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Brian Cox, Lisa Joy, Marcia Cross… 5 punchlines qu’on a entendues à Series Mania

02 avril 2023
Par Agathe Renac
Hugo Bardin, alias Paloma, a parlé de la mode dans les séries, et notamment dans “Emily in Paris”.
Hugo Bardin, alias Paloma, a parlé de la mode dans les séries, et notamment dans “Emily in Paris”. ©Netflix

Du 17 au 24 mars, des stars du monde entier se sont rendues à Lille pour célébrer l’industrie du petit écran (et révéler des informations croustillantes sur cette dernière).

Brian Cox : “Nicolas Cage est un très bon acteur qui fait des films de merde”

Brian Cox fait partie de ces acteurs mythiques qui ont su se réinventer. Connu pour ses rôles dans X-Men 2, Troie, ou encore La Mémoire dans la peau, le comédien britannique est désormais l’une des têtes d’affiche de la série Succession (dont il est venu présenter le premier épisode de la saison 4 à Series Mania).

Le festival lui avait consacré une masterclass, dans laquelle il a pu revenir sur sa (longue) carrière. Il a évidemment abordé le sujet de Logan Roy, son personnage dans la production HBO, qui est dépeint comme un « homme absolument horrible ».

Brian Cox durant sa masterclass.©Arnaud Loots, Series Mania

Le Britannique de 76 ans n’est pas d’accord avec cette vision que l’on a de Logan. « J’ai toujours pensé que son talon d’Achille était ses enfants. Il les aime et c’est ça le problème. Si ce n’était pas le cas, tout serait plus simple. Tout ce qu’il essaie de faire, c’est de trouver un successeur au sein de sa famille ; c’est quoi le problème ? »

Il est aussi revenu sur les acteurs qui ont marqué sa carrière et avec qui il a collaboré, dont Nicolas Cage. « C’est un grand acteur, mais qui fait des films de merde », a-t-il avancé. Il a précisé que c’était un très bon comédien, « bien meilleur que certains de ses films ne le montrent ». Pour lui, tout le monde devrait voir Adaptation de Spike Jonze pour réaliser à quel point il est talentueux.

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Lisa Joy : “Dans les westerns, les femmes passaient leur temps à pleurer ou à s’offrir sexuellement”

Présidente du jury de cette nouvelle édition de Series Mania, la showrunneuse Lisa Joy (Westworld) a profité d’une masterclass pour parler de sa carrière, de ses débuts dans le droit et de son rapport à la science-fiction.

Pour elle, sa fascination pour les robots est liée à son enfance. « Je suis une fille d’immigrants et je n’avais pas les mêmes références culturelles que les autres quand j’étais petite. J’ai grandi dans le New Jersey, mais on ne mangeait pas de nourriture américaine chez moi. À l’inverse, dans la communauté asiatique, on me prenait pour une Américaine. J’ai toujours été quelqu’un d’extérieur, et ça a eu une influence sur mon travail. »

Elle pense que son attrait pour la science-fiction n’est pas une coïncidence ; pour elle, « les robots regardent les choses avec une certaine distance, comme je l’ai fait toute ma vie ».

Elle est aussi revenue sur ses études de droit à Stanford et Harvard, qui lui ont servi dans son quotidien d’autrice. « Les producteurs pensent que les auteurs sont dingues et mystiques, surtout les femmes. Si vous en êtes une, ils pensent que vous êtes une hystérique. » Le fait d’avoir une base solide en affaires et en droit lui a permis de s’affirmer, malgré la difficulté à être une femme dans ce milieu.

« Quand je me suis retrouvée sur Burn Notice, j’étais la seule personne de sexe féminin dans le pool de scénaristes. C’était un temps avant MeToo et les attitudes étaient différentes. Je me suis plaint auprès de mon agent, qui m’a répondu que si je disais quelque chose, je ne travaillerais plus jamais. »

Lisa Joy durant sa masterclass.©Nablezon, Series Mania

Elle a évidemment parlé de son lien avec Westworld et admis qu’elle n’avait pas vu le film avant de se lancer dans la série. Au départ, elle pensait que ce n’était « qu’un western avec des robots ». Après en avoir discuté avec son mari, Jonathan Nolan, ils ont finalement pensé que ce projet était une bonne idée.

