Avec L’invitation, Olivia Wilde offre un huis clos entre comédie et réflexion sur le couple bien sentie mené par un quatuor convaincant. Critique.
Introduction
Dans Don’t Worry Darling (2022), Olivia Wilde s’intéressait déjà au couple. En filmant les mécanismes de l’emprise dans le thriller porté par Florence Pugh et Harry Styles, la réalisatrice offrait un long-métrage sombre sur les affres du patriarcat. Aujourd’hui avec L’invitation, la cinéaste américaine dissèque à nouveau les relations amoureuses en privilégiant la comédie ; un genre qu’elle avait déjà abordé avec le féministe et inspirant Booksmart (2019), disponible sur Netflix.
Avec L’invitation, Olivia Wilde livre un film plus léger que son précédent, se frottant par ailleurs à l’exercice du remake. Tiré du film espagnol Sentimental, le long-métrage a d’abord été adapté Europe — notamment en France où il a été baptisé Et plus si affinités (2024) — avant de débarquer outre-Atlantique. Et il réunit ce qui constitue depuis plus de 10 ans la filmographie d’Olivia Wilde en tant que metteuse en scène, notamment à travers la représentation d’héroïnes déterminées à reprendre le contrôle sur leur vie.
C’est en tout cas ce que l’on comprend du personnage d’Angela (incarnée par Olivia Wilde elle-même) lorsqu’elle décide d’inviter ses voisins, Pina (Penélope Cruz) et Hawk (Edward Norton) à dîner malgré les réticences de son mari, Joe (Seth Rogen). Autant intriguée que fascinée par le couple dont les ébats amoureux habitent ses nuits, Angela décide de réunir tout ce beau monde dans leur appartement, spécialement redécoré pour l’occasion. Au programme : un plateau de fromage, du « jamón » et quelques confessions sexuelles.
Un huis clos à l’américaine
En offrant un remake américain à Sentimental, Olivia Wilde propose un huis clos imprégné du cinéma américain indépendant. Grâce à ce style qui teinte à la fois sa mise en scène et les dialogues, la cinéaste parvient à s’approprier le film et à en faire un objet cinématographique unique.
Bien que L’invitation repose sur les mêmes révélations ou dynamiques, la réalisatrice y voit l’occasion de mener une réflexion sur le couple moderne, la pluralité des relations, la liberté sexuelle et l’affirmation des fantasmes féminins, plutôt qu’une franche comédie basée sur un comique de situation et des quiproquos.
L’invitation est aussi un moyen d’étudier le voyeurisme, les relations de voisinages à travers le prisme de l’envie ou de la jalousie. Autant de sujets qui irriguent le récit de ces quatre voisins que tout semble opposer.
Un quatuor sexy
Olivia Wilde y appose aussi une fibre plus sexy que son homologue français. Il faut dire que l’artiste sait s’entourer. En réunissant Penélope Cruz et Edward Norton à l’écran dans le rôle d’un couple à la sexualité débridée, la cinéaste impose une patte magnétique. L’actrice espagnole incarne avec passion la charismatique Pina, rappelant parfois à nos mémoires la ténébreuse Maria Elena de Vicky Cristina Barcelona (2008) tandis que son partenaire Hawk est un subtil mélange entre charme maladroit et émotion. Assurément le personnage le plus intéressant et surprenant de ce huis clos.
Seth Rogen, pour sa part, fonde l’argument le plus comique de L’invitation. En interprétant un fumeur de pétards malheureux en ménage après une carrière musicale avortée, le comédien offre une partition presque méta. Pour l’occasion, Olivia Wilde s’associe à son partenaire de The Studio et forme, à ses côtés, un duo tristement drôle.
On regrettera peut-être le rythme du film qui peine parfois à atteindre la tension ou les éclats attendus. Malgré cela, L’invitation est une proposition cinématographique imprégnée de la patte de sa réalisatrice et de son quatuor d’acteurs. Entre comédie de mœurs et essai sur le couple, le film attendu le 16 septembre dans les salles obscures françaises s’inscrit parfaitement dans la filmographie de sa metteuse en scène, loin de la simplicité du remake.