Décryptage

Avant Starfield, la folle histoire de son développeur, Bethesda

06 septembre 2023
Par Vincent Oms
“Starfield” sort ce 6 septembre sur Xbox Series et PC.
“Starfield” sort ce 6 septembre sur Xbox Series et PC. ©Microsoft

Une fois n’est pas coutume, le glorieux passé de l’une des institutions du jeu vidéo n’a pas grand-chose à voir avec son actualité.

L’effet papillon s’invite régulièrement dans l’histoire du jeu vidéo. Foisonnant dès ses débuts, le média part ex nihilo dans toutes les directions, mais recherche malgré tout une forme, sinon de rentabilité, au moins de reconnaissance. À ce titre, en 1986, Christopher Weaver, le fondateur de Bethesda, sait exactement ce qu’il recherche : un premier succès, synonyme d’un avenir potentiel pour la jeune société. Le nom de son entreprise lui vient de sa ville « natale » du Maryland, où le futur géant du jeu a connu des débuts plutôt surprenants, pour qui n’en connaît que les plus fameux RPG. Un peu moins de 40 ans avant Starfield, le studio avait en effet le regard porté sur la terre ferme.

Avant Starfield, le field goal

La première tentative de Bethesda est un essai joliment transformé. Ou plutôt un « touchdown », pour reprendre le jargon de la version américaine du football. Avec Gridiron!, le développeur crée tout simplement la première simulation sportive s’appuyant sur des principes physiques.

©Bethesda

Le choix d’un sport aussi populaire aux États-Unis assure d’emblée un phénomène de bouche à oreille parmi les adeptes de la discipline, forts nombreux à l’évidence. Gridiron! sort sur micro-ordinateurs, les antiques et glorieux Commodore, Atari ST ou Amiga. Mais les possesseurs de ces machines ne sont pas les seuls à remarquer cette simulation révolutionnaire.

“It’s all in the game”

Désireuse de se lancer, elle aussi, dans les jeux de sport, avec le succès que l’on connaît aujourd’hui, Electronic Arts contacte en effet Bethesda pour l’aider dans le développement de ce qui deviendra la pierre angulaire de ses futurs hits : John Madden Football. Malgré des désaccords en cours de route, les deux sociétés en ressortiront gagnantes.

©Electronic Arts

D’un côté, avec une manne financière pour le jeune studio. De l’autre, EA se dote d’un moteur à même de lancer ses jeux de basket, de hockey sur glace et surtout de football. On peut donc affirmer que Bethesda a sa part, d’une certaine façon, dans le long règne de FIFA. Plus tard, les créateurs de Gridiron! lanceront une petite série de jeux de hockey sur glace s’appuyant sur le nom prestigieux de Wayne Gretzky.

Elder Scrolls, les rouleaux compresseurs

1990 marque de nombreux changements pour Bethesda. Avec d’abord un déménagement qui lui fait quitter sa ville de baptême, mais surtout le développement d’une licence de jeu de rôle, plus connue celle-ci, qui bâtira la réputation de la firme : The Elder Scrolls.

En 1994, The Elder Scrolls: Arena lance la star du studio, dont les nombreuses suites connaîtront leur apogée avec Oblivion (le quatrième volet) et bien évidemment Skyrim, dernier épisode en date. La société grandit, absorbe d’autres studios en chemin, diversifiant ses activités, notamment avec l’exploitation assez large de l’univers du film Terminator de James Cameron, avec pas moins de cinq adaptations de 1990 à 1996.

Indépendance salvatrice

Bien que cela ne soit clairement pas la partie la plus fun, ni pour les lecteurs ni pour les journalistes, il faut aussi évoquer la transformation du développeur en éditeur. Un changement qui lui permet d’assurer des bénéfices en hausse et surtout de garder une indépendance essentielle dans les longs et coûteux développements de ses RPG.

Morrowind, Oblivion ou Skyrim ont ainsi posé les jalons du RPG occidental moderne, parfois au prix fort. Des bugs inévitables dans un océan de possibilités nouvelles, des idées occasionnellement mal reçues…

Mais rien qui n’entrave la marche en avant de ces précurseurs et leur inventivité sans égale ou presque. On se souviendra, avec amusement, que le premier DLC à avoir fait polémique, avant de devenir la norme, était une armure de cheval dans The Elder Scrolls IV. En 1999, Bethesda donne naissance à ZeniMax, une filiale qui sera le cheval de Troie administratif et financier de sa croissance et de sa soif de grandeur.

Doom scroll” et nucléaire

Parmi les acquisitions majeures de Bethesda, on citera en 2007 la franchise Fallout, qui, comme une évidence, trouve là une nouvelle maison après sa création chez Interplay. Les points communs et les ponts entre l’univers post-apocalyptique de Fallout et l’heroic fantasy propre à The Elder Scrolls contribuent à ouvrir de nouveaux horizons aux mécaniques imaginées par les développeurs de Bethesda.

Là encore, on peut affirmer que ce rapprochement a joué un rôle dans le futur Starfield. En 2009, c’est au tour du légendaire studio iD Software de rejoindre le giron de ZeniMax. Les créateurs de Doom ont produit tout à la fois des licences inédites pour leur nouvel éditeur, telles que le mésestimé Rage, mais surtout des déclinaisons de leur titre phare, Doom, dans une version « fast FPS » diabolique.

Mélange explosif

Comme nous l’évoquions plus haut, l’arrivée de Fallout au sein des studios ayant donné naissance à The Elder Scrolls n’a pu que donner l’idée de nouveaux horizons à explorer. À ce titre, Starfield, dont les balbutiements précédant le développement dateraient de 2012, au sortir de Fallout 4, marque une prise de risque énorme de la part de Bethesda.

Un changement d’univers, un processus de création long et unique, puisqu’il s’agissait là de la première licence originale depuis 25 ans. Et, comme un paradoxe, c’est en visant les étoiles que le petit studio devenu un éditeur géant a, en 2021, vu Microsoft le racheter, lui aussi dans sa quête d’ascension vers l’infini.

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Article rédigé par
Vincent Oms
Vincent Oms
Journaliste