Elle était agacée par la représentation des femmes dans le genre et voulait bousculer les codes : « Dans les westerns, elles passaient leur temps à pleurer ou à s’offrir sexuellement. Je voulais vraiment raconter une autre histoire. » Interrogée sur l’annulation de sa série, la showrunneuse a expliqué que les scénaristes connaissaient souvent le rejet à Hollywood. « Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière », a-t-elle conclu. Malgré la fin de la production, ses personnages continueront de vivre dans sa tête, et dans celle des fans.

Marcia Cross : “Je n’ai toujours pas regardé le dernier épisode de Desperate Housewives

Figure iconique du petit écran, Marcia Cross a marqué plusieurs générations avec son personnage de Bree Van De Kamp. Lors d’une masterclass, elle est revenue sur ce rôle clé de sa carrière. Elle a révélé que les débuts de Desperate Housewives avaient été difficiles et qu’elle avait peur d’être renvoyée. « J’avais du mal à percevoir mon personnage, contrairement aux autres actrices qui avaient des rôles très réels et ancrés. » Sa mère de famille perfectionniste était difficile à cerner et « tellement too much ».

Marcia Cross lors de sa masterclass.©Gael Leitao, Series Mania

Marcia Cross a aussi confié qu’au moment du tournage, elle ne voyait pas le potentiel comique de la série. Elle se souvient de l’épisode 2, quand elle dit « une phrase très gênante » : « Rex pleure quand il éjacule ! ». Choquée par ces propos, l’actrice était allée voir le créateur, Marc Cherry, en lui affirmant qu’elle ne pouvait pas dire ça.

« Puis on a fait la lecture du script aux répétitions et tout le monde a éclaté de rire quand j’ai sorti la réplique », a-t-elle admis. Aujourd’hui, elle n’a aucun doute quant à son personnage et comprend pourquoi il amusait autant :« Dire une phrase pareille en gardant un visage impassible, c’est très pince-sans-rire ».

Épuisée par la fin de la série, l’actrice n’a pas regardé le tout dernier épisode de Desperate Housewives. « Je sais ce qu’il s’est passé, évidemment, a-t-elle annoncé. Mais je refuse de le voir. » La raison ? Pour elle, ce final était « très dur sur un plan émotionnel ».

Hugo Bardin : Sex and the City a inventé sans le savoir le partenariat inédit avec des marques”

Le vainqueur de Drag Race France, Hugo Bardin (alias Paloma) et le réalisateur Stéphane Foenkinos ont animé une conférence sur la mode dans les séries. Du style gothique dans le mockumentaire What We Do in the Shadow à l’iconique Fran Fine dans The Nanny, en passant par le mauvais goût d’Eddy dans Absolutely Fabulous et les combinaisons moulantes dans Chapeau melon et Bottes de cuir, toute l’histoire du petit écran a été décryptée.

Hugo Bardin a tout d’abord parlé des premières séries qui l’ont marqué : Charmed (il a même admis qu’il était team Prue), Sex and the City (qu’il regardait en cachette chez ses grands-parents) et Inspecteur Derrick (dont les chignons bananes et les tailleurs gris des bourgeoises allemandes le fascinaient).

Pour lui, Sex and the City était une série révolutionnaire pour sa représentation des femmes et de la mode. Malgré quelques incohérences (Carrie Bradshaw avait 40 tenues différentes et un appartement décent à New York alors qu’elle faisait des piges dans un journal), le show a imposé sa vision du style, notamment grâce à l’aide de la costumière légendaire Patricia Field.

