Phénomène générationnel pour les uns, objet de malaise pour les autres, Euphoria n’a jamais laissé indifférent. Son retour sur HBO Max remet en lumière les controverses nées de son regard sur les corps, la drogue, le sexe et la souffrance.
Introduction
Euphoria n’est plus tout à fait une série sur l’adolescence, mais elle n’a rien perdu de sa capacité à diviser. Après quatre ans d’attente, la saison 3 est arrivée en France le 13 avril sur HBO Max, au lendemain de son lancement américain sur HBO. Composée de huit épisodes, cette nouvelle salve retrouve Rue, Cassie, Jules, Nate, Maddy et Lexi à l’âge adulte, après un saut temporel de plusieurs années. Le lycée s’éloigne, mais les controverses demeurent : sexualisation des actrices, addiction filmée comme un vertige esthétique, coulisses contestées, etc.
Les héroïnes d’Euphoria sont-elles trop sexualisées ?
Le reproche le plus lourd vise la place donnée aux corps féminins. Depuis ses débuts, Euphoria est accusée d’habiller sa critique sociale d’une mise en scène parfois complaisante, saturée de nudité, de fantasmes et d’humiliations. La saison 3 a ravivé le malaise avec Cassie, devenue créatrice de contenus en ligne. Dans la BBC, la critique décrit la série comme « un véritable supplice pornographique obsédé par le travail du sexe et révulsé par celui-ci ».

Le débat dépasse le seul cas de Sydney Sweeney. Télérama pointe la même ambiguïté : la saison prétend dénoncer un monde où « tout s’achète et se vend », mais lie surtout ses personnages féminins à la vente de leur image ou de leur corps en les hypersexualisant. Maddy gère des influenceuses sur OnlyFans, Cassie rêve d’en devenir une, Jules devient escort, Rue travaille pour un réseau criminel exploitant des femmes…
L’addiction est-elle dénoncée ou esthétisée ?
Autre critique ancienne : Euphoria transformerait la détresse en spectacle. La trajectoire de Rue, toxicomane depuis l’adolescence, reste l’un des axes les plus puissants de la série. Mais ses néons, ses ralentis, ses maquillages et sa bande-son très travaillée ont souvent brouillé la réception.

En 2022, l’organisation américaine DARE (Drug Abuse Resistance Education) avait accusé la fiction de « glorifier », la drogue, le sexe, la violence et l’addiction chez les lycéens. D’autres lectures nuancent ce procès : la série montre aussi les rechutes, les dettes, les mensonges, l’épuisement familial et la solitude d’une dépendance.
Les coulisses ont-elles fragilisé son image ?
Les soupçons ne concernent pas seulement l’écran. La production a aussi été interrogée après des témoignages rapportés par The Daily Beast sur des journées de tournage longues et éprouvantes. HBO avait répondu que la série respectait les règles de sécurité et les protocoles syndicaux. Le départ de Barbie Ferreira, interprète de Kat, a longtemps alimenté les rumeurs de tensions avec Sam Levinson. L’actrice a ensuite expliqué que la décision avait été prise d’un commun accord.