Critique

[Festival de Cannes 2026] The Man I Love avec Rami Malek : la rage de vivre

21 mai 2026

Par Lisa Muratore

Illustration
Rami Malek dans “The Man I Love“. ©Big Creek

Ira Sachs est de retour au Festival de Cannes avec The Man I Love. Porté par Rami Malek, le film raconte les derniers jours d’un artiste en quête de sensations. Critique.

Introduction

Rami Malek nous aurait-il fait mentir ? En incarnant le rôle principal dans le nouveau film d’Ira Sachs, The Man I Love, présenté en compétition, l’acteur oscarisé pour Bohemian Rhapsody (2018) dévoile une palette de jeu convaincante. Un registre dans lequel on ne l’avait pas vu exceller depuis longtemps… pour ne pas dire jamais.

Dans le long-métrage, Rami Malek incarne Jimmy George, une figure incontournable du théâtre new-yorkais des années 1980, condamné par le sida. Mourant, l’artiste va alors s’offrir une dernière pièce, mais aussi une dernière passion. Un geste fort et résilient, montrant que la vie est parfois plus forte que la mort.

Rami Malek bluffant

En filmant les derniers jours de son personnage, Ira Sachs offre un film similaire à Frankie, dans lequel Isabelle Huppert incarnait une actrice atteinte d’un cancer qui décidait de passer ses vacances en famille au Portugal. Présenté en 2019 en compétition au Festival de Cannes, le long-métrage filmait les derniers jours d’une artiste condamnée, à l’image de ce que traverse le personnage de Rami Malek.

L’acteur offre ici une incarnation aussi habitée que sensible, notamment dans les passages musicaux. Il laisse, en effet, éclater une vulnérabilité saisissante dans un film musicalement riche. Ces instants, brillamment mis en scène, crient ainsi toute la détresse d’un personnage complexe, parfois difficile à appréhender.

Car, bien qu’Ira Sachs ne pose jamais un regard moralisateur sur Jimmy, force est de constater que son écriture nous pousse parfois à y voir un homme égoïste, obsédé par son art plus que par les gens qui l’entourent. Un portrait ambigu et une écriture de personnage qui bousculent le spectateur et donnent au film tout son intérêt. Face à lui, un Tom Sturridge mutique, mais terriblement charismatique dans les scènes qu’il partage avec la star de Mr. Robot.

L’envergure d’Ira Sachs

Avec The Man I Love, Ira Sachs offre un film musical mis en scène avec brio. Les couleurs et la photographie appuient des mouvements de caméra astucieux. Un argument non négligeable qui donne au film toute son envergure, après notamment le naturaliste Passages, le dernier film du réalisateur, avec Adèle Exarchopoulos (2023).

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Outre sa mise en scène, The Man I Love est une réflexion sur l’art comme raison d’être. Si Pedro Almodóvar présentait en début de semaine son Autofiction, Ira Sachs est sur le point de conclure la quinzaine avec un long-métrage abordant la fiction et son mélange avec la réalité comme le dernier rempart avant la mort. Un thème qui semble infuser la compétition cannoise et qui murmure de nouvelles problématiques sociales. Même Hirokazu Kore-eda semble s’en être emparé avec son Sheep in the Box, présenté en compétition durant la première semaine du Festival.

Loin de la claque cinématographique ou de la Palme d’or, la proposition d’Ira Sachs repose sur une mise en scène tendre, une immersion dans les années 1980 new-yorkaises et une direction d’acteurs convaincante. Le cinéaste parvient à donner corps à une histoire émouvante qui questionne la création, mais surtout la vie.

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Article rédigé par

Journaliste