Avec Facile, le guide pratique de la vie d’adulte, Margaux Motin met son trait et son humour au service d’un sujet très concret : l’entrée dans la vie adulte. Né des questions de sa fille partie faire ses études, cet ouvrage illustré rassemble des conseils pratiques pour aider les jeunes à appréhender les démarches du quotidien, sans jamais perdre de vue la légèreté. Pour L’Éclaireur, l’autrice et illustratrice revient sur la genèse de ce projet, son goût pour la vulgarisation, ou encore l’importance de transmettre des informations fiables.
Vous avez publié Facile en juin dernier. D’où est né le besoin de créer ce livre ?
C’était davantage une envie qu’un besoin. Je cherchais des réponses pour accompagner ma fille dans ses premiers pas de jeune adulte. Nous vivons en province et elle est partie faire ses études à 17 ans. D’un coup, elle s’est retrouvée à devoir gérer un loyer, les courses, toutes les démarches du quotidien…
Nous n’avions pas anticipé tout ce que cette nouvelle vie impliquait. Quand on accompagne un enfant au lycée, on est déjà absorbé par beaucoup de choses, comme Parcoursup, et on ne se projette pas forcément sur l’après. Ma fille m’appelait souvent avec toutes sortes de questions. Pour lui répondre, je lui dessinais de petites explications que je lui envoyais par courrier – je suis très attachée au papier. Je me souviens notamment lui avoir expliqué, en dessin, le fonctionnement de sa mutuelle.

Petit à petit, je me suis dit qu’il serait formidable de créer un guide entier qui réponde à toutes ces questions. J’en ai parlé en story sur Instagram, presque comme une plaisanterie, et j’ai reçu énormément de messages. Je me suis alors rendu compte que ce besoin que je ressentais en tant que mère était largement partagé, aussi bien par les parents que par les jeunes adultes. C’est à ce moment-là que le projet est véritablement né.
On pourrait penser que ce guide répond aussi à des questions auxquelles vous auriez aimé avoir les réponses plus jeune. Est-ce le cas ?
Pas vraiment. Je ne l’ai pas écrit pour la jeune adulte que j’étais, parce que le monde était complètement différent. Aujourd’hui, les démarches, les informations et même la façon d’accéder aux réponses ont profondément changé.
Chaque fois que ma fille me posait une question, je devais moi-même faire des recherches. Les informations existent, mais elles sont dispersées sur une multitude de sites, souvent très institutionnels et parfois difficiles à comprendre. Il faut les trouver, les lire, les comparer… Cela demande énormément de temps.
Bien sûr, on pourrait dire à son enfant de se débrouiller seul. Mais ce n’est pas ma façon de fonctionner. Je suis une mère poule [Rires]. J’avais envie de créer un livre dans lequel les jeunes adultes trouveraient rapidement des réponses, de manière simple et légère, tout en offrant aux parents un outil pour les accompagner. Le guide répond finalement aux besoins des deux générations.
« Le fait de mettre les choses sur papier me permet de les sortir de ma tête. »
Margaux Motin
Quel a été le véritable point de départ du projet ? Quel a été le premier coup de crayon ?
Le vrai déclic, c’est le coup de téléphone de mon éditrice, qui m’a dit qu’elle avait très envie de faire ce livre. Ce feu vert a tout déclenché. Ensuite, tout s’est fait très naturellement, parce que j’ai toujours adoré vulgariser les sujets complexes. Ce n’est pas quelque chose que je faisais professionnellement, mais dès que j’apprends quelque chose de nouveau, j’aime en faire une fiche illustrée pour n’en retenir que l’essentiel.
Je crois que je fais partie de ces étudiants qui prenaient presque plus de plaisir à fabriquer leurs fiches qu’à apprendre leur cours ! [Rires] C’est un fonctionnement qui me ressemble énormément. À partir de là, chaque nouvelle question que me posait ma fille devenait un futur chapitre du guide. Très vite, je me suis surprise à réfléchir à tout sous cette forme.
Votre fille a donc été votre première source d’inspiration ?
Absolument. Elle l’est encore aujourd’hui. Chaque fois qu’elle me parle d’une nouvelle situation que je n’ai pas abordée dans le livre, je me dis que, si un jour il y a une nouvelle édition, il faudra absolument l’ajouter. Les idées continuent d’arriver au fil de sa vie de jeune adulte.
Vous semblez aimer organiser, classer, faire des listes…
Oui, énormément. J’ai, par exemple, un carnet dans lequel je note tous les livres que j’ai lus. C’est une manière de fonctionner qui me rassure et qui correspond à ma façon de penser. Je crois que les personnes qui aiment structurer les informations sont souvent attirées par l’écriture ou la transmission.
