Sous ses blagues douteuses et son optimisme à toute épreuve, Ted Lasso cache un personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît. Drôle, faillible et profondément humain, il a réussi à renouveler la figure du héros bienveillant sans sombrer dans la mièvrerie.
Introduction
Alors que Ted Lasso est de retour ce 5 août sur Apple TV pour une quatrième saison consacrée à l’équipe féminine de Richmond, son héros retrouve le terrain, moustache de shérif et biscuits maison compris. Créé par Jason Sudeikis, Bill Lawrence, Brendan Hunt et Joe Kelly, Ted est bien plus qu’un coach en survêtement : une anomalie télévisuelle devenue redoutablement attachante.
Pourquoi n’est-il pas seulement « le gentil » de service ?
Né dans des publicités de NBC Sports, cet entraîneur américain débarque en Angleterre sans connaître le hors-jeu et persiste à appeler le football « soccer ». Jason Sudeikis en fait pourtant un personnage dont la naïveté n’est jamais synonyme de bêtise. Il partage avec Michael Scott (The Office) ce goût des tirades embarrassantes, mais sans ce besoin maladif d’être aimé.

Ted comprend peu le jeu mais très bien les joueurs. Il sait que Roy Kent grogne comme un réfrigérateur dans un escalier, que Jamie Tartt cache sa peur sous une coiffure de boy band et que Rebecca n’a pas besoin d’un employé docile. À rebours des entraîneurs galvanisateurs de Friday Night Lights, il dirige moins par le discours que par l’attention accordée aux failles de toutes et tous.
Comment éviter l’overdose de bons sentiments ?
La série flirte avec le risque du mug à message positif : Ted distribue les aphorismes, accroche « Believe » au-dessus d’une porte et apporte chaque matin à Rebecca ses « Biscuits with the Boss ». Dans une autre fiction, il faudrait probablement le pousser dans la Tamise avant la fin du pilote. Son enthousiasme rappelle par moment celui de Leslie Knope dans Parks and Recreation, avec une nuance moins solaire : chez lui, l’optimisme ressemble plutôt à une digue.

Sa gentillesse possède pourtant des dents. Lors d’une partie de fléchettes face à Rupert, qui le prend pour un imbécile, Ted raconte qu’on l’a sous-estimé toute sa vie avant de lâcher un « barbecue sauce » et de planter le tir décisif. Il ne répond ni par le sarcasme de Dr House ni par la brutalité d’un antihéros : il laisse simplement l’arrogance adverse faire tout le travail.
Qu’y a-t-il derrière les blagues ?
Ted parle beaucoup parce que le silence lui laisse trop de place pour penser. Ses calembours et son double maléfique Led Tasso forment un système de défense. Son divorce, l’éloignement de son fils et le suicide de son père fissurent peu à peu l’optimiste professionnel. Face à la psychologue Sharon Fieldstone, il devient méfiant, injuste, parfois enfantin.

Le personnage était plus agressif dans les sketches publicitaires qui l’ont vu naître ; Sudeikis l’a adouci pour répondre à une époque saturée de mépris. Il ne joue pourtant jamais Ted comme un saint : une plaisanterie arrivée une seconde trop vite suffit à révéler la panique sous le sourire.
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Ted Lasso reste l’un de nos personnages préférés parce qu’il réussit quelque chose de presque subversif : être drôle sans être cruel, vulnérable sans être geignard, autoritaire sans jouer au petit chef. Il rate des conversations importantes, se trompe souvent de stratégie et en fait parfois beaucoup trop. Après des années d’antihéros brillants et toxiques, il propose une complexité moins spectaculaire : celle d’un homme qui essaie de ne pas transmettre ses blessures.