Loin de son registre habituel, la créatrice de New Girl et The Dropout délivre un thriller policier qui séduit déjà la presse spécialisée.
Introduction
Disney+ aurait-il déniché le thriller de l’année ? Disponible depuis le 27 juillet sur la plateforme aux grandes oreilles, Furious s’impose déjà comme l’une des fictions les plus remarquées de cet été. Imaginée par Elizabeth Meriwether (connue pour son travail sur New Girl, The Dropout et Dying for Sex), cette série en huit épisodes s’inspire librement du film La veuve noire (1987) de Bob Rafelson. Mais en déplaçant le motif de la vengeance sur le terrain des réseaux d’exploitation sexuelle de mineurs, cette production livre une relecture sombre et éminemment politique du genre.
Quelle est l’histoire de Furious ?
L’intrigue suit Alice Black, une recrue du FBI ayant quitté les forces de l’ordre pour fuir un conjoint violent. Elle se voit chargée de traquer une tueuse en série aussi insaisissable que méthodique. Toutes ses victimes partagent un point commun : ce sont exclusivement des hommes impliqués dans un réseau de prostitution de mineurs. Au fil de l’enquête, le face-à-face entre l’agente et la criminelle brouille progressivement la frontière entre la justice institutionnelle et la vengeance personnelle.

Pour concevoir ce récit complexe, Elizabeth Meriwether s’est entourée d’une équipe majoritairement féminine. Après avoir rédigé les scénarios des trois premiers épisodes, elle a transmis le relais à un pôle d’écriture composé de quatre femmes et d’un homme. À l’écran, la tension repose sur un trio d’actrices porté par Emmy Rossum (Shameless), Lola Petticrew (Trespasses) et Quincy Tyler Bernstine (Modern Love).
Qu’en pense la critique anglo-saxonne ?
Dès sa sortie, la presse britannique a salué la pertinence narrative et la noirceur assumée du propos. Pour The Guardian, la série marque un tournant dans la représentation des crimes sexuels systémiques, qualifiant l’œuvre de « drame policier extrêmement divertissant qui exige toute [n]otre attention ».
Le quotidien y voit l’émergence d’une catégorie inédite : « Avec Furious, je crois que nous assistons à la naissance d’un nouveau sous-genre de séries télévisées : le thriller Epstein. Avant Epstein, avant les révélations sur l’étendue de son réseau de fournisseurs, de complices et de participants consentants, l’intrigue nous aurait paru absurde. Désormais, elle forme un tout organique, cohérent et terrifiant qui interroge la survie des individus face à de tels prédateurs. »

Insistant sur le fait que la fiction est irriguée par « un courant incessant de rage féminine », le titre londonien salue une démarche sans concession. Un constat partagé par The Times, qui met en avant une réalisation « exécutée avec brio » et souligne la charge émotionnelle qui pèse sur le spectateur : « Alors oui, c’est un visionnage difficile pour nous, les hommes. Mais la puissance implacable et hypnotique de ce drame est telle qu’il est impossible de détourner le regard. »
Que dit la critique française ?
Côté français, la réception critique pointe également la profondeur morale sous le vernis du divertissement. Télérama concède que le premier épisode peut laisser dubitatif en égrenant certains clichés et des coïncidences scénaristiques faciles. Le magazine note toutefois que ces réserves s’effacent rapidement face au fond de l’histoire : « Ces quelques grossièretés d’écriture cachent néanmoins une œuvre étrangement captivante, se révélant, au fil des épisodes, bien plus nuancée qu’il n’y paraît. L’écho de l’affaire Epstein, qui résonne intensément dans cette histoire de jeunes filles persécutées par des hommes puissants et un système complice, y est pour beaucoup. »

Pour le media français, le véritable point de bascule de la série réside dans son traitement direct de la colère et des conséquences psychologiques des abus subis par les héroïnes : « C’est surtout lorsque Furious tient la promesse de son titre et se frotte à la colère de ses héroïnes traumatisées qu’elle est la plus percutante et la plus subversive, n’hésitant pas à montrer toutes les manières avec lesquelles une victime peut se réapproprier la violence. » Loin de la légereté estivale, Furious promet un récit brutal qui bouscule et reste longtemps en tête.