Au-delà de son aspect pratique, ce guide est aussi un objet très concret. Était-ce important pour vous qu’il y ait cette physicalité ?
Oui, beaucoup. Le fait de mettre les choses sur papier me permet de les sortir de ma tête. Mon esprit est constamment occupé et j’ai besoin de matérialiser certaines informations pour ne plus avoir à les porter mentalement. En observant ma fille et ses amis, je me suis rendu compte qu’ils étaient souvent submergés par tout ce à quoi il faut penser lorsqu’on devient adulte. On passe d’une période où les parents gèrent tout à une vie où l’on doit soudain penser à chaque démarche soi-même. C’est parfois très anxiogène.
Le guide permet justement de rendre ces choses visibles et concrètes. Au lieu d’avoir l’impression qu’il existe une multitude de démarches floues à accomplir, on les voit clairement, rassemblées au même endroit. Je trouve cela très apaisant.
Au-delà de son aspect pratique, Facile est aussi un livre de dessin. Quel plaisir avez-vous pris à l’illustrer ?
C’était un immense plaisir, parce que je l’ai abordé avant tout avec mon regard d’illustratrice. J’aime profondément ce métier. Ce qui me passionne, c’est partir d’un texte et trouver l’image qui va le rendre plus vivant, plus drôle et plus accessible.
J’ai toujours adoré le dessin de presse, même si je n’ai plus vraiment le temps d’en faire aujourd’hui. Mon travail consiste souvent à prendre un contenu existant et à lui apporter cette petite idée visuelle qui le rend immédiatement parlant. C’est vraiment ce que je préfère. Avec Facile, j’ai eu le bonheur de replonger dans chaque texte pour me demander : “Quelle scène peut illustrer cette idée ? Quel détail va faire sourire ?” C’est une partie de mon métier que j’aime énormément.
« Les situations permettent de désamorcer certaines inquiétudes et de montrer qu’on est nombreux à traverser les mêmes situations. »
Margaux Motin
Le guide aborde parfois des sujets très techniques, comme la mutuelle ou les démarches administratives. Comment trouve-t-on l’humour dans des thèmes aussi sérieux ?
Le processus est très instinctif. Je lis le texte et, presque immédiatement, une situation ou une image me vient en tête. Avec l’expérience, cela se fait très vite. Je repère le passage qui peut devenir une scène de vie, un petit décalage ou une anecdote dans laquelle tout le monde peut se reconnaître.
L’objectif était que chacun puisse s’identifier. Je vais donc chercher dans mon propre vécu ou dans toutes les situations que j’ai pu observer celles qui parlent au plus grand nombre. J’aime apprendre en souriant. Si une information est accompagnée d’une image drôle ou d’une situation familière, je la retiens beaucoup mieux. C’est cette expérience que je voulais transmettre aux lecteurs.
Vos dessins s’appuient souvent sur des scènes du quotidien. Est-ce ce qui les rend si universels ?
Je me mets toujours à la place du lecteur. Aujourd’hui, nous recevons une quantité d’informations énorme. Si, en plus de recevoir la bonne information, on peut sourire, alors elle devient beaucoup plus facile à intégrer.
Je voulais que les jeunes adultes puissent ouvrir le livre et se dire : “Cette situation, je l’ai déjà vécue”, ou “Ça pourrait être un de mes amis”. Cette reconnaissance crée tout de suite une forme de proximité avec le sujet. Les illustrations ne sont pas là uniquement pour décorer le texte. Elles permettent de désamorcer certaines inquiétudes et de montrer qu’on est nombreux à traverser les mêmes situations.
Qu’est-ce que ce projet vous a appris, en tant qu’autrice et illustratrice ?
Il m’a surtout confirmé à quel point j’aime faire ce type de livre. J’ai désormais très envie de créer d’autres guides. Depuis des années, j’ai envie d’en réaliser un sur la grossesse, mais je n’ai jamais trouvé le bon angle. Aujourd’hui, ce premier projet m’a ouvert énormément de perspectives. Il m’a aussi permis de comprendre que ce que j’aime par-dessus tout, c’est associer l’écriture et l’illustration pour rendre des sujets parfois complexes beaucoup plus accessibles. C’est une direction que j’ai vraiment envie de développer dans les années à venir.
Aujourd’hui, nous sommes entourés d’informations. Pourquoi était-il important, selon vous, de proposer un guide comme celui-ci ?
