Entretien

Zazie, pour Volatil : “Je trouve que l’humain fait moins de progrès que les progrès qu’il met en place”

07 octobre 2026

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Illustration
Zazie. ©Laurent Seroussi

Zen et made in love, Zazie ne cesse de pointer sa plume, bienveillante, mais piquante, là où ça fait mal, semant une zizanie réjouissante, comme en témoigne son 12e album, Volatil. Rencontre.

Introduction

Volatiles, les chansons de Zazie ne le sont pas. Au contraire, elles ne cessent de marquer les générations, en abordant des thématiques qui les concernent, comme aujourd’hui les avatars ou les violences faites aux femmes.

Pourquoi avez-vous choisi d’intituler votre album Volatil ?

“Volatil”, sans e, est un adjectif qui, en chimie, qualifie un état d’instabilité : l’instabilité de l’éther, de l’alcool à 90°, de l’essence, du prix de l’essence même. [Rires] Tout s’évapore. Cet état d’instabilité qualifie assez bien notre époque, je trouve. “Volatile”, avec un e, évoque lui l’animal qui prend de la hauteur ou de la distance par rapport à notre monde, assez instable.

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Ces oiseaux apparaissent sur la pochette et évoquent ceux du célèbre film d’Alfred Hitchcock.

C’est ce que je souhaitais. J’avais cette référence en tête, un peu inquiétante, mais peu importe si les gens ne la voient pas. Ces oiseaux, qui ne sont finalement que de simples pigeons, peuvent imager mes idées noires, mais aussi un filtre, celui qu’on prend parfois pour s’adresser aux gens.

Les jeux de mots et les punchlines, c’est tout un art chez vous. Les cultivez-vous depuis toujours ?

Non ! Je dois même faire l’inverse. En effet, je les pratique depuis que je suis jeune. Parfois, ils tombent bien, mais parfois non. Mon travail consiste à faire le tri et à ne pas sombrer dans la facilité : faire des jeux de mots à tout prix, qui pourraient apporter un contresens ou desservir mon texte.

La chanson Zazie.A évoque l’ère numérique. Comment l’envisagez-vous, notamment avec la démocratisation de l’intelligence artificielle ?

On se sert de l’intelligence artificielle en utilisant des plugins ou des sons qui peuvent être générés par elle, des sons synthétiques par excellence. Je n’ai aucun problème avec ça. Mais, de plus en plus, on se fait avoir par des gens qui utilisent l’IA générative en lui demandant : “Fais-moi une chanson à la Zazie, qui parle du beau temps et de la pluie, et qui dure trois minutes deux.” Il ne faut pas non plus en avoir peur. C’est comme l’arrivée de la télé, et de plein d’autres choses. Finalement, je trouve que l’humain fait moins de progrès que les progrès qu’il met en place. Le danger, c’est que l’IA nous échappe.

Zazie.A est-il une forme d’avatar ?

Oui, ce que serait un avatar de Zazie. Mais j’ai cette chance d’avoir compris qu’il valait mieux que je reste moi-même. C’est à la fois plus simple et ce qui fait que je suis toujours là aujourd’hui, même si je ne fais pas l’unanimité. Cette relation entre un avatar héroïque et qui vous êtes vraiment peut poser problème, devenir schizophrénique. Avec tous ces filtres qu’on voit sur les réseaux sociaux, on observe qu’on prend pour des réalités des choses qui ne le sont pas, un peu d’ailleurs, comme ces petites opérations de séduction que nous faisons tous. Ne soyons juste pas dupes !

Dans la chanson Qu’est-ce que tu nous chantes ?, vous prenez une nouvelle fois la défense des gens “différents”. Ça vous étonne de devoir le faire encore aujourd’hui ?

Ce genre de combat n’est jamais gagné. On ne peut que le constater tous les jours. Mais je trouve bien que les gens qui ne sont ni gros, ni homo, ni ceci ou cela puissent s’approprier mes chansons, pour éviter le communautarisme ou que ces sujets se ghettoïsent. Je continuerai régulièrement à prôner la liberté et l’amour, à travers des textes qui rappellent qu’à partir du moment où on ne fait de mal à personne, il n’y a pas de raison de ne pas rester soi-même, quel que soit le soi-même.

Y’a plus d’saisons fait aussi référence à une double actualité brûlante : l’écologie et les violences faites aux femmes. Comment avez-vous eu l’idée de les rassembler dans un même texte ?

