Article

À l’origine : Skyblog, fresque de la jeunesse des années 2000

31 août 2023
Par Marion Piasecki
À l'origine : Skyblog, fresque de la jeunesse des années 2000
©Skyrock

Dans sa série « À l’origine », L’Éclaireur revient sur les débuts des technologies et d’Internet. Ce mois-ci, Skyblog.

Fin juin, une nouvelle a secoué toute une génération d’internautes : Skyblog allait définitivement fermer fin août. La BNF et l’INA ont décidé d’archiver des millions de skyblogs, considérés comme un trésor sociologique pour quiconque voudrait faire des recherches sur l’Internet des années 2000, en particulier leur utilisation par les jeunes. En effet, la fin de Skyblog marque nettement la fin d’une époque.

Une plateforme incontournable, puis dépassée

Skyblog a été créé en 2002 par Pierre Bellanger, également fondateur de la radio Skyrock. Son slogan, « Ici T libre ! », annonçait la couleur : il s’agirait d’un espace de liberté d’expression pour les jeunes. D’abord populaire auprès des auditeurs de Skyrock, son utilisation s’est ensuite étendue au-delà de ce public pour atteindre, à son apogée, plus de 33,5 millions de blogs.

La plateforme a cependant eu du mal à faire face à deux révolutions : celle des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, et celle des smartphones. Skyblog a beau avoir créé sa propre application pour iPhone en 2010, son utilisation était trop associée aux ordinateurs pour que les internautes sautent le pas. Bien que des milliers de visiteurs aient continué à se connecter jusqu’à sa fermeture, la plateforme était de plus en plus délaissée, pour finalement être reléguée au passé d’Internet et non à son présent.

Quelques blogs parmi tant d’autres

Parmi ces millions de blogs, il y a les miens. Je suis un pur produit de la génération Skyblog : en 2007, quand il était 17e site mondial, j’avais 13 ans. Je n’ai jamais écouté Skyrock de ma vie, mais, parce que tous les gens de mon âge avaient un Skyblog, j’en ai créé un aussi. Puis un autre, un autre encore. Au total, j’en ai eu cinq ou six au cours de mes années collège.

Pour s’offrir une petite dose de nostalgie, rien de tel que le compte Instagram skyblog_museum.

Je n’y écrivais certainement pas en langage SMS, mais j’étais friande de couleurs, de caractères spéciaux et de smileys pour rendre mon blog plus « stylé ». J’y partageais mes passions et mes inquiétudes, les livres que je lisais et l’impression de n’être à ma place nulle part au collège car « trop geek pour une fille ».

Skyblog pourrait d’ailleurs être considéré comme la plateforme où j’ai écrit mes premiers articles. J’y croisais des jeunes comme moi et y dévorais des articles sur la vie au collège, des fanfictions et des romans-photos fleuves sur Britney Spears réalisés avec des captures d’écran des Sims 2. Des amitiés s’y sont nouées et des disputes y ont éclaté. Puis ont coïncidé deux événements qui allaient signer la fin de ma période Skyblog : le passage au lycée et l’arrivée de Facebook.

Un symbole de l’Internet d’avant

Avec la fermeture de Skyblog se clôt définitivement le chapitre de l’adolescence de millions de personnes, mais pas seulement. En 2023, quelques irréductibles – notamment la communauté colombophile – étaient encore très actifs sur la plateforme et y publiaient de nouveaux articles chaque jour. L’événement est d’autant plus douloureux pour eux.

Ce reportage de 2005 montrait déjà les avantages et inconvénients des blogs : d’un côté, garder le lien avec ses amis ; de l’autre, les risques de cyberharcèlement.

Mais pourquoi être sur Skyblog en 2023 ? Par habitude, sûrement, mais aussi parce qu’il n’y avait pas la frénésie algorithmique des réseaux sociaux d’aujourd’hui. S’il y avait une forme de concours de popularité pour être blog star, quasiment personne n’espérait monétiser son contenu comme peuvent le souhaiter un nombre grandissant de jeunes débutant aujourd’hui sur les réseaux sociaux.

Certes, Skyblog n’était pas parfait – le cyberharcèlement existait déjà, par exemple –, mais il y avait une forme de sincérité, voire d’innocence, qui n’existe plus vraiment sur les réseaux sociaux. Même sur la forme, c’était beaucoup moins conformiste et minimaliste que ce que l’on peut voir sur les plateformes basées sur l’écrit comme Facebook ou X (Twitter) : fini les balises HTML pour ajouter des dégradés de couleur aussi esthétiques qu’illisibles sur son texte ; sur X, pour mettre du gras et de l’italique, il faut un compte premium. Deux sites, deux ambiances.

La plupart des internautes ont tourné la page, mais, face à des réseaux sociaux qui épuisent et déçoivent leurs utilisateurs, peut-être que les blogs finiront par connaître leur deuxième heure de gloire. Skyblog est mort, vive Skyblog ?

À lire aussi

Article rédigé par
Marion Piasecki
Marion Piasecki
Journaliste