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The Hack : quand le journalisme devient sa propre zone d’ombre

12 juin 2026

Par Louise Lepense

Illustration
“The Hack”, le 12 avril 2026 sur arte.tv. ©Arte

Arte rouvre un dossier qui a ébranlé la presse britannique. Derrière le scandale des écoutes, la mini-série interroge la frontière entre enquête, pouvoir médiatique et dérive sensationnaliste.

Introduction

Jusqu’où peut aller une rédaction lorsqu’elle confond l’intérêt avec la curiosité ? Avec The Hack : sur écoute, disponible sur Arte.tv depuis le 12 juin, cette question prend la forme d’un thriller politique et médiatique. Déjà diffusée au Royaume-Uni l’an dernier, la mini-série britannique en sept épisodes revient sur l’un des plus grands scandales de la presse outre-Manche : les écoutes téléphoniques illégales menées, de 2002 à 2011, par News of the World, ancien tabloïd phare de l’empire Murdoch.

De quel scandale parle la série ?

Fondé au XIXe siècle, ce journal du dimanche appartenait à News International, branche britannique du groupe de Rupert Murdoch. Très lu, puissant, il s’était fait une spécialité des révélations sur la vie privée des célébrités, des responsables politiques et de la famille royale.

Au début des années 2000, plusieurs journalistes sont soupçonnés d’avoir piraté des messageries téléphoniques pour obtenir des informations confidentielles, mais l’affaire est alors présentée comme limitée à quelques cas. Elle prend une tout autre ampleur lorsque l’enquête révèle que les victimes ne sont pas seulement des personnalités publiques.

Sur l’affaire Milly Dowler.©The Guardian

Des victimes de faits divers, des proches de personnes tuées dans les attentats de Londres et la famille de Milly Dowler, adolescente assassinée en 2002, auraient aussi été visés. C’est cette révélation qui provoque une vague d’indignation au Royaume-Uni. Le scandale entraîne des enquêtes judiciaires, des auditions politiques et la commission Leveson, chargée d’examiner la culture, les pratiques et l’éthique de la presse britannique. L’affaire met au jour des liens troubles entre journalistes, détectives privés, policiers et responsables politiques.

Comment The Hack raconte-t-elle cette enquête ?

Écrite par Jack Thorne, déjà remarqué pour Adolescence, la série suit Nick Davies, journaliste au Guardian, interprété par David Tennant. C’est lui qui enquête sur les méthodes de News of the World et tente de démontrer que les écoutes ne relèvent pas seulement de quelques dérapages isolés.

The Hack©Arte

La série met donc en scène plusieurs figures réelles : Alan Rusbridger, alors rédacteur en chef du Guardian, joué par Toby Jones, et Dave Cook, policier incarné par Robert Carlyle. Ce dernier travaille sur le meurtre non élucidé de Daniel Morgan, détective privé tué en 1987.

Que dit-elle des failles du journalisme ?

The Hack oppose deux manières d’exercer le métier. D’un côté, le journalisme d’enquête, lent, prudent, fondé sur les sources, les preuves et les vérifications. De l’autre, un journalisme de tabloïd qui cherche le scoop à tout prix, quitte à franchir les limites légales et morales.

The Hack©Arte

La série interroge ainsi une dérive centrale : que devient l’information lorsqu’elle est guidée par la concurrence, l’audience et la recherche de détails privés ? Dans The Hack, les écoutes ne servent pas à révéler des affaires d’intérêt général : elles permettent surtout d’obtenir des éléments intimes, parfois sur des personnes déjà fragilisées par un drame.

La série rappelle que la presse peut être à la fois le problème et le contre-pouvoir. Le Guardian, par l’enquête de Nick Davies, contribue à faire éclater l’affaire. Mais le scandale révèle aussi les faiblesses d’un secteur capable de protéger ses propres dérives, surtout lorsqu’il se trouve au croisement de l’argent, de la police et du pouvoir politique.

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