Quelques heures avant son passage sur la scène du Rose Festival, Marguerite a accepté de nous faire entrer dans les coulisses de son monde. Alors qu’elle dévoile son single Cartable le 1er septembre, en préambule de son album Guérir attendu le 2 octobre, l’artiste nous a touchés par sa générosité, sa bienveillance et sa sincérité. Rencontre avec une voix aussi authentique que lumineuse, à l’image de ses morceaux.
La Star Academy vous a propulsée sous les projecteurs, et depuis, vous enchaînez les scènes, les festivals et les hits. Comment avez-vous vécu cette soudaine exposition ?
C’était à la fois merveilleux et un peu violent. La brutalité vient de la vitesse à laquelle c’est arrivé : je suis passée de l’ombre totale à une lumière intense. Mais c’était aussi hyper stimulant. Ma curiosité était constamment sollicitée, c’était une phase passionnante de ma vie. Aujourd’hui, avec la sortie de mon deuxième album, je suis heureuse de pouvoir aborder les choses de façon plus posée, avec davantage d’expérience. Je me connais mieux dans ces situations d’exposition, ce qui me permet d’anticiper et de vraiment me perfectionner dans mon métier.
Dans vos chansons, vous abordez beaucoup le thème de la sororité. Aviez-vous la sensation que ce sujet manquait à la chanson française ?
C’est avant tout un sujet qui s’impose dans notre société en général, que ce soit dans l’art ou dans notre quotidien. Ce sont des valeurs qui s’ancrent dans nos mécanismes sociaux, et la musique est naturellement le reflet de ces évolutions. Il était peut-être plus difficile pour les artistes féminines des générations précédentes d’aborder ces thèmes ou d’y trouver une audience, même si certaines le faisaient dans leurs discours, à côté de leurs chansons. Mais en réalité, ce que l’on entend aujourd’hui dans les chansons écrites par des femmes est le miroir d’un phénomène de société plus global.
Vous accordez une grande importance aux mots et à la littérature, et vos textes suscitent de vraies réflexions sur l’amour, l’amitié ou la féminité. Avez-vous à cœur de provoquer des questionnements profonds auprès de votre public ?
Ce n’est pas quelque chose que je prémédite, mais c’est plutôt la conséquence directe de mon processus de création : je passe au crible mes propres questionnements, mes confrontations d’idées et mes zones de friction face au monde. En livrant cette introspection dans mes textes, ça résonne forcément chez ceux et celles qui écoutent. Je n’ai aucune prétention à détenir une vérité absolue ou à imposer des opinions. Je choisis simplement de livrer, en toute vulnérabilité, mes interrogations et mes tentatives d’amélioration.
Vos morceaux sont effectivement très intimes. Est-ce naturel pour vous de vous livrer à ce point, ou avez-vous dû l’apprivoiser ?
Pour le moment, je suis très à l’aise avec cet exercice. En revanche, je pense que le fait de défendre sur scène des chansons qui ne parlent pas de mon histoire ou qui ne me touchent pas profondément me demanderait trop d’énergie. Je suis quelqu’un de sensible et un peu dramatique ; la musique est pour moi un moyen de m’explorer et de créer de la beauté avec ce qui a pu m’abîmer. Évidemment, ça m’expose à des réactions qui ne sont pas toujours sympathiques, mais dans tous les cas, les gens commenteront toujours ce que je fais. Donc j’ai décidé de mettre dans mes disques tout ce que je suis d’accord de partager, et je garde le reste pour moi.
La musique agit-elle comme une thérapie ou un moyen d’affronter vos peurs ?
Complètement. L’art est un formidable vecteur d’espoir et un besoin vital pour l’humain. Il a traversé toutes les crises de l’histoire et il continue de résister. Personnellement, la musique m’aide à affronter des choses que j’ai pu vivre. Dans mon processus d’écriture, je me dis souvent : “Si tu as peur d’aller explorer ce sujet, c’est précisément là qu’il faut aller”. C’est là que résident la fragilité et la beauté.
Les chansons sont aussi de formidables outils d’affirmation. Il y a des titres qui vous redonnent immédiatement de l’énergie pour affronter la journée, comme Bellevie. Quand je manque d’énergie avant un concert, chanter ces morceaux me reconnecte à leur force et leur joie. Mes amis me le rappellent souvent : je ne peux pas douter de moi alors que j’ai littéralement écrit un morceau qui s’appelle La boss !
Dans le titre Grandir, vous évoquez le passage à l’âge adulte. Est-ce que le temps qui passe vous effraie ?
Le temps qui passe en soi ne me fait pas peur. J’accepte totalement le cycle de la vie et je n’angoisse pas à l’idée de vieillir, d’avoir 30, 40 ou 50 ans. En revanche, ce qui peut être vertigineux, c’est la quête personnelle et la construction de son identité. Notre époque est saturée de représentations superficielles et de miroirs façonnés qui nous comparent sans cesse aux autres. Devenir adulte aujourd’hui, c’est essayer de bâtir la vie que l’on souhaite tout en naviguant au milieu de ces injonctions.
Tout en essayant, aussi, de préserver notre âme d’enfant…
Et en même temps, c’est une question qui est très compliquée en tant que femme. C’est un sujet qui m’a toujours révoltée, car j’ai toujours lutté contre cette infantilisation permanente. J’avais hâte d’être adulte pour échapper à ça, même si j’ai parfois le sentiment d’être passée à côté de certains aspects plus légers de l’enfance. C’est une navigation hyper bizarre.
Et la prochaine étape, c’est quoi ?
Dans quelques heures, j’annoncerai sur la scène du Rose Festival que mon nouveau titre, Cartable – qui sert d’introduction à mon nouvel album intitulé Guérir –, sortira le 1er septembre. L’album paraîtra quant à lui le 2 octobre, et s’ensuivra une grande tournée à partir de mi-novembre qui m’amènera dans toute la France avec des passages à l’Olympia, au Zénith de Paris, mais aussi au Bikini à Toulouse en janvier. J’espère que ça se prolongera avec les festivals d’été. Et après tout ça… j’irai enfin dormir ! [Rires]