Entretien

« Je voulais être cowboy » : Ridley Scott nous livre son art (très) personnel de la survie

26 août 2026

Par Catherine Rochon

Illustration
©20th Century

À 88 ans, Sir Ridley Scott ne ralentit pas. Alors qu’il sort ce 26 août 2026 son 29e film, « The Dog Stars, thriller d’anticipation porté par Jacob Elordi et Josh Brolin, le réalisateur britannique se livre dans un entretien sans langue de bois. De son amour de la peinture à ses instincts de cowboy, en passant par son éco-anxiété, rencontre avec un cinéaste toujours aussi alerte.

Introduction

Faire face à Sir Ridley Scott a quelque chose d’impressionnant. Une petite tasse de thé en porcelaine posée à côté de lui, le réalisateur britannique de 88 ans affiche une allure tranquille. Pourtant, il est à lui seul un monument du cinéma. Alien, Blade Runner, Gladiator, Thelma et Louise, La chute du Faucon noir, Seul sur Mars… Autant de films cultes qui auront façonné un univers visuel immersif et des récits désormais inscrits au panthéon du septième art.

Alors qu’il sort son 29e film, The Dog Stars, western post-apocalyptique avec porté par les excellents Jacob Elordi et Josh Brolin, le cinéaste reste affûté, joueur même, délivrant punchlines et anecdotes truculentes. Avec toujours la même curiosité et cette envie de conquérir de nouveaux territoires. Rencontre avec un maestro.   

Vous avez façonné un pan de la science-fiction sur grand écran avec des films comme Blade Runner ou Alien. Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’univers post-apocalyptique plus intime et humain de The Dog Stars ?

Ridley Scott : Parce que j’essaie de ne pas me répéter. Je cherche toujours à faire quelque chose de différent. La plupart du temps, c’est moi et mon équipe qui développons nos propres histoires. Mais là, ce projet est arrivé sur mon bureau comme Seul sur Mars. Je l’ai lu et je me suis dit : « Waouh, c’est intéressant« . C’est le genre de chose qui doit se faire sur un coup de tête, et je peux me le permettre.

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Est-ce plus effrayant de réaliser une vision du futur qui pourrait arriver demain que de dépeindre de la pure science-fiction ?

Ridley Scott : Non, au contraire. On utilise le fait que ce futur soit très proche. On nous dit qu’on arrêtera les énergies fossiles d’ici 2035… Il vaut mieux s’arrêter avant, les gars, c’est bientôt fini ! La fonte des glaces, les dômes de chaleur… Ce n’est pas un hasard, nous en sommes responsables.

J’utilise donc ce que j’ai et ce que je sais pour nourrir le film. Je ne veux pas que l’histoire soit dépressive, mais je veux que les gens fassent attention. Si cela peut faire une toute petite différence, c’est déjà ça. Ce qui se passe en ce moment est vraiment insensé.

Selon vous, quelle est la plus grande menace pour notre monde aujourd’hui ?

Ridley Scott : Je ne peux pas vous le dire, sinon je risque de me faire arrêter. Je ne dirai rien.

C’est donc d’ordre politique ?

Ridley Scott : Je ne dirai rien (petit sourire).

Jacob Elordi représente une nouvelle génération d’acteurs et vous avez toujours eu un oeil aiguisé pour vos premiers rôles. Qu’avez-vous vu en lui de particulier ?

Ridley Scott : J’ai souvent besoin d’une histoire avant de dormir et je cherche des choses tranquilles à regarder pour réussir à m’endormir. J’ai tendance à regarder les chaînes indépendantes, comme la BBC ou la BFI. Un soir, j’ai vu une série où Jacob Elordi jouait un médecin de famille en Australie qui s’engage dans l’armée au début de la Seconde Guerre mondiale et finit dans un camp de prisonniers japonais (The Narrow Road – Ndlr).

Je me suis régalé pendant ces huit heures fascinantes et je me suis demandé : « Qui est ce gars ? ». C’est comme ça que ça a commencé. J’ai fait des recherches et j’ai vu qu’il était une grande star en devenir.

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Dans vos films, vos héros font souvent face à des environnements brutaux. Pensez-vous que cela fait de vous un bon survivant ?

Ridley Scott : Oui, j’ai tous les éléments pour survivre. J’aurais des armes, c’est sûr. Je serais un peu un bagarreur. J’apprendrais même à piloter un avion. En temps normal, voler ne m’intéresse pas du tout — une fois là-haut, on fait quoi ? — mais cela devient très utile.

Le problème du futur, c’est que l’essence se transforme en sirop au bout de cinq ans. On a donc besoin de chevaux. Je deviendrais sûrement fermier, un personnage de western. C’est pour cela que dans le film, le père joué par Guy Pearce survit : c’est un éleveur. 

Vous auriez pu être un cowboy ?

Ridley Scott : Oui, je pense. J’ai appris à monter très jeune. J’étais debout sur mon cheval au grand galop, je pouvais monter et descendre au galop comme un Comanche ! Je voulais d’ailleurs être un cowboy à 16 ans. J’ai appris l’équitation à l’étranger, mais en rentrant en Angleterre, nous n’en avions plus les moyens. J’ai dû arrêter, mais j’ai toujours gardé l’idée de faire un western un jour.

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Dans un monde post-apocalyptique, quelle forme d’art ou de culture vous manquerait le plus ?

Ridley Scott : La peinture. J’ai fait sept ans d’école d’art, puis j’ai arrêté parce que j’étais dans l’ombre de David Hockney ou de Kitaj, dans la même école. Des peintres majeurs comme Lucian Freud ou Francis Bacon venaient donner des cours pour gagner un peu d’argent. Donc si je devais survivre, j’aurais besoin de pigments pour peindre. Je peins beaucoup depuis 10 ans. Quand je suis en vacances en France, je peins huit heures par jour le week-end. Ça vous retape, même avec le décalage horaire.

À quand une exposition de vos peintures ?

Ridley Scott : Pas encore. Peut-être un jour. La peinture est une évolution, on ne commence pas directement par l’abstrait, il faut y arriver. Moi, je peins du figuratif

Quel est votre secret pour rester aussi affûté et productif alors que d’autres réalisateurs mettent la pédale douce avec l’âge ?

Ridley Scott : J’ai de la chance. C’est comme le sport : on ne peut pas s’arrêter ou prendre sa retraite, puis recommencer. Mon sport préféré était le tennis. Mais je ne jouais jamais avec des amis, c’était trop ennuyeux. Toujours avec un pro – j’étais presque à son niveau. Mais mes deux genoux sont détruits à cause de ça ! Quand je vois des joueurs d’aujourd’hui devoir prendre leur retraite à 40 ans… C’est déprimant de devoir arrêter ce qu’on aime à cet âge, alors que moi, j’ai commencé ce que j’aime [la réalisation] à 40 ans. Oui, j’ai eu une chance folle.

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