Hugo Bardin a expliqué qu’ils ont « inventé sans le savoir le partenariat inédit avec les marques » et que ces New-Yorkaises privilégiées portaient chacune leur préférée (Dior, Gucci, Versace…). « Dans les premières saisons, elles avaient des fringues “normales” de créateurs que tout le monde pouvait copier, a-t-il souligné. Elles ont inspiré toute une génération de femmes et d’homosexuels. »

Malgré cette démocratisation de la mode et du prêt-à-porter de luxe, Hugo Bardin a constaté des changements dans la série. « Au début, ces vêtements étaient au service des personnages et de l’histoire. Ensuite, le show a été écrit en fonction des partenariats. » Il faut dire que dans les années 2000, Sex and the City a eu des influences directes sur les ventes de chapeaux, gants, sacs, ou encore chaussures.

Hugo Bardin a fait le parallèle avec Emily in Paris, qui a relancé la hype autour des bérets, mais dont les épisodes ressemblent surtout à des pubs. « On est quand même face à une jeune femme qui n’a pas d’argent pour s’acheter un croissant, mais qui a 12 fashion weeks sur le dos et se balade à Montmartre avec des talons ! » Dans la production de Netflix, les marques sont clairement citées et certaines ont même été créées (comme Pierre Cadot ou le champagne Champère) avant d’être commercialisées.

Et la France dans tout ça ? « J’ai été costumier à la télé pendant longtemps », a confié le gagnant de Drag Race France. Il a travaillé sur de nombreuses séries, dont Sam. Pour lui, l’absence de style dans nos programmes s’explique par la volonté de les rendre accessibles. « Les chaînes se disent que les ménagères doivent se reconnaître dans ces personnages. Natacha s’est tapé le même t-shirt pendant six saisons. Le but, c’est que le spectateur se dise : “Ah moi aussi je remets souvent ce vêtement.” En France, on ne doit pas faire rêver les gens, mais leur ressembler. »

Cyril Dion : “Les séries d’anticipation sont incapables de sortir de cet imaginaire catastrophique”

Écrivain, réalisateur, poète et militant, Cyril Dion a animé une conférence sur les séries et l’écologie. Rapports du Giec, urgence climatique, catastrophes naturelles… Il a abordé de nombreux sujets en prenant pour exemple des shows internationaux.

Chernobyl lui a par exemple permis de revenir sur la question du nucléaire : « Il y a un grand débat sur cette énergie aujourd’hui. On la montre comme une solution, mais est-ce bien raisonnable de construire des réacteurs partout dans le monde ? Des productions comme Chernobyl nous poussent à nous poser des questions. »

Cyril Dion durant sa conférence.©Arnaud Loots, Series Mania

Il s’est aussi appuyé sur Apagón, une création espagnole dans laquelle une tempête solaire frappe la Terre et provoque une panne d’électricité générale. Le réalisateur s’est interrogé sur notre capacité à vivre sans cette dernière, alors qu’une « coupure de quelques heures nous suffit à réaliser à quel point nous sommes dépendants et à quel point nos vies sont fragiles. Nous sommes démunis sans lumière, sans téléphone et sans mail. On a tendance à minimiser cette fragilité. »

Selon lui, nous ne sommes pas préparés à cette éventualité, qui pourrait bien arriver. « Tant que ça tourne, tout va bien. Mais il suffit d’un petit grain de sable pour que la situation devienne ingérable. »

Très critique envers la dernière production d’Apple TV+, Extrapolations, il a expliqué que les fictions étaient « incapables de sortir de cet imaginaire catastrophique ». Pour lui, les récits d’anticipation nous montrent un futur possible, mais cet « horizon dystopique pourrait se transformer en prophétie autoréalisatrice ».

Autrement dit : plus on nous montre des fictions dystopiques, plus « on va se mettre en tête que notre futur est celui de Mad Max et que tout le monde va devenir survivaliste et ne penser qu’à sa peau ». Las de ces histoires, le militant aimerait qu’on nous en raconte des nouvelles, « des récits de coopération et d’écologie plus positifs ».

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Article rédigé par
Agathe Renac
Agathe Renac
Journaliste