Si les premières secondes d’un film doivent capter notre attention, certaines séquences d’introduction réussissent l’exploit de nous happer totalement. Tension insoutenable, plan-séquence virtuose ou explosion d’émotions : retour sur 10 scènes d’ouverture mythiques qui annoncent d’emblée un monument du cinéma.
Introduction
Véritable porte d’entrée dans le récit, la scène d’ouverture d’un film ne se contente pas de planter un décor ou d’égrener le générique. En effet, ces premières minutes établissent le ton, posent la grammaire visuelle du réalisateur ou réalisatrice, créent un pacte immédiat avec le spectateur·rice.
De la promesse d’un grand spectacle à l’immersion intime, voici les 10 scènes d’ouverture qui ont marqué l’histoire du cinéma.
La Soif du mal, Orson Welles (1958)
Dans une ville frontalière entre les États-Unis et le Mexique, un homme dépose une bombe à retardement dans le coffre d’une voiture. Le véhicule traverse lentement la ville au milieu de la foule, croisant le policier Mike Vargas (Charlton Heston) et sa femme Susie (Janet Leigh), jusqu’à ce que l’explosion survienne juste après le passage de la frontière.
Considérée comme l’un des plus grands coups de maître de la mise en scène, l’introduction de La Soif du mal repose sur un plan-séquence ininterrompu de plus de trois minutes. Orson Welles y orchestre une montée de la tension phénoménale en jouant sur l’ironie dramatique : le spectateur est le seul à savoir qu’un compte à rebours mortel est enclenché.
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Le Parrain, Francis Ford Coppola (1972)
Dans la pénombre d’un bureau, Amerigo Bonasera raconte comment sa fille a été sauvagement agressée et demande justice à Don Vito Corleone (Marlon Brando). Le parrain de la mafia italienne, sollicité le jour du mariage de sa fille, accepte de l’aider en échange d’une amitié et d’une loyauté futures.
En ouvrant Le Parrain sur un gros plan serré et sur la célèbre réplique « I believe in America », Francis Ford Coppola choisit l’intimité plutôt que l’action spectaculaire. Le mouvement lent de recul de la caméra révèle progressivement la silhouette imposante de Don Vito Corleone, posant immédiatement les thèmes centraux de la saga : la famille, le pouvoir, la morale et la corruption du rêve américain. Une entrée en matière d’une sobriété magistrale.
Les Dents de la mer, Steven Spielberg (1975)
Lors d’une fête nocturne sur une plage de l’île d’Amity, une jeune femme nommée Christine Watkins (Susan Backlinie) décide d’aller se baigner seule dans l’océan. Alors qu’elle nage en pleine mer, une force invisible et terrifiante la tire brutalement vers le bas avant de la faire disparaître dans les profondeurs.
Dans son mythique Les Dents de la mer, Steven Spielberg invente une mécanique de la peur d’une efficacité redoutable en adoptant la vue subjective du requin sous l’eau. Accompagnée par le thème musical culte à deux notes signé John Williams, cette scène nocturne installe une angoisse pure sans jamais montrer le monstre. Un modèle de suggestion cinématographique qui a durablement changé le rapport des vacanciers à la baignade en mer.
Apocalypse Now, Francis Ford Coppola (1979)
Au Vietnam, des palmiers défilent dans une atmosphère brumeuse avant d’être ravagés par un bombardement au napalm dans un silence pesant. En arrière-plan, le capitaine Benjamin Willard (Martin Sheen), prostré dans une chambre d’hôtel à Saïgon, contemple le plafond où les pales d’un ventilateur se confondent avec le bruit des hélicoptères.
Sur le morceau psychédélique The End du groupe The Doors, l’ouverture d’Apocalypse Now plonge immédiatement le spectateur dans le traumatisme psychologique de la guerre. Les surimpressions d’images associant le feu, le visage hanté du capitaine et le balancement des pales traduisent la folie ambiante avec une poésie macabre et hypnotique.
