Entretien

Yasmine, notre talent du mois : “J’espère créer des chansons dans lesquelles chacun peut trouver un écho”

28 août 2026

Par Lisa Muratore

Illustration
Yasmine a dévoilé les single “7” et “Ma mère, c'est mon père”. ©Charlotte Steppé

Étoile montante du rap francophone, Yasmine est notre talent du mois. Avec déjà deux singles dévoilés et un EP en préparation, l’artiste belge et marocaine a réussi à imposer sa patte. L’Éclaireur l’a rencontrée pour parler de son univers et de ses projets.

Quel a été le déclic qui vous a donné envie de faire de la musique ?

La musique est arrivée très tôt dans ma vie. J’étais une enfant hyperactive et ma mère m’a inscrite à plusieurs activités, dont le piano. J’ai suivi une formation très classique, avec dix ans de piano et cinq ans de solfège. Ensuite, je me suis mise à reprendre des morceaux pour mes amis, puis à les poster en stories sur Instagram. Un jour, un producteur belge m’a proposé de poser ma voix sur un morceau R&B. C’était ma première expérience en studio et j’ai eu un véritable déclic.

En rentrant chez moi, j’ai commencé à enregistrer mes propres maquettes, puis, pendant le Covid, à apprendre la production sur GarageBand. Quelques années plus tard, j’ai rencontré mon binôme musical, Nico Saint-P. On s’est tout de suite compris et, depuis, on crée toute ma musique ensemble.

Yasmine. ©Charlotte Stéppé

Vous avez une formation très classique, mais votre univers est aujourd’hui ancré dans la pop urbaine et le rap. Comment s’est faite cette transition ?

J’ai grandi avec Bach et Chopin, mais aussi avec Diam’s, Vitaa, Amel Bent et le R&B. Puis il y a eu toute l’explosion du rap français. Je fais partie d’une génération qui a grandi avec cette musique, pour qui elle n’était pas marginalisée. Elle faisait simplement partie de notre quotidien.

Cette double influence explique pourquoi ma musique est hybride. J’ai une base classique, mais les musiques qui m’ont accompagnée sont le rap et le R&B. En revanche, je tiens à raconter mon propre vécu. Je ne veux pas emprunter les codes d’une culture qui ne correspond pas à mon histoire.

« Pendant longtemps, le fait d’avoir grandi seule avec ma mère était presque une fragilité. En grandissant, j’ai compris que c’était au contraire ma plus grande force. »

Yasmine

On retrouve également une forte influence orientale dans votre musique. Comment cette couleur s’est-elle imposée ?

C’est quelque chose que je ne m’autorisais pas vraiment à explorer au début. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes revendiquent davantage leurs origines, et ce mouvement m’a libérée. J’ai commencé à intégrer naturellement des mélodies inspirées de mes racines marocaines, sans même les chercher.

Aujourd’hui, je vois cette double culture comme une force. Dans Ma mère, c’est mon père, je voulais justement montrer que je suis aussi belge que marocaine, et que ces deux identités cohabitent pleinement dans ma musique.

Vos derniers singles, notamment Ma mère, c’est mon père, vous font connaître auprès d’un public de plus en plus large. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

C’est forcément très gratifiant d’être reconnue pour son travail. Mais ce qui me touche surtout, c’est que ce morceau est profondément personnel. Pendant longtemps, le fait d’avoir grandi seule avec ma mère était presque une fragilité. En grandissant, j’ai compris que c’était au contraire ma plus grande force.

J’avais envie de lui rendre hommage et de montrer que tout ce qu’elle m’a transmis me donne aujourd’hui une énergie incroyable. Ce morceau marque aussi un tournant : il récompense plusieurs années de travail et me donne l’impression que l’aventure commence vraiment.

Yasmine. ©Charlotte Steppé

Est-ce que l’écriture vous aide à mieux vous comprendre ? Votre musique a-t-elle une dimension thérapeutique ?

Oui, il m’arrive même de comprendre certaines choses sur moi après avoir écrit une chanson. Quand je la réécoute quelques jours plus tard, je réalise parfois ce que j’ai raconté sans en avoir pleinement conscience sur le moment.

Avec Nico, on travaille de façon très instinctive. Plus on avance, moins on réfléchit techniquement et plus les morceaux viennent naturellement. Ma mère, c’est mon père a été écrite en quelques heures seulement. C’est probablement le texte que j’ai composé le plus rapidement, justement parce qu’il parlait de moi. Aujourd’hui, je me sens aussi plus au clair sur mon identité artistique. Ce morceau a posé un cadre. Je peux continuer à explorer différentes sonorités, mais je sais désormais beaucoup mieux qui je suis musicalement.

Que pouvez-vous nous dire sur les morceaux qui composeront votre premier EP ?

Chaque chanson raconte une facette de ma vie. Après le morceau dédié à ma mère, j’en ai écrit un pour mes amis, qui sont ma véritable famille. Ils me soutiennent depuis mes premières reprises sur Instagram et il était important de leur rendre hommage.

Je parle aussi de certains épisodes plus difficiles de mon parcours. J’ai envie que les gens découvrent progressivement qui je suis. Ce qui m’a le plus touchée avec Ma mère, c’est mon père, c’est le nombre de personnes qui sont venues me dire qu’elles se reconnaissaient dans cette histoire. C’est exactement ce que j’espère avec les prochains titres : créer des chansons dans lesquelles chacun peut trouver un écho.

Yasmine. ©Charlotte Steppé

Musicalement, l’EP restera ancré dans une pop urbaine, mais avec plusieurs influences. J’écoute autant Billie Eilish que de la bedroom pop ou des artistes belges comme Iliona. Je ne veux surtout pas m’enfermer dans une seule esthétique.

Comment vivez-vous la scène aujourd’hui ? Est-ce différent du travail en studio ?

Longtemps, la scène m’a énormément stressée. Je n’aime pas particulièrement être le centre de l’attention, ce qui est assez paradoxal dans ce métier. Tout a changé au début de cette année, lors de la première partie de Danyl à Bruxelles. C’était la première fois que je présentais des morceaux qui me ressemblaient totalement, notamment Ma mère, c’est mon père. J’ai ressenti une vraie connexion avec le public.

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En sortant de scène, j’ai dit à mon manager que je voulais faire ça tout le temps. Depuis, je vois les concerts comme l’aboutissement de tout le travail réalisé en studio. C’est là que les chansons prennent réellement vie et que je mesure ce qu’elles provoquent chez les gens. Même à Paris, où je ne connaissais personne, entendre le public reprendre mes paroles m’a profondément marquée. C’est une sensation incroyable.

Comment s’annoncent les prochains mois et la suite pour vous ?

Depuis décembre, je me consacre entièrement à la musique. Nous finalisons actuellement l’EP, qui sortira à l’automne. On prend le temps de peaufiner chaque morceau et de faire intervenir d’autres musiciens pour enrichir les arrangements. Ensuite, il y aura beaucoup de concerts, de premières parties et de festivals. J’ai vraiment hâte de défendre ces morceaux sur scène. Et bien sûr, il y a déjà un premier album dans un coin de ma tête. Mais chaque chose en son temps.

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