Décryptage

Dans l’ombre des ténors du RPG, SaGa Emerald Beyond a-t-il aussi sa carte à jouer ?

26 avril 2024
Par Valérie Précigout (Romendil)
“SaGa Emerald Beyond” est disponible sur PC, PS5, PS4, Switch, iOS et Android.
“SaGa Emerald Beyond” est disponible sur PC, PS5, PS4, Switch, iOS et Android. ©Square Enix

Bien qu’elle ait commencé son parcours il y a déjà 35 ans, la série de jeux de rôle SaGa reste une énigme pour le public occidental. Surtout en Europe, où il aura fallu attendre la venue de SaGa Frontier 2 pour découvrir cette autre grande franchise de Square Enix. Dans l’ombre de Final Fantasy et des ténors du RPG, à qui s’adresse vraiment SaGa Emerald Beyond ?

Lancé en 1989, soit deux années seulement après les débuts de Final Fantasy au Japon, le premier volet de la franchise SaGa est un paradoxe. Au lieu de verser dans la simplification des mécaniques du jeu de rôle pour s’adapter à l’écran monochrome de la Game Boy, le titre expérimentait au contraire un système de jeu complexe qui augurait déjà d’une série à ne pas mettre entre toutes les mains. Renommée Final Fantasy Legend pour les joueurs occidentaux, la trilogie originelle reste un cas à part dans l’histoire du RPG.

Bande-annonce de lancement de SaGa Emerald Beyond.

Aujourd’hui encore, le nom de SaGa fascine autant qu’il effraie, du moins chez ceux qui ont eu la curiosité de s’y intéresser. Injustement méconnue du grand public, sa popularité à l’international est aux antipodes de celle qui a fait la renommée de son éditeur : Final Fantasy.

Une SaGa à contre-courant

Il faut dire que la franchise est longtemps restée difficile d’accès pour le public occidental qui ne voyait arriver les jeux de rôle japonais qu’au compte-goutte. Les aléas de la localisation ont ainsi privé les joueurs européens de tout un pan de l’histoire du J-RPG jusqu’à l’arrivée de SaGa Frontier 2 en 2000 sur PlayStation.

Mais le public peine à déceler une véritable continuité au sein de la franchise. Aujourd’hui encore, même si les deux trilogies fondatrices (Final Fantasy Legend et Romancing SaGa) sont désormais disponibles sur la plupart des machines actuelles, ces titres restent résolument calibrés pour les inconditionnels du retro gaming.

©Square Enix

Durant ces 20 dernières années, Square Enix a bien tenté de donner un nouveau souffle à la franchise à l’aide de remasters et de volets inédits. L’épisode SaGa Scarlet Grace a même eu droit à une réédition baptisée Ambitions sur de très nombreux supports. Mais seuls les initiés ont réellement entendu parler de ces sorties qui restent encore trop confidentielles. En sera-t-il de même avec SaGa Emerald Beyond ou bien les enjeux sont-ils cette fois bien réels ?

Cinq scénarios évolutifs

À qui s’adresse donc SaGa Emerald Beyond au-delà du cercle très fermé des puristes du J-RPG ? La bonne nouvelle est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir joué à un précédent volet de la franchise pour profiter de celui-ci. Pour permettre aux non-initiés de se faire une idée, Square Enix a même eu la très bonne idée de déployer pas moins de trois démos différentes pour présenter une vision concrète du jeu en amont de sa sortie le 25 avril.

Selon le support sur lequel est téléchargée la démo (PC, PS5/PS4 ou Nintendo Switch), celle-ci donne accès à un scénario spécifique pour trois protagonistes différents. Cette démarche est d’autant plus pertinente que la grande force de la franchise réside justement dans la multiplicité de ses histoires, et SaGa Emerald Beyond ne fait pas exception. La version finale du jeu comporte un total de cinq scénarios distincts.

SaGa Emerald Beyond – Présentation de Tsunanori Mido.

Le fait de démarrer l’aventure en changeant de personnage renouvelle aussi largement les possibilités offertes en combat. Il suffit par exemple de comparer les premières heures des scénarios de Tsunanori et d’Ameya pour s’en convaincre. Alors que le jeune homme peut compter sur la présence de nombreux pantins animés pour le protéger, la demoiselle est une sorcière dépossédée de ses pouvoirs qui entame l’aventure quasiment seule.

©Square Enix

Cela modifie évidemment la façon d’appréhender les combats, d’autant que le système mis en place dans cet épisode exige une bonne compréhension de ses subtilités pour être correctement maîtrisé.

