Entretien

« Anna et les enfants » : Camille Chamoux bouscule les clichés sur la maternité

02 juin 2026

Par Catherine Rochon

Illustration
©Cheyenne Federation

Et si la pire phobie n’était pas celle qu’on croit ? Dans « Anna et les enfants », l’héroïne se retrouve tétanisée à la simple vue d’un enfant. Un point de départ absurde en apparence, mais qui devient vite un terrain de jeu pour interroger la maternité et les injonctions sociales. Rencontre avec la réalisatrice Diane Clavier et la comédienne Camille Chamoux.

Introduction

Quand Anna (Camille Chamoux) retrouve l’homme qu’elle n’a jamais vraiment oublié (Alban Lenoir), elle retombe immédiatement amoureuse. Mais un détail vient tout compliquer : Anna a une peur panique des enfants. Or son ex est désormais père de deux jeunes enfants.

Pour son premier film Anna et les enfants, la scénariste de la série Fais pas ci, fais pas ça, Diane Clavier, s’empare d’un sujet aussi inattendu que sensible : la pédophobie. Un trouble rare, presque incongru, qui permet d’interroger avec humour ce que la société projette sur les femmes, la maternité et les injonctions liées à la parentalité.

À la croisée de la comédie et du « cringe », cette comédie permet à l’incontournable Camille Chamoux de déployer tout son potentiel burlesque en incarnant cette héroïne décalée et gentiment barrée.

Nous avons discuté avec la réalisatrice et la comédienne de cette rom-com à rebousse-poils. 

Diane, d’où est venue l’idée de ce personnage de femme atteinte de phobie des enfants ?

Diane Clavier : L’idée est née d’une découverte assez simple : cette phobie, la pédophobie, existe réellement. Et pour une scénariste de comédie, c’est immédiatement devenu un terrain très riche, presque inattendu.

Je suis moi-même mère, donc la question de la parentalité n’est pas théorique pour moi. Ça a fait écho à beaucoup de choses personnelles, mais aussi à mes propres angoisses. J’ai d’ailleurs moi aussi des phobies, notamment celle des pigeons, qui est assez intense.

Il y avait quelque chose d’intéressant dans le fait de croiser la phobie — qui est quelque chose de très intime, très irrationnel — avec la question de la maternité, qui est au contraire très sociale, très codifiée.

À partir de là, le sujet s’est imposé progressivement. Et je suis aussi allée chercher des témoignages en ligne pour comprendre comment ça se manifeste concrètement, pour que le personnage reste toujours crédible, jamais caricatural.

Camille, qu’est-ce qui vous a donné envie d’incarner Anna, un personnage à la fois drôle et étrange ?

Camille Chamoux : Ce qui m’a attirée, c’est justement le déplacement qu’il propose. On est face à une femme qui ne correspond absolument pas aux attentes habituelles des héroïnes féminines, surtout dans la comédie française, et encore plus sur la question de la maternité.

Il y a quelque chose d’assez rare dans ce type de personnage : elle n’est pas « sympathique » au sens attendu, elle n’est pas dans la norme émotionnelle ou sociale, et pourtant elle reste profondément humaine.

Et puis j’ai aussi été très sensible à la dimension physique du rôle. J’aime beaucoup le slapstick, l’humour corporel, des choses très incarnées, très proches de Buster Keaton ou Chaplin. Le scénario permettait vraiment ça, ce mélange entre précision émotionnelle et expression physique très libre.

Bande-annonce de Anna et les enfants

Avez-vous rencontré des personnes concernées par cette peur des enfants ?

Camille Chamoux : Non, pas directement. Mais j’ai beaucoup travaillé à partir des échanges avec Diane, pour comprendre la logique intérieure du personnage et ne jamais le traiter de l’extérieur.

Et paradoxalement, observer la phobie de Diane envers les pigeons m’a beaucoup aidée : ça rend très concret le fait que ce n’est pas une opinion ou un rejet, mais une réaction de peur incontrôlable.

Il y a presque une dimension de film d’horreur dans certaines scènes…

Camille Chamoux : Oui, complètement, et c’est quelque chose que j’adore. Le film joue volontairement avec cette frontière-là, entre malaise et comédie.

Diane Clavier : Une phobie, par définition, n’est jamais totalement rationnelle, donc elle a forcément quelque chose qui flirte avec le registre de l’horreur. On a travaillé certaines scènes dans cette direction, pour retrouver cette sensation de bascule.

Comment avez-vous abordé le rôle : en mode comédie ou héroïne en détresse ?

Diane Clavier : On a vraiment cherché un équilibre très précis entre les deux. Le personnage est profondément en souffrance, mais en même temps, la comédie naît de ce que cette souffrance produit dans le réel, dans les situations.

Ce qui m’a frappée avec Camille, c’est sa capacité à trouver immédiatement la justesse. Il y a des choses qui ne s’écrivent pas totalement à l’avance : c’est la rencontre entre une actrice et un rôle qui finit par faire basculer l’ensemble.

