Chaque année, à la fin du mois de mai, une drôle de frénésie s’empare de Paris, une obsession pour la balle jaune impulsée par Roland-Garros, grand-messe ocrée du tennis. On vous conseille trois livres pour bien entrer dans le match.
| Federer, de Fabien Lacouture
Après l’épatant Maradona signé par le romancier Philippe Vilain, un autre sportif de légende a le droit aujourd’hui à son ouvrage dans la formidable collection « Icônes » de la maison d’édition Les Pérégrines. Cette petite bibliothèque de livres colorés, souvent présentée en majesté dans les librairies de quartier, rassemble des biographies libres et décomplexées de grandes figures immortelles de la littérature, du cinéma, de la peinture, de l’exploration et du sport, de Prince à Beauvoir, en passant par Cousteau.
Fabien Lacouture, l’auteur de ce nouvel opus, est historien de l’art et maître de conférences à l’université de Lille. Il fallait bien un amoureux des toiles de maître, un fin connaisseur d’esthétique et de révolution des formes pour s’atteler à raconter dans un livre ce que représente le tennis de Roger Federer. Rares sont les sportifs qui peuvent se targuer d’avoir autant été associés à l’image de l’artiste. Le tennisman suisse, l’homme aux 20 grands chelems, incarne, plus encore que le succès et les trophées, une beauté du geste foudroyante, un travail sur la perfection du mouvement, une harmonie du corps qui émeut.
C’est d’ailleurs ce qui a fait naître chez Fabien Lacouture une forme de fascination, d’obsession même. Il n’a cessé d’associer la trajectoire de son protégé à son propre travail, cherchant toujours plus loin le mimétisme entre le sport et l’art. En contrepoint des nombreuses biographies déjà parues sur le champion, il propose donc ici de dessiner les contours de l’icône Roger Federer en esthète, empruntant aux grands mouvements artistiques, de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Avec, en point d’orgue, une ode bien méritée à ce revers à une main qui nous a tant marqués. Un livre malin, original et passionnant. Coup gagnant.
| Du revers, de Luis Torres de la Osa
Du revers de Federer, il en est aussi question dans le surprenant premier livre de Luis Torres de la Osa. Le Valencien, joueur semi-professionnel de tennis jusqu’à ses 16 ans, était promis à une grande carrière, battant même, en la personne de son compatriote Juan Carlos Ferrero, un futur vainqueur de Roland-Garros et numéro 1 mondial. Mais il fut contraint, comme tant d’autres, de renoncer. Devenu ingénieur contre son gré, mais grand amoureux de littérature, il a longuement mûri un projet d’écriture, intime et ambitieux : « Écrire un livre sur le tennis, mais qui soit en même temps une enquête sur tout le reste : la beauté, le sexe, la mélancolie, les désirs, le temps, l’amitié, la douleur, la mort. »
Et le pari est réussi tant on retrouve ici les 1 001 facettes de la vie. Mosaïque de fragments qui s’imbriquent, se répondent, s’entrechoquent, Du revers parle évidemment de tennis, convoquant certains champions, certains moments historiques et certains souvenirs personnels. Mais il s’aventure surtout ailleurs, du côté des échecs, de la musique de Chopin et de tout un tas d’écrivains ayant un rapport plus ou moins lointain avec la balle jaune. Le joueur occasionnel Nabokov, l’américain David Foster Wallace (1962-2008), qui a beaucoup écrit sur ce sport qui le fascinait, mais aussi Murakami, Joyce Carol Oates ou encore Gay Talese. Avec une autodérision délicieuse, une érudition contagieuse et un vrai talent pour embarquer le lecteur, Luis Torres de la Osa réussit son entrée en lice. Hâte de voir sa progression de cet impitoyable tournoi qu’est la littérature.
| Éloge du tennis, de Murielle Magellan
Après Stéphanie Hochet et son Éloge du lapin ou le très réussi Éloge de la plage de Grégory Le Floch, la réalisatrice et romancière Murielle Magellan vient garnir les rangs de cette drôle de collection imaginée par Émilie Colombani chez Rivages. Son Éloge du tennis célèbre une discipline qu’elle pratique depuis longtemps, sous la forme d’un texte court, mais foisonnant, jonglant habilement entre portraits des stars de la balle jaune, considérations techniques et historiques, portée sociale et artistique.
On remonte aux origines aristocratiques du sport, on s’interroge sur cette drôle de façon de compter le score, on revit le duel mythique Lendl-McEnroe, on croise Nadal et Mauresmo, on rejoue les meilleures scènes de tennis au cinéma, de Match Point à Challengers, on scrute même les tatouages des joueurs, qui eux aussi connaissent leurs auteurs, comme Stan Wawrinka qui utilise Beckett comme mantra : « Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. » Jeu, set et match !