Produit par le studio indé A24, « Backrooms » du très jeune Kane Parsons débarque dans les salles françaises ce 17 juin 2026. Auréolé d’une solide hype, ce long-métrage est d’ores et déjà l’un des objets de curiosité les plus scrutés du cinéma de genre. Reste une question : faut-il vraiment se perdre dans ce labyrinthe mental ?
Introduction
Californie, 1990. Clark (Chiwetel Ejiofor) gère un magasin de meubles défraîchi dans une zone industrielle paumée. Alcoolique, fraîchement séparé de sa femme, il a le sentiment que sa vie part à vau-l’eau et s’en ouvre régulièrement à sa psychothérapeute, Mary (Renate Reinsve). Un soir, alors qu’il erre dans les allées désertes de son établissement, il découvre une étrange ouverture dissimulée dans un mur. Une découverte qui va le faire basculer dans une autre dimension.
Backrooms (« arrière-salles » en français) est le fruit de l’imagination — un brin tordue — de Kane Parsons, 20 ans à peine. Le film est l’adaptation à grande échelle d’une web-série virale que le jeune homme, alors âgé de 16 ans, avait publiée en 2022 sur sa chaîne YouTube Kane Pixels.
Flairant le bon coup, le toujours très inspiré studio A24 a décidé de produire le premier long-métrage de ce geek surdoué à hauteur de 10 millions de dollars. Jackpot : porté par une campagne marketing virale et le folklore numérique, Backrooms a signé un démarrage canon de 118 millions de dollars et a déjà engrangé près de 262 millions de dollars de recettes — devenant le plus gros succès commercial de l’histoire d’A24.
Un triomphe inattendu qui coïncide avec celui d’un autre film de genre, le très réussi Obsession de Curry Barker, 26 ans (286,5 millions de dollars de recettes pour un budget de… 750 000 dollars). Pas de doute : l’air du temps est aux propositions audacieuses, au low-budget, aux jeunes pousses issues d’Internet et à une horreur plus DIY que spectaculaire. De quoi nourrir une immense attente.
Alors, la hype vaut-elle vraiment le jump scare ? Pas complètement.
Du mythe numérique au phénomène mondial
Tout d’abord, il faut reconnaître à Kane Parsons le talent d’avoir réussi à recréer un univers instantanément iconique. Néons qui grésillent, plafonniers aveuglants, murs jaune pâle, mobilier rétro : avec son dédale de couloirs désertés et ses espaces oppressants, Backrooms se situe à mi-chemin entre le minimalisme radical de Cube (1997) et le cauchemar bureaucratique de la série Severance.
Une direction artistique fondée sur l’esthétique de l’« espace liminal« , qui a émergé à la fin des années 2010 via une image postée sur le forum 4chan et n’a cessé de fasciner des légions d’internautes depuis.
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C’est de cette accumulation de détails ordinaires vidés de toute présence humaine qu’émerge la sensation de malaise diffus et d’étrangeté familière.
En parcourant ces pièces vides et silencieuses, Backrooms prend le contre-pied de nombreux films d’horreur où la menace se fait omniprésente, grouillante ou assourdissante. Ici, les angles — morts — du décor deviennent des pièges pour le regard et des tremplins pour l’imagination. Et l’utilisation de la caméra au poing (toujours aussi efficace depuis le succès phénoménal de Blair Witch) participe à cette immersion hypnotique. Mais c’est aussi précisément là que réside la faiblesse de Backrooms.

Un casse-tête cérébral
Car si le concept des « Backrooms » est extraordinairement puissant sous forme de photo ou de vidéos YouTube de quelques minutes, que raconte-t-il dans un long-métrage de près de deux heures ? Kane Parsons répond par l’atmosphère plutôt que par la narration, par le casse-tête cérébral plutôt que la peur viscérale.
Son Backrooms, qui s’apparente davantage à une installation d’art contemporain, finit par tourner à vide, notamment à mi-parcours, au détour d’un interminable dîner métaphorico-soporifique ultra-surligné. Et si elle s’achève sur un climax laissant la porte (grande) ouverte aux théories les plus folles, cette étrange déambulation paranoïaque frustrera probablement les amateur·rices d’horreur pure. Une expérience qui impressionne plus qu’elle ne terrifie.
Backrooms
Un film de Kane Parsons
Avec Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve
Sortie en salle le 17 juin 2026