Briser les stéréotypes

Rien qu’en examinant les différents profils de héros sélectionnés pour faire vivre l’histoire de SaGa Emerald Beyond, on constate que les concepteurs n’ont pas tiré un trait sur leur volonté de se démarquer. Ici, les clichés qui affligent trop souvent les productions du genre sont proscrits. Sous ses airs de jeune premier, Tsunanori Mido est capable de se frayer un chemin dans le monde spirituel en manipulant des marionnettes ugutsu. Et les autres protagonistes ne sont pas en reste sur le plan de l’originalité. Dans la réalité, la sorcière Ameya Aisling est une simple écolière japonaise qui tente de reconstituer ses pouvoirs en collectionnant les chats.

La sorcière Ameya Aisling possède une double identité.

Plus étrange encore, le vampire Siugnas a été expédié au royaume des morts après avoir été chassé de son trône. Grâce à ses anciens compagnons devenus ses frères d’armes, il est prêt à prendre sa revanche sur son destin. Et que penser de la chanteuse mécha Diva No. 5 qui est contrainte d’abandonner son corps humanoïde lorsqu’elle se retrouve privée de sa voix pour avoir osé interpréter un morceau interdit ? Le petit robot qu’elle devient alors compte parmi les innombrables bizarreries imaginées par le créateur du jeu Akitoshi Kawazu et son équipe afin de surprendre même les habitués de la série.

Bonnie & Formina, un duo vraiment original sur la scène du J-RPG.

Car tous ces individus aux profils inhabituels se distinguent aussi par leur design très singulier, ce qui contribue à rendre le titre unique en son genre. Le cinquième scénario est même jouable en duo avec deux agents féminins qui agissent de concert. Fraîchement enrôlées dans les forces de police pour enquêter sur l’assassinat d’un Président, Bonnie et Formina ne ressemblent à rien de ce à quoi le J-RPG nous a habitués. Autrement dit, ce n’est pas parce que la série fête son 35ᵉ anniversaire qu’elle n’est pas capable de se moderniser.

Une histoire à tiroirs

Mais le système de jeu propre à cet épisode est-il pour autant ancré dans la modernité ? Sachant que le titre ne peut pas compter sur un budget de production comparable à celui d’un Final Fantasy VII Rebirth, le fond prime logiquement sur la forme. Il faut donc oublier tout de suite l’idée de se perdre dans des environnements vertigineux pour se concentrer sur une narration composée d’écrans fixes et de choix à effectuer. Car c’est bien là-dessus que se concentre le soft : chacune de nos décisions ouvre et ferme un éventail d’embranchements multiples dont il est impossible de déterminer le nombre.

©Square Enix

Tout est fait pour nous inciter à rejouer les moments cruciaux afin d’explorer des cheminements narratifs différents qui nous permettront de découvrir de nouveaux alliés et d’autres adversaires à combattre. En somme, il faut accepter l’idée de ne voir qu’une fraction des possibilités offertes par le jeu à chaque nouvelle partie, ce qui rejoint la logique des cinq scénarios indépendants.

©Square Enix

Tous ces embranchements se matérialisent sous la forme de lignes du destin débouchant sur toujours plus de choix possibles à travers les 17 univers interconnectés. Mais cela se fait forcément au détriment de l’exploration qui se voit réduite à sa plus simple expression.

Stratégie de groupe

S’il veut sortir victorieux des combats au tour par tour, le joueur doit s’appuyer uniquement sur la manière dont il a pu renforcer son équipe entre chaque bataille. Mieux vaut donc connaître sur le bout des doigts les avantages et les faiblesses de chaque compétence pour ne pas laisser les affrontements s’éterniser. En jouant sur les nombreuses possibilités de combos, on peut même influer sur l’ordre des tours d’action pour faire intervenir l’ensemble de nos alliés dans un assaut dévastateur.

©Square Enix

Le jeu renferme ainsi un potentiel stratégique indéniable et la victoire s’obtient parfois sur le fil du rasoir. Mais la formule risque tout de même de déconcerter les nouveaux venus, d’autant qu’il faut être à l’aise avec l’anglais pour profiter correctement de l’aspect très narratif du jeu. Ce n’est probablement pas encore cette fois-ci que le dernier-né des SaGa rejoindra le cortège des J-RPG grands publics, mais il pourra sans doute compter sur le bouche-à-oreille pour gagner un peu en notoriété.

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