Camille Chamoux : Pour moi, il n’était jamais question de “jouer drôle”. Je partais toujours de la détresse, de quelque chose de très sincère et très concret. Et ensuite, la comédie apparaît presque malgré elle, dans le décalage entre ce qu’elle vit et ce qui l’entoure.

AnnaEtLesEnfants Still065 © 2025 CHEYENNE FEDERATION - UMEDIA PRODUCTION - TF1 FILMS PRODUCTION - FEDERATION INTERNATIONAL - RTL BELGIUM - RTL TVI - RTL PLAY

Camille Chamoux dans Anna et les enfants

Anna est souvent en décalage avec ce que la société attend d’une femme. 

Diane Clavier : Oui, complètement. Dès lors qu’on met au centre une femme qui développe une phobie des enfants, on est forcément amenés à interroger la maternité et la manière dont elle est construite et scrutée dsans la société.

Avec Olivia Côte, avec qui j’ai coécrit le scénario et qui joue aussi dans le film, ce sont des questions qui nous intéressent profondément. Je suis mère, Olivia ne l’est pas. Elle a fait ce choix en toute sérénité, mais c’est encore aujourd’hui un sujet qui reste tabou. Dire qu’on n’a pas d’enfant provoque encore des réactions gênées, comme si quelque chose devait être justifié. Alors qu’en réalité, c’est un droit fondamental de disposer de son corps.

Le personnage d’Anna dit tout haut des choses qui sont déjà là dans le débat public : l’idée qu’on n’est pas obligé d’avoir des enfants, que la maternité n’est pas une évidence, ni une norme simple.

Mais tout cela reste dans le cadre d’une comédie. On ne cherche pas à imposer un discours, simplement à faire émerger ces questions.

À partir de 18,50€

En stock

Acheter sur Fnac.com

Le film délivre aussi une réflexion sur la charge mentale des femmes.

Camille Chamoux : Oui, mais là encore, on a essayé de ne jamais en faire un discours explicatif. Tout passe par les situations, par les corps, par les réactions. L’idée, c’était de le faire ressentir plutôt que de l’énoncer. 

Qu’est-ce que vous aimeriez que le film déclenche comme discussions ?

Camille Chamoux : Je trouve la dimension de comédie romantique intéressante. Parce qu’en réalité, quand on tombe amoureux, on tombe rarement sur quelqu’un de « parfait ». On tombe sur quelqu’un qui a ses névroses, ses blocages, ses peurs, des fragilités, des histoires lourdes. Et dans le film, c’est exactement ça : l’amoureux d’Anna a un problème avec la parentalité et elle a un problème avec les enfants.

Cela pose une vraie question : qu’est-ce que c’est que l’amour ? Est-ce que c’est la reproduction ? Est-ce que c’est une projection sociale ? Ou est-ce que c’est autre chose, lié aux peurs et aux valeurs de chacun ?

Je trouve que le film est assez juste là-dessus. Parce que les deux personnages sont dans des situations assez catastrophiques, ils ne sont pas parfaits. Ils vont essayer d’avancer, mais ils sont clairement cabossés.

AnnaEtLesEnfantsStill059 © 2025 CHEYENNE FEDERATION - UMEDIA PRODUCTION - TF1 FILMS PRODUCTION - FEDERATION INTERNATIONAL - RTL BELGIUM - RTL TVI - RTL PLAY

Camille Chamoux et Alban Lenoir dans « Anna et les enfants »

Aviez-vous en tête des comédies en tête qui abordent ce type de non-désir de maternité ?

Diane Clavier : Honnêtement, pas vraiment. J’aime beaucoup les comédies françaises et américaines, mais je n’avais pas de références précises sur ce sujet-là, parce qu’il est assez peu traité, finalement.

Il existe des films où la maternité est interrogée, parfois de manière plus frontale, plus sombre, mais pas vraiment de comédies qui prennent ce point de départ. Je me suis davantage référée à des films centrés sur des personnages féminins forts, comme Frances Ha ou Les Bergman se séparent.

C’était plus ça qui m’intéressait : la manière dont une femme existe au centre d’un récit, indépendamment des normes attendues.

Camille Chamoux : Dans la construction du personnage, il y avait aussi des références que Diane m’a données. Des scènes, des films, des moments où on voit des femmes dans des situations complètement débordées, absurdes, presque ubuesques.

Par exemple, il y avait aussi des références à l’actrice Amy Poehler, sur cette manière très précise qu’elle a de jouer des femmes qui tiennent des situations impossibles tout en restant très ancrées. 

Dans le film, son psy conseille à Anna de se confronter à sa phobie. Quelle est votre peur, Camille ? 

Camille Chamoux : J’ai fait beaucoup de travail sur moi-même, donc je dirais que les phobies, au sens strict, je les ai dépassées. Après, évidemment, il reste toujours des peurs, comme celle de la trahison par exemple. C’est moins spectaculaire qu’une phobie, mais ça fait partie des choses qui restent.

Anna et les enfants

Sortie le 3 juin 2026

Un film de Diane Clavier

Avec Camille Chamoux, Alban Lenoir, Olivia Côte…

Article rédigé par

Responsable éditoriale

Sélection de produits