Pulp Fiction, Quentin Tarantino (1994)
Installé dans un diner américain, un couple de petits braqueurs, surnommés Pumpkin (Tim Roth) et Honey Bunny (Amanda Plummer), discute de manière décontractée des risques liés à l’attaque de banques ou de magasins de liqueurs. Ils décident soudainement de braquer l’établissement où ils se trouvent, armant leurs revolvers au milieu des clients médusés.
Avec Pulp Fiction, Quentin Tarantino bouscule la structure narrative classique en démarrant par un dialogue banal qui bascule brutalement dans la violence. Le contraste entre le ton presque quotidien de la conversation et l’explosion d’agressivité finale, interrompue net par le générique sur un morceau de surf rock survolté de Dick Dale and The Del-Tones, impose immédiatement la patte irrévérencieuse et stylisée du cinéaste.
Scream, Wes Craven (1996)
Seule chez elle, la lycéenne Casey Becker (Drew Barrymore) s’apprête à regarder un film d’horreur lorsqu’elle reçoit l’appel d’un inconnu. Ce qui ressemble d’abord à un flirt anodin tourne au cauchemar quand l’interlocuteur masqué la force à répondre à des questions de culture cinématographique sous peine de tuer son petit ami Steve.
En éliminant dès les premières minutes l’actrice la plus connue du casting, Wes Craven réalise un coup de maître dès l’introduction de Scream. La séquence transforme une simple sonnerie de téléphone en un piège psychologique suffocant, jouant intelligemment avec les codes du slasher.
The Dark Knight : Le Chevalier Noir, Christopher Nolan (2008)
À Gotham City, une équipe de braqueurs portant des masques de clowns s’infiltre dans une banque gérée par la mafia. Au fil de l’opération, les criminels s’éliminent méthodiquement les uns les autres sur ordre de leur commanditaire, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul survivant : le Joker (Heath Ledger).
Conçue comme un véritable court-métrage de braquage, la scène d’ouverture de The Dark Knight : Le Chevalier Noir se distingue par sa précision chirurgicale et son rythme implacable. Et Christopher Nolan brosse en quelques minutes le portrait du Joker : un agent du chaos imprévisible, calculateur et totalement dépourvu de morale.
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Là-haut, Pete Docter (2009)
Après leur rencontre enfantine autour d’une passion commune pour l’aventure, Carl et Ellie se marient, construisent leur maison et traversent ensemble les joies et les épreuves de la vie jusqu’à la disparition d’Ellie.
Dénuée de parole, la séquence d’introduction de Là-haut, condensée en quatre minutes, est un sommet d’émotion narrative. Pixar réussit à dépeindre toute la beauté et la tragédie d’une vie de couple, faisant passer le spectateur du rire aux larmes avec une maestria rare.
Inglourious Basterds, Quentin Tarantino (2009)
En 1941, dans la campagne française occupée, le fermier Perrier LaPadite reçoit la visite du colonel SS Hans Landa (Christoph Waltz). Autour d’un verre de lait, l’officier allemand mène un interrogatoire poli mais terrifiant pour découvrir si la famille cache des réfugiés juifs sous le plancher.
Véritable leçon de tension dramatique, le premier chapitre d’Inglourious Basterds s’appuie sur la puissance des dialogues et du silence. Quentin Tarantino étire la conversation jusqu’à la limite du supportable, révélant la trappe cachée sous les pieds des personnages pour accentuer la vulnérabilité du fermier. Et l’interprétation glaciale de Christoph Waltz pétrifie le spectateur.
La La Land, Damien Chazelle (2016)
Bloqués dans un embouteillage monumental sous le soleil de Los Angeles, des automobilistes abandonnent soudainement leurs véhicules pour chanter et danser à l’unisson sur le morceau Another Day of Sun, célébrant leurs rêves d’artistes et de célébrité.
Pour ouvrir La La Land, Damien Chazelle orchestre un numéro musical virtuose conçu pour ressembler à un unique plan-séquence tourné à ciel ouvert. En transformant un moment du quotidien aussi frustrant qu’un bouchon routier en une explosion de couleurs, de dynamisme et de joie, le film affirme d’emblée son hommage enchanteur à l’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne.