En partenariat avec Kobo, Entre les lignes vous propose un cinquième épisode en compagnie de Guillaume Musso. Découvrez les lectures préférées du romancier ainsi que ses méthodes d’écriture, et bien d’autres infos encore… Rendez-vous en fin d’article pour notre jeu concours. À gagner ? Une liseuse Kobo Libra Colour, son stylet, une cover dédicacée et l’ebook Le Crime du Paradis de Guillaume Musso.
Introduction
Guillaume Musso : Bonjour, c’est Guillaume Musso. Pour ce nouvel épisode d’Entre les lignes, je vais vous livrer quelques secrets d’écriture. Je vais aussi vous parler de mon nouveau roman Le crime du paradis. Et enfin, je terminerai en vous proposant un petit jeu concours d’écriture. Entre les lignes, épisode 5, c’est parti !
Votre nouveau roman se déroule à la fin des années 1920. Pourquoi cette époque ?
Il y avait d’abord une envie de dépaysement total, à la fois dépaysement géographique, en mettant ce roman sur la Côte d’Azur, et dépaysement temporel. Je crois que le moment où j’ai commencé à écrire ce roman, je faisais un rejet de l’époque actuelle, de l’actualité, de la noirceur du monde. Et quand j’écris, j’ai besoin vraiment de me sentir bien, de me projeter dans quelque chose de ludique et de dépaysant pour moi, pour être sûr que finalement je passe dix heures par jour dans un univers que j’ai envie de retrouver tous les matins. Et là, cette période de 1928 – c’est un an avant la crise de 1929 – on n’est pas encore dans la montée des périls, et la première guerre mondiale est déjà loin. Pour moi, c’est la dernière année d’insouciance en Europe. Il y a un siècle, et c’est à la fois très loin et très proche. Et donc, c’était ce cadre un peu enchanteur. Alors, il y avait des problèmes de l’époque, je ne dis pas du tout que c’était mieux avant, et encore moins à cette époque-là, mais au moins, c’était suffisant pour que ça me dépayse moi et que ça crée un catalyseur imaginaire suffisamment fort pour y consacrer 18 mois de ma vie.
Comment vous êtes-vous documenté sur l’essor de la Côte d’Azur, à cette époque ?
C’est une époque qui est très documentée : les gens écrivaient beaucoup, quantité de journaux, que ce soient des soldats de la Première Guerre mondiale, que ce soient des témoignages de gens qui travaillaient dans les hôtels sur cette Côte d’Azur-là, à un moment effectivement charnière. C’est-à-dire le moment où la Riviera, qui était autrefois une destination privilégiée pour les touristes d’hiver, se met à devenir le spot à la mode pour les vacances d’été, comme on dirait aujourd’hui, sous l’impulsion de quelques riches familles américaines qui en avaient marre finalement de se prendre des sauts d’eau en Normandie en juillet et août et qui sont descendus sur la côte d’azur, où on pensait en fait qu’il faisait trop chaud. Voilà, il n’y avait pas la mode des bains de soleil, on ne nageait pas, les plages étaient recouvertes d’algues… Et entre 1923 et 1928, la Côte d’Azur s’est complètement transformée et offrant un décor absolument incroyable pour un romancier parce qu’il y a cohabitation entre les gens locaux, souvent des paysans, des artisans, et là, d’un seul coup, des sortes de VIP, d’ultra-riches, on dirait aujourd’hui, qui arrivent dans ce coin et qui se mettent un petit peu à vivre entre eux. Et c’est cette dualité que j’essaye aussi de décrire dans le roman.
Ce roman est un hommage à Antibes, votre ville natale ?
Oui, c’est vrai que depuis longtemps on me réclame un roman qui se passerait complètement dans la région. Donc il y avait cette envie-là. Il y avait aussi, moi, mes souvenirs de lecteur, le choc que j’avais ressenti quand j’avais lu Tendre est la nuit de F. Scott Fitzgerald, qui raconte ça. Mais j’avais envie, finalement, de croiser cet imaginaire très Gatsby, très années folles, avec aussi l’imaginaire d’Agatha Christie, le côté Cluedo, le côté whodunit, et ça, c’est quelque chose qui me plaît. Et donc le roman, finalement, au départ, je l’ai imaginé un peu comme ça. Je l’ai imaginé dans un décor Fitzgerald, avec des personnages à la Agatha Christie.
