
Si vous avez grandi durant les années 1990 et 2000 dans une famille qui vous laissait regarder la télévision, votre enfance est très probablement remplie de souvenirs de sagas estivales. Né dans les années 1980, ce genre sériel a connu son heure de gloire la décennie suivante, en particulier sur les chaînes TF1 et France 2, avec des hits comme Les cœurs brûlés en 1992 (jusqu’à 50 % des téléspectateurs étaient devant leur écran), Le château des oliviers (1993) ou encore Terre indigo en 1996.

Par la suite, les années 2000 ont apporté leur lot de sagas d’été teintées de thriller ou de fantastique, comme Zodiaque (2004) ou Dolmen (2005), mais le genre a peu à peu été délaissé au tournant des années 2010. Ces derniers temps, les diffuseurs nostalgiques tentent de renouveler le feuilleton estival qui réunit toute la famille devant l’écran. En 2024, Netflix a ainsi diffusé Soleil noir, sa toute première saga d’été, avec Isabelle Adjani en tête d’affiche.
Une saga estivale qui respecte les codes du genre
Grande pourvoyeuse du genre, France 2 vient réclamer sa couronne avec L’or bleu. Créée par Marie-Anne Le Pezennec et Ludovic Lacroix, cette ambitieuse minisérie nous plonge, en huit épisodes, au cœur d’une famille aux sombres secrets, qui tient les rênes de l’approvisionnement en eau, dans une région, la Provence, commençant à en manquer cruellement durant un été de grande sécheresse.

On entre dans ce récit avec Flore Ravanel (Barbara Probst), une garde régionale forestière et leader de l’association Aigua, qui lutte dans le village de Vallouans pour une gestion responsable de l’eau. Alors qu’elle est sur le point de se marier avec Tristan (Tom Leeb), elle découvre, au fond d’une faille à l’Aiglette, les restes d’Alice, sa mère, disparue en 1989.
Déterminée à découvrir la vérité, Flore, qui connaît toutes les rivières et les montagnes de la région par cœur à force de les sillonner, va faire équipe avec Yacine Najar (Samir Boitard), le gendarme en charge de l’enquête, et remuer de vieux dossiers au grand dam de son père, Franck Ravanel (Éric Caravaca). Cet entrepreneur, qui contrôle la gestion de l’eau dans le village, en sait plus qu’il ne le dit.

Secrets de famille à tous les étages, trahisons amoureuses, méchants machiavéliques et nature omniprésente pour la touche Marcel Pagnol… L’or bleu assume à 100 % son ADN de saga estivale, et ça fait plaisir. La série ne tourne pas autour d’un domaine où tout se passe, comme ce fut le cas de nombreux feuilletons du genre, mais sur tout un village, tenu d’une main de fer par le clan Ravanel.
Si les dissensions se font jour au sein de la tribu, d’autres personnages vont venir semer la zizanie, à commencer par les familles rivales, les Pageon et les Daumas. À l’instar de la majorité des sagas estivales, L’or bleu est portée par une héroïne déterminée, qui évolue dans le registre de l’action. Flore parcourt le village et la région sur son vélo et mène son enquête envers et contre tous, quitte à se mettre à dos son père ou son fiancé.

La série met aussi en lumière les deux générations de femmes qui l’ont précédée : sa mère, Alice (Déborah Krey), tout aussi frondeuse que sa fille dans des flashbacks des années 1980, et sa grand-mère, la touchante et élégante Marie (Sylvie Granotier), seule du trio féminin à être présente dans les scènes des années 1980 et dans celles au temps présent. Qu’on se le dise, les sagas estivales ne seraient rien sans leurs personnages féminins badass !
Une belle lampée de modernité
Si elle respecte les codes du genre avec application, L’or bleu est une saga estivale des années 2020. La série délaisse les enjeux autour du pétrole, surnommé « l’or noir », pour se concentrer sur une ressource naturelle, l’eau, surnommée « l’or bleu ». Une problématique plutôt récente pour un pays occidental comme la France. Plusieurs personnages de la série possèdent une forte conscience écologique, au point d’avoir créé une association ou d’insister sur le tri sélectif dans une scène très didactique, service public oblige.

Sur la forme, également, la production mélange le soap familial avec le thriller, qui lui imprime un sacré rythme. Dès le premier épisode, pas moins de trois protagonistes se retrouvent dans des situations critiques. On sent bien qu’en 2026, les twists doivent s’enchaîner pour conserver l’attention volatile des téléspectateurs. Et puis, petite innovation pour ce genre, L’or bleu étend son histoire sur deux grandes temporalités – le temps présent et les années 1980 – et une troisième, plus secondaire, dans les années 1940.

Cette timeline éclatée, tendance depuis quelques années dans les séries, permet de dédoubler les enjeux et les pistes de réflexion pour le public, qui s’amusera à retrouver qui est qui sur les deux périodes, et qui n’est plus là en 2026. Le réalisateur de la minisérie, Hippolyte Dard, a ainsi créé deux univers esthétiques bien distincts : dans la reconstitution des années 1980, l’atmosphère est colorée et enthousiaste, tandis que, dans les années 2020, il opte pour une photographie aride, aux teintes chaudes, reflet de la thématique du manque d’eau.
L’or bleu a-t-elle revigoré la saga de l’été ?
Malgré de bonnes intentions, des sujets forts et des héroïnes intéressantes, L’or bleu n’est pas une réussite totale. La faute à un casting inégal : les têtes d’affiche – Barbara Probst, Éric Caravaca, Sylvie Granotier… – assurent et d’autres interprètes, comme Samir Boitard ou Déborah Krey, tirent leur épingle du jeu, mais d’autres rôles secondaires peinent à atteindre le niveau général. Il faut dire que cette minisérie chorale compte un casting d’au moins une vingtaine de personnages. Certaines scènes, destinées à détendre l’atmosphère, tirent davantage vers un ton à la Plus belle la vie qu’une saga à mystères. On comprend l’intention, mais elles détonnent trop avec le ton général.

La série ne manque pas de rebondissements, mais ils sont parfois révélés par des personnages avant qu’ils n’arrivent, ce qui crée un effet surexplicatif assez agaçant. Par ailleurs, les « méchants » de l’histoire, une composante indispensable dans un bon soap familial, ont des plans élaborés, mais manquent de charisme. Le résultat mitigé tient peut-être à l’aspect presque trop réaliste (le sujet de l’eau) d’une production censée jouer avec les codes du soap, et donc nous proposer des protagonistes qui nous divertissent.
Au final, L’or bleu est une belle proposition, peut-être un peu trop sérieuse pour son bien. On espère malgré tout que le public sera réceptif à cette fiction écolo-friendly et que la série s’inscrira dans un renouveau de la saga de l’été, une tradition du petit écran français qui sent bon le farniente estival.