Je cherchais à parler de l’indicible et de la barbarie, et donc du féminicide, un sujet très compliqué, d’autant plus quand on ne l’a pas forcément vécu de plein fouet. Je fais partie d’une génération qui, en tant que femme, a toujours dû slalomer entre les agressions. Il valait mieux que je sorte en jogging si je voulais éviter les problèmes. Mais, à l’époque, ça semblait normal. Puis, il y a eu Gisèle Pelicot. Les jeunes sont désormais plus sensibilisés à ces questions, mais elles restent toujours d’actualité. Là non plus, le combat n’est pas gagné.

©Laurent Seroussi 2026

J’ai donc voulu créer cette image de la nature versus le contre-nature, et donc me servir des incendies et des inondations pour évoquer la contre-nature de l’humanité, mais de manière subtile, sans qu’on s’y attende. Tout le monde sait que j’aime l’écologie, donc les gens vont se dire : “Elle nous refait sa chanson écolo.” Je voulais qu’ils ne voient pas cette violence venir, parce que ça se passe souvent comme ça dans la vie des femmes maltraitées ou battues. Cette violence surgit souvent de manière insidieuse dans les couples, car l’amour rend aveugle. Il se produit comme un glissement de terrain. Je trouvais bien d’aborder le sujet à travers le dérèglement climatique : un doux petit nuage qui se transforme en orage.

Le titre La Pompadour marque vos retrouvailles avec Christophe Willem. Êtes-vous toujours aussi proches ?

On ne s’est jamais trop quittés. J’ai écrit beaucoup de textes pour lui. On s’est croisés sur plusieurs scènes, aux Enfoirés. Il a beaucoup évolué et su s’affirmer. C’est toujours un plaisir de le retrouver. Il me fait rire. Madame de Pompadour était la maîtresse du roi Louis XV, très jeune, mais très intelligente. Elle devait descendre les escaliers et montrer qu’elle avait sa place, avec une forme de protocole vestimentaire visant à plaire aux hommes.

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En imaginant ce duo, j’ai voulu créer une symétrie masculine, car il y a aussi des hommes qui sont critiqués pour leur homosexualité ou d’autres différences : ventripotents ou rêveurs. Je voulais me moquer de ce monde qui se moque de nous et, pour ce faire, jouer avec Christophe à ce jeu de la séduction.

Le piano entre en scène dès l’ouverture du deuxième morceau, Zazie.A. Quel rapport entretenez-vous avec cet instrument ? Constitue-t-il la matière première de vos compositions ?

Pas forcément ! Je peux composer à la guitare, ou à partir de synthés et de loops. En fait, je joue un peu de tous les instruments, mais très mal. Il n’y a pas besoin d’être un grand musicien pour composer. Mais, en effet, pour cet album, je me suis penchée sur mon piano droit, qui a souffert de quelques déménagements. J’enregistrais avec un dictaphone. J’aimais ce son un peu lo-fi.

Par le passé, avec Édith Fambuena, nous avons beaucoup travaillé sur les matières, sur l’électronique. Il y en a ici aussi, mais je voulais que la base ressemble à des chansons qu’on entend dans le métro, dont on capte quelques harmonies, voix ou éléments du texte. Je vous rassure, je ne me suis pas arrêtée là. J’ai ensuite tout envoyé à des copains pour leur proposer de faire des maquettes. Mais je leur ai demandé d’arrêter en cours de route, de ne pas aller au bout de leurs intentions, pour tenter de conserver cette idée première. Au final, nous avons enregistré quasiment dans les conditions du live, dans un endroit génial, au domaine du Grand Sauvage, niché dans les Corbières.

Avez-vous recherché ici tout particulièrement un équilibre entre organique et synthétique ?

Oui. Je pense que c’est ce que nous recherchons tous dans ce monde : l’organique de l’humain et sa virtualité, de plus en plus présente. J’ai la chance de travailler avec des musiciens que je connais depuis très longtemps et qui sont toujours partants pour former un petit labo. Je suis très attachée à cette notion de collectif, jouer de la musique ensemble, comme on dirait : “Allez, viens, on va à la piscine !” C’est vraiment un jeu. La composition a toujours été, chez moi, très ludique, à l’inverse parfois de l’écriture, qui peut se révéler plus austère. Quand on se retrouve, on s’amuse. On a 8 ans d’âge mental, mais avec un peu plus d’expérience. On se renvoie la balle. Souchon disait : “Chanter, c’est lancer des balles.”

Votre tournée va commencer en mars 2027. Quelle allure prendra-t-elle ?

Il y aura une scénographie, en tout cas un décor. J’ai la chance d’être épaulée par Andi Watson, qui a fait les lumières des concerts de Radiohead. Ils l’appelaient “The Fifth Element”, car il compose vraiment avec la lumière. Il n’y aura pas d’oiseaux qui vont traverser la scène, mais on va essayer de trouver une allégorie qui permette à la musique de s’envoler.

Découvrir les dates de la tournée et prendre sa place.

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