C’est assez paradoxal : nous sommes surinformés, notamment à travers les réseaux sociaux, mais il reste très difficile de trouver des réponses fiables et clairement expliquées. Nous recevons énormément d’informations chaque jour, sans toujours savoir d’où elles viennent ni si elles sont exactes. J’avais envie de proposer un livre auquel on puisse se fier. Au-delà de son aspect pratique, je crois que ce type de guide répond à un véritable besoin. Qu’il s’agisse de la grossesse, de l’entrée dans la vie adulte ou d’autres grandes étapes de la vie, il est rassurant de pouvoir se référer à un ouvrage qui rassemble les informations essentielles de manière claire et accessible.
Ce travail de vulgarisation repose aussi sur un important travail de vérification. C’était indispensable ?
Absolument. Je n’ai pas travaillé seule. J’ai collaboré avec une rédactrice qui s’est chargée de tout le travail de recherche et de validation des informations. Je lui transmettais les textes, les sujets que je voulais aborder et toute l’architecture du livre. Pendant que j’écrivais, elle allait vérifier chaque information auprès des sites institutionnels, des professionnels et des organismes concernés.
Parfois, elle me faisait aussi corriger certains passages lorsqu’une démarche ne fonctionnait pas exactement comme je l’imaginais. Nous avons vraiment voulu produire un guide solide, où chaque information est sourcée et vérifiée. Aujourd’hui, je trouve que c’est essentiel. Avec tout ce qui circule sur Internet, il devient difficile de distinguer le vrai du faux. Je voulais que les lecteurs puissent ouvrir ce livre en ayant confiance dans ce qu’ils lisent.
S’il ne fallait retenir qu’un seul conseil de Facile, lequel serait-ce ?
Le premier qui me vient à l’esprit aujourd’hui, c’est de ne pas se précipiter. J’aimerais transmettre cette idée toute simple : on a le droit de prendre le temps de lire un document, de réfléchir avant de répondre à une demande ou de prendre une décision. Aujourd’hui, tout va très vite et on a souvent l’impression qu’il faut réagir immédiatement.
Pourtant, on peut dire : “Attendez, je vais y réfléchir.” Que ce soit face à un professeur, à un ami ou à quelqu’un qui nous demande quelque chose, il est important de s’accorder ce temps pour comprendre ce que l’on veut vraiment et choisir la réponse qui nous correspond. J’ai appris cela très tard et j’aurais aimé le savoir beaucoup plus jeune.
« On peut avancer pas à pas, comprendre les démarches, faire ses propres choix et construire son propre chemin. C’est ce que j’avais envie de transmettre. »
Margaux Motin
C’est aussi une manière de préserver sa santé mentale.
Oui, tout à fait. Je voulais que Facile reste un ouvrage généraliste. Je ne suis donc pas entrée en profondeur dans les questions de santé mentale, parce que c’est un sujet immense qui mériterait un livre à lui seul. En revanche, il me semblait essentiel d’aborder cette question de manière transversale. Aujourd’hui, la parole s’est libérée et l’on voit bien que les jeunes adultes traversent beaucoup d’anxiété. Les parents eux-mêmes sont souvent démunis, parce qu’ils vivent aussi leurs propres inquiétudes et qu’ils disposent de peu d’outils à transmettre. J’avais envie que ce guide puisse apporter quelques repères et aider chacun à reprendre un peu de contrôle sur son quotidien.
Au fond, le livre invite surtout les jeunes adultes à devenir acteurs de leur propre vie.
C’est exactement l’idée. Le véritable objectif du guide est de leur montrer qu’ils peuvent s’approprier leur vie dès maintenant. Qu’ils disposent déjà d’outils pour faire des choix qui leur ressemblent, sans attendre d’avoir 40 ans, de suivre des années de thérapie ou de lire des dizaines de livres de développement personnel. On a parfois l’impression que tout nous échappe et que les événements nous dépassent. Pourtant, on peut avancer pas à pas, comprendre les démarches, faire ses propres choix et construire son propre chemin. C’est ce que j’avais envie de transmettre.
La rentrée approche. Qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?
J’adore cette période. Je la vis un peu comme une enfant qui serait encore heureuse de retourner à l’école. Je prends de vraies vacances pendant l’été et, dès la mi-août, j’ai envie de reprendre le travail. La rentrée est un moment que j’aime préparer : je range mon bureau, je taille mes crayons, j’achète de nouveaux carnets, je remets mon agenda à zéro et je réorganise tout.
J’ai gardé ce plaisir des rituels de septembre, comme lorsque l’on recevait son carnet de correspondance au collège et que l’on préparait une nouvelle année. Dans Facile, je parle justement de l’importance des routines. Certaines dates, comme la rentrée, créent naturellement un élan. Je trouve que c’est une belle occasion de démarrer un nouveau cycle et de mettre en place de nouvelles habitudes.