De quel fait divers s’inspire le roman ?
Alors, c’est un fait divers qui remonte à 1932, qui est l’enlèvement du jeune fils de l’aviateur Charles Lindbergh, qui est un héros absolu à l’époque, le premier à avoir effectué le premier vol transatlantique en solitaire.
Joseph Lèques, personnage principal, est le double fictif de votre arrière-grand-père. Qui était-il ?
Le vrai Joseph Lèques est mort à la guerre, en 1915, et ça a toujours été pour moi, dans ma famille, un absent très présent. C’était un peu cette figure du héros de guerre qui avait eu sa vie brisée, alors qu’il avait déjà fait trois ans de service militaire, et qu’on l’avait rappelé à 31 ans, ce qui n’était pas si jeune pour l’époque, pour aller combattre. Et pour moi, ça a toujours été l’image de cet homme brisé. Je n’ai vu qu’une seule fois mon grand-père pleurer, c’était quand il parlait de son père, parce qu’il s’est retrouvé orphelin à cinq ans, et comme j’ai toujours pensé que la littérature pouvait tout, je me suis dit, mais finalement, pourquoi ne réinventerais-je pas une figure de cet arrière-grand-père, pour lui rendre un peu justice ? Et s’il n’était pas mort à la guerre, s’il s’était engagé dans les brigades mobiles de Marseille, et s’il était devenu enquêteur… Et donc, dans le roman, on a ce Joseph Lèques, un commissaire marseillais qui est envoyé dans la maison des Livingston, qui viennent d’avoir leur enfant enlevé. Et donc, pour moi, ça m’a permis de cheminer pendant 18 mois, avec cet arrière-grand-père, que je n’ai bien sûr pas connu, mais ça m’a réancré, finalement, un peu dans cette famille, et c’est un compagnonnage, oui, très fort et émouvant, et c’est ce que l’écriture et la littérature permettent aussi.
Vous dites que parfois l’écriture c’est du plaisir et de la souffrance. Pourquoi cette souffrance ?
Oui, c’est un peu cette phrase de Anaïs Nin qui disait « je déteste écrire, mais j’adore avoir écrit ». Pour moi, le côté ludique de l’écriture, ça, effectivement, c’est excitant de mettre en mouvement des personnages, de vivre dans un monde imaginaire. Le côté un peu plus astreignant, c’est d’abord que c’est un métier très solitaire. Ça, c’est ce qui me pèse de plus en plus, c’est rester huit heures par jour devant un écran, seul. Et je fais tout, en fait, pour essayer de fuir cette solitude-là. Mon ami Jean-Christophe Grangé dit toujours « le quotidien d’un écrivain est tout sauf glamour, c’est un type en robe de chambre, devant un écran, qui mange de la pizza froide » et c’est vrai qu’on n’est pas loin de la vérité. Et donc oui, c’est ça qui est un peu pesant dans l’écriture.
Est-ce que vous vous fixez des objectifs de productivité ?
Moi, en fait, j’ai des périodes où je peux rester dix jours et qui ne sortent pas grand-chose, et des périodes beaucoup plus intenses où, en une semaine, vous pouvez écrire presque un cinquième du roman parce que vous êtes, pas possédé, mais vous êtes très habité par votre histoire. Donc je suis moins dans un nombre de mots moyens par jour que dans des phases vraiment très, très, très différentes en termes de productivité, disons, par rapport à l’écriture.
Avez-vous l’impression que vous pourriez réécrire différemment certains anciens romans maintenant ?
Oui, ça, c’est vrai que c’est un fantasme aussi, et où je me dis « ah ben tiens, si je réécrivais ça aujourd’hui, je le ferais différemment ». C’est pour ça aussi que je ne relis jamais mes romans d’avant parce qu’à la fois, je les aime bien parce que c’est lié à une époque, mais j’ai envie de prendre un stylo et de tout corriger, de réécrire ça. Mais ce qui est normal parce que, voilà, vous n’êtes pas au même moment de votre vie, ce qui compte aujourd’hui pour vous n’est pas la même chose que ce qui comptait il y a vingt ans. Oui, il y a des romans, notamment, je vais vous donner un exemple très simple. Un roman qui s’appelle 7 ans après, que j’ai écrit avant de devenir père et qui parle, pareil, d’un enfant qui a disparu, et où je me mets dans la peau de parents qui se sont séparés depuis sept ans et qui doivent à nouveau enquêter ensemble. C’est un roman que j’ai écrit avant de devenir père et je trouve qu’aujourd’hui, les émotions liées à la paternité qu’il y a dans ce roman ne sont pas du tout les mêmes que celles que j’écrirais aujourd’hui en ayant traversé, finalement, l’expérience moi-même. Ça ne fait pas de ce livre un mauvais livre, mais ça fait un livre qui n’est plus en résonance avec le Guillaume Musso d’aujourd’hui.
Quel lecteur êtes-vous ?
J’ai toujours été un grand lecteur. J’avais une mère qui était bibliothécaire, qui se désolait que je ne lise pas plus quand j’avais dix ans. Et à partir du moment où j’ai commencé à trouver le bon livre, c’était à la fois Stephen King, c’était Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, c’était Barjavel, c’était Pagnol. À partir de ce moment-là, je suis devenu un grand lecteur et je lisais absolument de tout. Mes parents me disaient « lis Zola, Dostoïevski, Proust, mais lis aussi des polars, Stephen King, Gaston Leroux, Maurice Leblanc ». Il y avait cette idée, non pas que tout se valait, mais qu’en tout cas la littérature, la lecture était quelque chose lié au plaisir et qu’on pouvait trouver son plaisir partout. Et il y avait cette idée de la culture comme quelque chose qui devrait être forcément divers. Et donc, ça m’a ouvert l’esprit. Et c’est quelque chose que j’essaye de transmettre aussi à mes enfants : évitez d’être sectaire, évitez d’être snob, soyez curieux, faites abstraction du regard des autres, faites abstraction des avis de deux trois rues à Saint-Germain-des-Prés qui veulent imposer le prétendu bon goût. Donc, c’est une littérature plaisir. Oui je suis un lecteur, je peux lire sur des supports aussi très, très différents. Il y a même certains livres que j’achète à la fois en physique et sur liseuse, selon les moments où je vais les lire.
Vous aimez lire sur tous les supports ?
Alors je n’ai jamais sacralisé l’objet livre. J’aime bien les beaux livres mais j’ai toujours corné mes livres, j’ai toujours annoté mes livres. Et donc oui, il m’arrive de les perdre, je les rachète, je peux lire sur un support ou un autre selon le moment. Ce n’est pas pareil si vous lisez et que c’est 11h30 et que la personne à côté de vous dort et que vous n’allez pas vouloir la déranger plutôt que si vous êtes sur la plage, dans un train. Pour moi, l’objet, le support s’adapte vraiment au moment de la journée et le contenant ne prime jamais sur le contenu, que ce soit livre de poche, grand format, liseuse. L’important c’est le roman. Ce n’est pas la carapace ou le support.
Quels livres conseilleriez-vous pour un nouveau lecteur ?
Il y a trois livres très différents qui me plaisent beaucoup, que je voudrais partager avec vous. Le premier roman, c’est un roman qui s’appelle Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon. C’est vraiment le roman que je conseille à tous les gens qui viennent me voir et qui me disent « je n’aime pas lire, j’ai une panne de lecture, est-ce qu’il y aurait un roman pour me remettre à lire ? ». C’est le roman d’abord le plus original que je connaisse et qui a la particularité d’être paru à la fois en édition adulte et en édition jeunesse. C’est un roman pour tout le monde. Je l’ai fait lire récemment à mon fils qui a 12 ans et je pourrais le faire lire à n’importe qui, j’ai toujours des retours très positifs sur ce roman. Ça raconte l’histoire de Christopher, un petit garçon, qui se lève le matin et qui voit que le chien de la voisine a été tué avec une fourche plantée dans le ventre. Ce petit gamin est passionné par Sherlock Holmes et il va se mettre en tête de résoudre l’enquête pour savoir qui a tué le chien pendant la nuit. C’est à la fois drôle, émouvant, inattendu, donc vraiment coup de cœur total, et un roman qui je trouve devrait être beaucoup plus connu.
