Entretien

Kelsey Mann pour Vice-Versa 2 : “Nommer nos propres émotions, c’est une manière de nous confronter à elles”

17 juin 2024
Par Lisa Muratore
“Vice-Versa 2” est attendu dans les cinémas ce mercredi 19 juin.
“Vice-Versa 2” est attendu dans les cinémas ce mercredi 19 juin. ©The Walt Disney Company France

Un an après la présentation du long-métrage Élémentaire à Annecy, L’Éclaireur était de retour au Festival international d’animation pour découvrir Vice-Versa 2 et rencontrer son équipe, quelques jours avant la sortie du film en France, ce mercredi 19 juin.

L’Éclaireur était au Festival international d’animation d’Annecy. À cette occasion, la rédaction a pu découvrir en exclusivité mondiale Vice-Versa 2, en salle ce mercredi 19 juin, mais aussi s’entretenir avec son réalisateur Kelsey Mann et son producteur Mark Nielsen pour évoquer les coulisses de cette suite tant attendue, après l’impact du premier volet sorti en 2015.

Comment avez-vous travaillé ensemble sur ce nouveau projet Pixar ?

Kelsey Mann : Je dois dire qu’au départ il n’y avait personne sur le projet. Meg LeFauve, notre scénariste, était peut-être la seule personne qui travaillait officiellement sur le film à l’époque. Lorsque j’ai rencontré Jeff, nous avons beaucoup discuté de ce que nous voulions faire, quelle expérience nous voulions avoir, quelle expérience artistique nous voulions mener, mais aussi aux côtés de qui nous voulions la faire. Nous avons beaucoup discuté de nos valeurs respectives et de ce qui était important pour nous. C’était d’ailleurs très agréable, car nous avons débuté ainsi en nous posant respectivement cette question des valeurs qui nous a ensuite guidés tout au long du projet. Ceci nous a permis de prendre soin de nos équipes et de faire en sorte qu’elles se sentent écoutées.

Anxiété est l’un des nouveaux personnages de Vice-Versa 2. ©The Walt Disney Company France

Mark Nielsen : C’est tout à fait cela, car la première étape de notre travail est de sélectionner l’équipe qui va diriger le projet. Nous avons dû prendre cette décision ensemble pour construire l’équipe que nous souhaitions. C’est la première fois que nous faisons équipe avec Kelsey. Ça fait 27 ans que je fais partie des studios Pixar, mais c’est la première fois que je travaille avec lui. Aujourd’hui, nous partageons beaucoup de souvenirs ensemble grâce à cette première collaboration !

Selon vous, pourquoi le premier film Vice-Versa a-t-il autant marqué le cinéma d’animation, mais également la pop culture ?

K. M. : Le premier a eu un fort impact, car grâce à Vice-Versa, nous étions tous et toutes enfin capables de visualiser nos souvenirs et nos émotions. C’était une première pour l’époque et c’est impressionnant de voir ce que représente le long-métrage encore aujourd’hui ; l’impact qu’il a eu sur le monde, mais surtout sur les enfants. Le film nous a donné les clés pour comprendre nos enfants. Nous pouvions enfin nous adresser à eux en leur demandant si Colère, par exemple, avait pris le contrôle de leurs émotions. Ça nous a été d’une grande aide. Nommer nos propres émotions, c’est aussi une manière de nous confronter à elles. Avec la franchise Vice-Versa, non seulement nous avons pu leur donner un nom, mais également un visage.

Avec cette suite, nous sommes très excités à l’idée d’explorer des émotions encore plus complexes comme Anxiété, pour savoir comment parler aux enfants, quand, lorsqu’ils vont au lit le soir et qu’ils s’inquiètent du lendemain, et avoir les outils nécessaires pour les aider.

Ce film nous aide tous et toutes à mieux nous comprendre. De votre côté, qu’avez-vous mis de vous dans Vice-Versa 2 ?

K. M. : J’ai l’impression que c’est mon travail justement d’infuser de moi dans mes films, car je suis avant tout un conteur d’histoires. Je dois me jeter corps et âme dans l’histoire et me mettre à la place de mes personnages. En faisant ce travail, chaque spectateur et spectatrice pourra ainsi s’identifier au film et aux personnages.

La bande d’origine de Vice-Versa 2 est de retour dans cette suite.©The Walt Disney Company France

C’est d’ailleurs ce que j’adore à propos de cet univers : on peut regarder derrière le rideau, et comprendre des émotions dont on ne parle pas naturellement. En s’identifiant aux héros ou à une situation, on va pouvoir s’en sortir, ça nous aide tous et toutes à mieux nous comprendre et à mieux nous trouver. Lorsqu’on réalise que l’on n’est pas seul dans ce monde à ressentir toutes ces choses, on se sent plus apaisé.

Riley est un personnage féminin adolescent. Cela implique de se mettre à sa place en tant que réalisateur, ce qui peut créer parfois un décalage. Dans quelle mesure cela a-t-il représenté un challenge ?

M. N. : Nous voulions avant tout être authentiques. Dans cette optique, nous avons essayé de nous entourer de personnes qui, elles aussi, étaient authentiques. C’est pour cette raison que nous avons été très attentifs à l’équipe que nous avons composée.

Vice-Versa 2.©2023 Disney/Pixar

K. M. : Une fois l’ébauche du script terminée, j’ai pu m’aider de scénaristes comme Meg LaFauve. Je l’ai immédiatement embauchée, car elle pouvait justement m’aider avec la perspective de Riley dans le film, car je ne l’avais pas moi-même. J’avais, certes, le point de vue d’un adolescent, bien que c’était il y a très longtemps [rires], mais j’avais besoin d’aide pour construire cette jeune fille. J’ai bien sûr mes enfants aujourd’hui, mais nous avons tout de même convoqué un panel d’experts de l’adolescence [rires] ! Quand Meg est arrivée sur le projet, après avoir travaillé sur le premier volet, nous savions cependant que nous allions dans la bonne direction, car elle connaissait Riley.

Concernant le département qui s’occupait de l’histoire, nous voulions nous assurer que ça ne soit pas uniquement une équipe d’hommes. Au final, plus de la moitié de l’équipe était composée de femmes scénaristes. Nous avions tout cela en tête pour être certains d’être authentiques.

Vice-Versa 2 est également un film d’aventure. Comment trouve-t-on le rythme entre l’humour, l’émotion et les rebondissements d’un long-métrage épique ?

M. N. : En réalité, nous avons travaillé cet équilibre tout au long de la production du film. Pour cela, nous avons élaboré des versions temporaires, de façon à ce que l’on puisse les tester sur grand écran et réagir à celles-ci. Nous avons également beaucoup story-bordé le long-métrage afin que l’on puisse y réagir de la façon la plus authentique possible. C’est un processus, finalement, avec beaucoup d’itérations. Meg LaFauve décrit d’ailleurs très bien cet équilibre en comparant le film à une histoire en trois dimensions, car on a essayé de trouver tout au long du processus un équilibre entre le monde intérieur et le monde extérieur avec un QG dans notre tête [rires].

Bande-annonce VF de Vice-Versa 2.

K. M. : Dans le film, nos personnages vont devoir quitter le QG, ce qui signifie que l’on devait construire une histoire du centre de contrôle, mais aussi une histoire sur leur voyage à travers l’esprit de Riley, ainsi que sur Riley elle-même. Puis, si l’équipe est séparée, on se retrouve avec quatre histoires à imaginer. Ça se complique rapidement, mais c’est passionnant, car on peut explorer différents genres au sein d’un même film !

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Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste