Critique

Jujutsu Kaisen Modulo : exorcistes et extraterrestres, le pari casse-cou de Gege Akutami

27 août 2026

Par Louise Lepense

Illustration
“Jujutsu Kaisen Modulo”, premier tome disponible en librairie le 27 août 2026. ©Ki-oon

Soixante-huit ans après la fin explosive de la Traque meurtrière, l’univers de JJK accueille des réfugiés venus de l’espace. Une greffe improbable, convaincante dans ce premier tome.

Introduction

Attention, l’article dévoile des informations sur la fin de Jujutsu Kaisen.

Faire atterrir des aliens dans le monde de JJK avait tout de la fausse bonne idée. La série de Gege Akutami reposait jusqu’ici sur les fléaux, les exorcistes et une mythologie nourrie par les émotions humaines. Modulo y ajoute vaisseaux spatiaux, diplomatie interplanétaire et peuple à trois yeux.

Scénarisé par le même mangaka et dessiné par Yuji Iwasaki, le premier tome de cette courte suite – trois volets – paraît enfin en France ce 27 août. L’histoire se déroule en 2086, 68 ans après la victoire sur Ryomen Sukuna. Nouveaux héros, nouvelles techniques, nouveau péril : Modulo tourne la page sans déchirer l’ancienne.

Comment prolonger JJK sans le recopier ?

Les références à l’œuvre originale ne servent pas seulement d’appâts : les événements de la Traque meurtrière et les exploits des anciens protagonistes appartiennent désormais à l’histoire. Ils ont remodelé la société des exorcistes : un traité de sécurité paranormale a notamment été adopté, plaçant le Japon au centre de la diplomatie occulte internationale. Le clan Gojo a aussi survécu et s’est réorganisé autour de l’héritage de Yuta, qui a fondé une famille avec Maki.

Jujutsu Kaisen Modulo, tome 1.©Ki-oon

Le nouveau récit repose à son tour sur un trio qui rappelle inévitablement Yuji, Megumi et Nobara. Yuka et Tsurugi, en pleine rivalité fraternelle, sont accompagnés par Maru, un Simurien réfugié sur Terre, chargé de les observer durant leurs missions d’exorcistes. Akutami retrouve alors le charme des débuts de JJK, lorsque ses héros adolescents menaient encore des enquêtes paranormales « ordinaires ». Après des derniers arcs parfois étouffés par l’empilement de règles, techniques et retournements, cette simplicité fait l’effet d’une fenêtre ouverte.

Aliens et exorcistes : hérésie ou bonne idée ?

À la fois ambassadeur et possible menace, Maru constitue le principal ressort scénaristique et comique de cette nouvelle histoire. Solaire, maladroit et profondément empathique, il semble aussi posséder une part trouble, rappelant que, chez Akutami, la légèreté ne constitue jamais une garantie d’innocence.

Jujutsu Kaisen Modulo, tome 1.©Ki-oon

Le troisième œil, caractéristique de son espèce, rappelle inévitablement le Sixième Œil, faculté héréditaire que détenait Gojo Satoru et qui lui permettait de percevoir l’énergie occulte et de la contrôler avec une précision extrême. Ce rapprochement suffit à faire naître le soupçon : simple écho ou indice d’une parenté plus profonde ? Le premier tome se garde bien de trancher.

À partir de 7,20€

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Le choix de faire des Simuriens des réfugiés plutôt que des envahisseurs donne à ce virage science-fictionnel un ancrage politique un peu inattendu. Leur accueil méfiant fait écho aux crispations qui entourent l’immigration au Japon – et ailleurs –, sans transformer le manga en démonstration. Akutami renverse simplement le regard : les humains pensent observer leurs visiteurs, alors qu’ils sont eux-mêmes mis à l’épreuve.

Que change le dessin de Yuji Iwasaki ?

Le changement de main se remarque sans provoquer de rupture. Le trait d’Iwasaki paraît plus net, lisible et volontiers plus expressif. Maru, capable de passer de l’émerveillement à l’effroi en quelques cases, apporte même une chaleur visuelle dans cet univers. Les combats perdent en ampleur par rapport aux affrontements cataclysmiques de Shinjuku, mais ce retour à une échelle plus modeste sert la narration.

Jujutsu Kaisen Modulo, tome 1.©Ki-oon

Ce premier tome ne possède ni la noirceur ni la violence émotionnelle des sommets de Jujutsu Kaisen, mais retrouve l’efficacité de ses débuts, un humour dosé et cette faculté propre au mangaka de nouer l’intime au désastre collectif. Le vrai danger ne vient donc pas encore de l’espace mais du format : avec seulement deux volumes restants, Modulo devra résister au vieux démon d’Akutami, qui transforme volontiers une excellente idée en labyrinthe.

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