Deuxième titre, alors là c’est davantage un roman total, c’est Le Prince des marées. Le Prince des marées c’est un gros livre, c’est le chef-d’œuvre de Pat Conroy, qui est à la fois l’une des plus belles histoires d’amour, qui est un suspense psychologique, qui est une saga familiale qui se passe en Caroline du Sud. Là vous avez tout, c’est le grand roman américain, vous avez les paysages, vous avez la famille. Vous avez aussi une enquête qui débute par une psychanalyse. C’est un homme qui est un peu au bout du rouleau parce que sa sœur, qu’il adore, a fait plusieurs tentatives de suicide et qui va à New York et qui rencontre la psychiatre de sa sœur. Et en commençant à parler avec la psychiatre de sa sœur, il fait finalement la psychanalyse de sa propre famille à lui. Chef-d’œuvre et roman qui a été adapté à l’écran. Très joli film de et avec Barbra Streisand et Nick Nolte.
Le dernier roman que j’aime beaucoup, c’est Le Passager de Jean-Christophe Grangé. Pour moi, c’est la quintessence de Grangé en termes de thriller, d’analyse psychologique. Grangé, pour moi, c’est finalement un peu le James Ellroy français. C’est un auteur qui a inventé beaucoup de choses, qui a été suivi, qui a été un petit peu imité par quantité d’auteurs de thrillers. Aujourd’hui, moi je me souviens la première fois que j’ai découvert Grangé avec Le Vol des Cigognes : ça a été un choc incroyable. Pour la première fois, on avait l’impression qu’un Français pouvait faire des choses qui étaient auparavant réservées aux Américains. Et ce livre-là, Le Passager, c’est un roman qui aborde le thème de l’identité, de l’art, de la psychiatrie. Et c’est pour moi l’un de ses chefs-d’œuvre.
Un roman policier qui vous a façonné en tant qu’écrivain ?
Cinq petits cochons d’Agatha Christie. Pour moi, c’est l’un des premiers cold case, puisque c’est une enquête dans laquelle Poirot doit revisiter un meurtre uniquement sur la base de témoignages qui ont eu lieu 15 ans avant. Et c’est assez fascinant. Et c’est l’un, pour moi, des romans les plus vénéneux d’Agatha Christie, à la fois par rapport au couple, à l’adultère, la sensualité. Pour moi, l’un de ses chefs-d’œuvre.
Un livre que vous avez lu et relu ?
Un livre que j’ai lu et relu, Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier. C’est vraiment un livre singulier, onirique, magnifique, qui se passe dans la campagne française au début du siècle, avec des personnages à nul autre pareil. C’est un livre délicat et, pour moi, inclassable, comme Le Petit Prince, comme quantité de romans cultes, et qui ont fait vibrer quelque chose en moi par rapport au romantisme, mais pas au romantisme bébête, mais par rapport aussi à l’amour, à la passion, à la fascination de l’autre, et à une sorte de féerie aussi.
Agatha Christie ou Georges Simenon ?
Je prendrais Simenon parce qu’il y a une simplicité, une fausse simplicité dans l’écriture. Vous savez, c’est le fameux « au lieu de dire il pleut, j’écris je suis mouillé ».
Sherlock Holmes ou Nestor Burma ?
Sherlock Holmes. J’ai toujours eu du mal avec Nestor Burma, je ne sais pas exactement pourquoi. Sherlock Holmes est plus lié à l’enfance, à la découverte des premières enquêtes, avec ce personnage complètement fascinant qui a été réinterprété à l’envi jusque dans les séries télé de qualité. Il y a vraiment tout eu, et l’univers holmésien me semble complètement inépuisable.
Quel livre y a-t-il en ce moment sur votre table de chevet ?
Il y a beaucoup de livres que je lis avec mes enfants, parce que vraiment ce combat pour la lecture des jeunes est quelque chose qui me tient de plus en plus à cœur, et ça ne serait pas impossible… J’essaye aussi de penser à une histoire que je pourrais écrire à destination de ce public-là. Et donc mes enfants sont un peu les cobayes de ça, de voir ce qu’ils aiment, pourquoi ils aiment ça, donc je passe beaucoup de temps avec eux à essayer de comprendre comment marche leur imaginaire.
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Ne plus jamais lire ou ne plus jamais écrire ?
Plus jamais écrire, de loin. Je crois que je ne pourrais pas : ça serait trop triste une vie sans lecture. Je crois que je lirai jusqu’à mon dernier souffle, ça c’est sûr.
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