Critique

Franck Thilliez, La route du diable : faut-il lire le nouveau roman d’horreur de l’auteur ?

10 septembre 2026

Par Robin Negre

Illustration
“La route du diable” de Franck Thilliez. ©Fleuve Éditions

L’auteur sort son tout premier roman horrifique, sous le pseudonyme de Caleb Traskman, à découvrir aux éditions Fleuve dès le 10 septembre.

Introduction

Après L’autre moi (Fleuve Éditions) et son ambiance inspirée de David Lynch, Franck Thilliez propose une œuvre inspirée de la littéraire horrifique et monte d’un cran avec La route du diable (Fleuve Éditions), à découvrir en librairie à partir du 10 septembre 2026.

Dans un récit court et contenu, l’auteur prend le nom de plume de Caleb Traskman, un écrivain torturé qu’il a déjà mis en scène dans certains de ses livres, pour signer ce qui est décrit comme étant son tout premier roman d’horreur. Armé et protégé par l’utilisation de cet alter-ego, l’artiste propose un livre brutal et intense, inspiré des plus grandes histoires d’horreur américaines.

2017, en Amérique du Nord, Abigaël s’apprête à emprunter la célèbre route du Diable et ses 700 kilomètres isolés, loin de toute civilisation. Elle est accompagnée de Jean-Bernard et de deux influenceurs, Dorian et Lily-Lou, experts en histoire « true-crime ». Un an auparavant, la fille d’Abigaël et le fils de Jean-Bernard ont disparu après avoir voyagé le long de cette route inquiétante et l’affaire n’a jamais été résolue.

Persuadée que la vérité se trouve au bout de cette route, la petite troupe se lance dans un voyage périlleux dans l’espoir de comprendre ce qui s’est réellement passé. La route du diable, entre le road-trip et le survival horrifique, déploie en quelques pages tous ses personnages et ses enjeux pour se concentrer sur un élément bien précis : la montée en puissance de l’effroi et du carnage.

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Aucun répit pour les protagonistes

On pourrait être surpris, à première vue, face à un roman de Franck Thilliez si court et si rapide à lire. Le récit, efficace, se dévore quasiment d’une traite tant l’appel de la vérité et le besoin d’arriver au bout de l’histoire — et de la route — s’imprègnent sur le lecteur. La route du diable est l’un des romans les plus simples de l’auteur en termes de construction narrative, mais aussi l’un de ses plus efficaces. Tel un film d’horreur d’1h30 qui s’impose sans répit au spectateur, le roman ne se lâche pas et offre une tension permanente du début à la fin.

Si le précédent roman de Franck Thilliez avait des allures lychiennes, La route du diable rappelle des œuvres telles que La colline a des yeux (1977) et Massacre à la tronçonneuse (1974) avec une pointe de Stephen King dans le style et la capacité à décrire des personnages évoluant dans l’Amérique profonde, entre désert social, zone de non-droit, abandon culturel des populations et traumatisme industriel. Cette sensation d’être perdu au fond d’un état qui ne répond à aucune règle sociale contribue à créer une atmosphère dérangeante et une ambiance effrayante. Le quatuor lancé sur la route comprend bien vite le danger qui les guette — tout comme le lecteur — et l’étau se referme sur eux avec une maitrise absolue et un sadisme terrifiant.

Tromper le lecteur

La route du diable n’est pas un roman tout public. Franck Thilliez — où plutôt Caleb Traskman — prend la consigne très au sérieux et son premier roman d’horreur l’est dans les moindres détails. Le supplice rencontré par certains personnages est particulièrement saisissant, mais le livre ne se contente pas pour autant d’être un simple récit de survival horrifique.

Avec une certaine audace, Franck Thilliez ajoute à son intrigue des éléments surprenants et des retournements de situation ambitieux qui tranchent avec la simplicité absolue — mais réussie — des premiers chapitres. Un revirement dans le style qui n’est pas loin de briser la suspension volontaire d’incrédulité, mais qui ne manque pas de créer des scènes choquantes, tout en ajoutant à l’intrigue une certaine imprévisibilité.

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La route du diable est un livre coup de poing. Franck Thilliez plonge corps et âme dans le genre horrifique et propose l’un de ses livres les plus cinématographiques et visuels, tant l’ambiance de son histoire est palpable et convoque des références évidentes.

La plume de Caleb Traskman est simple, rapide, et utilise un vocabulaire contemporain. On pourrait regretter que cet alter-ego réputé comme torturé dans les précédents livres de Thilliez ne possède pas un lexique plus appuyé et franc, mais cela n’enlève en rien à la force du récit. La route du diable se lit comme une histoire d’horreur gore et violente que les amateurs du genre se raconteraient tard dans la nuit, implacable et absolue.

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