Décerné par un jury d’artistes, le Prix Joséphine s’est donné une mission claire : décloisonner les genres musicaux, faire émerger de nouveaux talents et célébrer les artistes déjà installé·es. Présidée cette année par Pomme, l’édition 2026 a retenu dix albums, jugés sur leur exigence, leur originalité et leur audace. Parmi eux, la chanteuse franco-brésilienne Gildaa sélectionnée pour son album éponyme, sorti en mars dernier.
Introduction
Du violon au théâtre, en passant par une bonne dose de trac, Gildaa, finaliste du prix Joséphine 2026, a mis du temps avant d’oser chanter devant les autres. Elle en a gardé une phrase de Dostoïevski comme mantra, qui infuse aujourd’hui tout son disque Gildaa : « La beauté sauvera le monde ».
Comment définirais-tu ta musique à quelqu’un qui ne te connaît pas encore ?
C’est de la chanson à textes, à histoires, entre de la soul brésilienne et du jazz-pop.
Quel a été le déclic pour te lancer dans la musique ?
Alors, moi, j’ai commencé à jouer du violon quand j’avais cinq ans. Ça a été un déclic visuel et sensoriel : j’ai vu Anne-Sophie Mutter jouer à la télé, et j’ai su que je voulais faire ça.
J’en ai pratiqué pendant une dizaine d’années. Ensuite, j’ai fait du théâtre, puis j’ai commencé à composer pour les autres.
Le déclic pour me mettre à chanter devant les autres, ce n’est pas du tout un déclic, c’est que je m’y suis retrouvée. Et j’ai eu très peur la première fois. Je me disais même que je n’allais pas forcément continuer, parce que je voyais l’état de trac dans lequel j’étais. Puis, quand j’ai vu la réaction des gens, je me suis dit que c’était peut-être ça qu’il fallait que je fasse.
Est-ce que tu as des inspirations, dans le domaine de la musique ou ailleurs ?
Oui, j’en ai toujours. En ce moment, elles sont très variées. Il y a le quartet américain de Dvorák, Kaytranada – la deuxième chanson de son dernier album –, My Power de Beyoncé, Wild Is The Wind de Nina Simone, I’d Rather Go Blind d’Etta James, Bach – surtout les études –, Ilê Aiyê – le premier groupe d’afro-percussions au Brésil – et Stromae.
Quelle serait la collaboration dont tu rêverais ?
Stromae, j’aimerais beaucoup. Et après, j’aimerais bien faire quelque chose avec des artistes étrangers comme Kaytranada, justement, ou Ezra Collective. Il y a Pharrell, aussi.
Je repense à la rencontre entre Amy Winehouse et Mark Ronson. C’est le tournant qui l’a dévoilée au grand public, parce qu’on voit qu’elle est vocaliste. Son deuxième album va alors redonner du souffle au premier, qui avait fait beaucoup moins de ventes. Dans cet ordre-là, j’aimerais bien avoir une productrice comme Kaytranada. Même si je veux continuer à travailler avec ma famille.
Avec ta musique, il y a-t-il un message que tu souhaiterais faire passer ?
L’idée directrice, c’est ma phrase mantra, tirée d’un roman de Dostoïevski qui s’appelle L’idiot : « La beauté sauvera le monde. » Il faut replacer cette phrase dans son contexte pour comprendre. « L’idiot » est quelqu’un d’ostracisé par la micro-société dans laquelle il vit, et il est vraiment considéré comme un débile, un fou, un homme bizarre.
Et en fait, c’est la façon dont on va positionner le regard sur les gens étranges, ou les gens en marge, ou ceux qui sont aussi à la mode, qui va conditionner le fait de retrouver ou non la poésie qui en fait un lien dans la société – et qui est tellement nécessaire aujourd’hui.
Enfin, que représente ta sélection au Prix Joséphine 2026 ?
J’étais trop contente, je le voulais trop ! Déjà, j’adore les lauréats des années passées. J’avais été particulièrement touchée quand il y avait eu Bonnie Banane et Sophye Soliveau. Et j’aime le fait que le jury soit composé d’artistes, de personnes qui font partie de ce métier, qui nous ont vu évoluer, ou des gens qu’on admire et qui vont nous dire « Vas-y, go ! ».