Le cinéaste japonais revient sur son expérience, sa méthode de travail en tant qu’artiste et sur ce que représente le film.
Quel est le point de départ du Dernier souffle d’un yakuza ? Que vouliez-vous raconter ?
C’est l’histoire d’amour au sein d’une famille. La famille prend des formes très différentes partout dans le monde. C’est parfois difficile de remplacer les liens du sang, mais ce qui est important dans la vie, c’est de ressentir l’amour.
Quand on ressent l’amour, on est en paix, on est rassuré, et il est important d’exprimer cet amour aux autres. C’est vraiment ce que je voulais dire avec ce film.
La famille est le cœur du film. Comment l’avez-vous conçue ? On a l’impression que certains personnages sont visuellement très différents les uns des autres, avec leur propre style.
Akutsu est un ancien yakuza, mais il est très gentil. Il a toujours été exclu, oublié. Quand l’occasion se présente de rejoindre les yakuzas, il croit qu’il va enfin être accepté. Nana est très joyeuse, c’est l’opposé d’Akutsu, mais c’est précisément pour cela qu’ils s’aiment. Ils cherchent chez l’autre ce qu’ils ne sont pas ou ce qu’ils n’ont pas.
Kensuke, le fils de Nana, est une présence angélique. Akutsu est maladroit, il ne sait pas comment prendre soin de cette famille, mais je voulais créer une dynamique entre les trois.

Le film est très ancré dans le réel, entre les yakuzas et les relations familiales, mais un élément fantastique arrive très vite : la fleur qui parle. Comment trouver le bon équilibre entre les deux ?
J’étais bien conscient de cet équilibre à trouver entre le vrai et le fantastique. C’était même l’une de mes intentions. C’est une histoire simple. On voit comment les relations s’écrivent au jour le jour. La fleur qui parle amène une certaine vitalité à l’histoire.
Elle a un rôle important à jouer : elle est très expressive, elle dit ce qu’elle pense, et cela permet de créer une atmosphère différente. Plus le contraste est marqué entre les différents éléments, plus c’est intéressant.
Il y a aussi plusieurs temporalités dans le film. Entre le présent, le passé et la fleur parlante qui fait le lien entre les deux. On assiste à des premiers instants de vie et à des derniers, comme s’ils étaient les plus importants d’une existence. Est-ce cela que cherche à raconter le film ?
Je n’avais pas pensé à cette approche, mais vous avez peut-être raison. Dès le début, je savais qu’on allait suivre la fin de vie du protagoniste. Et ces derniers instants permettent de réfléchir à sa vie et d’y trouver un sens, peut-être. On voit également le début de vie d’un enfant.
Finalement, le thème principal est la continuité d’une espèce, qu’il s’agisse de la fleur ou des humains. Qu’ils soient maladroits, imparfaits ou complexes, il y a de la beauté et de la force en eux. La force de continuer cette grande lignée.
Concernant l’animation, comment déterminez-vous la direction artistique générale ? La couleur, l’ambiance, la lumière ? Quel est le point de départ ?
Je voulais reproduire ce que j’avais observé durant ma vie, au Japon et ailleurs, et en faire une représentation fidèle. Les petits gestes des gens, les détails subtils, la façon dont ils bougent ou s’assoient, les légers changements dans leurs expressions.
Tout est basé sur mon observation de la vie. Je ne voulais rien cacher, rien atténuer. De nos jours, dans l’animation japonaise, il y a beaucoup d’effets de caméra pour créer une atmosphère, un style. Moi, je voulais créer cette atmosphère à travers le dessin.

Le film parle du voyage, au sens large, à travers les parcours de ses différents personnages. Quel a été votre voyage sur ce film ? Que retenez-vous après tout ce travail de production et de création ?
Quand on fait un film, on travaille avec une équipe. C’est comme être sur un bateau. Une fois que le voyage a commencé, on ne peut plus faire machine arrière. Parfois, il y a des orages, parfois il y a des vagues, parfois la mer est calme et plate. On navigue tous ensemble dans la même direction. Je suis le capitaine de ce bateau, et nous devons aller jusqu’au bout.
C’est un immense sentiment d’accomplissement lorsqu’on parvient à terminer le voyage. On a la sensation d’avoir vécu une vie entière pendant la production du film.