Décerné par un jury d’artistes, le Prix Joséphine s’est donné une mission claire : décloisonner les genres musicaux, faire émerger de nouveaux talents et célébrer les artistes déjà installé·es. Présidée cette année par Pomme, l’édition 2026 a retenu dix albums, jugés sur leur exigence, leur originalité et leur audace. Parmi eux, le groupe de fusion Sarāb, sélectionné pour son album « Mīt warde », paru le 16 février.
Introduction
Né de la rencontre entre la chanteuse franco-syrienne Climène Zarkan et le guitariste Baptiste Ferrandis, Sarāb assume un métissage aussi musical que politique. Entre électro et questions coloniales, chants traditionnels d’Alep et injustices du monde actuel, le groupe de rock arabe, finaliste du prix Joséphine 2026, n’a pas peur de mettre des mots là où la musique, seule, ne suffit pas.
Comment définiriez-votre musique à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore ?
C’est un mélange de rock et de musique arabe. Il y a une narration un petit peu expérimentale – il faut aimer se faire surprendre. On a également un gros attrait pour la musique électronique, notamment pour trafiquer les voix, ainsi que pour les ambiances un peu technoïdes.
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Quel a été le déclic pour vous lancer dans la musique ?
L’argent (rires). Plus sérieusement, lorsqu’on nous nous sommes rencontrés, nos deux mondes musicaux se sont croisés aussi. Puis on a eu envie d’agrandir un peu la bande, et donc d’être Sarāb, à cinq sur scène.
Est-ce que tu as des inspirations, dans le domaine de la musique ou ailleurs ?
À la toute base, Climène m’a fait écouter des chants traditionnels d’Alep, un album incroyable d’un chanteur qui s’appelle Sabri Moudallal. Ça m’a beaucoup parlé, ça a fait fonctionner mon imaginaire, parce que je ne connaissais pas du tout. On a essayé de trouver des façons de rejouer ces morceaux, mais en étant d’ici. Et après, on a écrit pas mal de musiques qui restent dans ce milieu-là.
Comme inspirations, il y a Tigran Amasyan, Arooj Aftab, System of a Down, Fairouz, Black Midi. Des musiques britanniques et du Moyen-Orient. Voilà, c’est un peu ça, le croisement,
Quelle serait la collaboration dont vous rêveriez ?
Avec le collectif 1515, sélectionné pour le Prix Joséphine également.
Avec votre musique, y’a-t-il un message que vous souhaiteriez faire passer ? Quelle est votre ligne directrice ?
Je ne sais pas s’il y a un message qu’on veut faire passer, mais en tout cas, on essaye de porter notre musique pour parler de ce qui nous semble un peu injuste dans ce monde un peu sombre. Il faut qu’on se batte et qu’on se mobilise tous ensemble pour un monde meilleur, parce que c’est ce qu’il nous faut.
À travers notre musique, on essaie de réfléchir aux questions coloniales et d’en parler, d’évoquer des choses du passé, mais aussi celles qui se passent maintenant. On parle de la Palestine, par exemple. C’est important. On n’est pas sous les bombes, mais on essaie de mettre de la musique, de jouer dans des endroits militants, solidaires.
Enfin, que représente votre sélection au Prix Joséphine 2026 ?
Au vu des personnes qui ont été sélectionnées – il y a plein de gens qu’on écoute –, je trouve que c’est une grande fierté, parce qu’il y a beaucoup d’albums qu’on adore, que l’on trouve très qualitatifs, et en même temps, qui ne sont pas dans le chemin de l’industrie. Ce sont des gens qui font des pas de côté, des aventuriers et aventurières. C’est vraiment une grosse fierté, pour l’instant.