Critique

L’adolescence du perroquet marque-t-il le grand retour d’Amélie Nothomb à la fiction ?

19 août 2026

Par Benoît Gaboriaud

Illustration
©J-B. Mondino

[Rentrée littéraire 2026] Comme de coutume depuis plus de trois décennies, Amélie Nothomb dévoile, à chaque rentrée littéraire, un nouveau roman. Cette année, il s’agit d’une fiction : L’adolescence du perroquet. Que vaut ce nouveau cru ?

Introduction

Après Tant mieux (2025), consacré à sa mère, L’impossible retour (2024), sur son voyage au Japon, et Psychopompe (2023), dans lequel elle aborde le viol collectif dont elle a été victime à l’âge de 12 ans, soit une série autobiographique aussi savoureuse que poignante, Amélie Nothomb revient, avec L’adolescence du perroquet, à la fiction, un terrain sur lequel elle est capable du meilleur comme du pire.

De l’autobiographie à une fiction empreinte de réalité

Dotée d’une autodérision sans concession parfois piquante, Amélie Nothomb excelle dans l’autobiographie depuis Le sabotage amoureux (1993), et plus encore depuis Stupeur et tremblements (1999), adapté au cinéma en 2003 par Alain Corneau, avec Sylvie Testud dans le rôle de la romancière.

Après une longue série de romans de fiction assez inégaux, souvent nourris de l’univers du conte, elle était revenue à ce genre par la grande porte en 2021 avec Premier sang. Aujourd’hui, elle emprunte le chemin inverse et renoue avec la fiction.

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En manque du Louvre et de sa Belle Ferronnière

Ce nouveau court récit d’un peu plus de 150 pages débute au Louvre et s’inspire, dans un premier temps, d’une expérience réelle. En 2024, lors d’une carte blanche sur France Inter, Amélie Nothomb pousse un coup de gueule. Elle critique le système de réservation en ligne pour accéder aux musées, imposé depuis la pandémie de Covid-19, notamment au Louvre. Cette évolution la peine fortement, elle qui avoue être peu à l’aise avec les nouvelles technologies, mais profondément attachée à La Belle Ferronnière de Léonard de Vinci.

Craignant de se retrouver devant des portes closes, elle attendra quatre ans avant d’oser revenir au musée, au culot, sans réservation, car « en manque du Louvre », comme le dit son personnage qui se flatte d’avoir plus d’amis de marbre que de chair.

Chroniqueur radio, il raconte cette même mésaventure dans un billet d’humeur intitulé « De l’impossibilité d’aller au Louvre ». Sa péroraison emporte l’adhésion des auditeurs. Pendant quelques pages, le doute s’installe : ce narrateur ne serait-il pas le double de son autrice ? Amélie Nothomb semble prendre un plaisir évident à brouiller les pistes. Elle finit pourtant très vite par lever le voile : ce chroniqueur est bel et bien un homme et donc un personnage de fiction.

Le gris du Gabon, un parfait personnage de conte horrifique

Alban, célibataire d’un certain âge, se retrouve presque malgré lui responsable d’un jeune gris du Gabon. Alerté par une annonce, il se rend chez son voisin qui lui confie précipitamment l’oisillon en lui demandant de garder le secret, son commerce étant désormais interdit. Décontenancé, il accueille pourtant l’animal chez lui.

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Depuis Psychopompe, qu’elle qualifie elle-même « d’autobiographie aviaire », on connaît la passion d’Amélie Nothomb pour les oiseaux. Elle les considère comme « la clé » de son existence et associe le vol au geste de l’écriture. Pas étonnant alors qu’Alban laisse son perroquet évoluer librement dans son appartement… Jusqu’au jour où celui-ci commence à tout saccager. Il décide alors, en son absence, de l’enfermer dans une cage, qu’il lui présente comme un espace de liberté : sa chambre.

En effet, le Gris du Gabon possède une faculté bien connue : il parle. Alban engage donc avec lui un dialogue de plus en plus troublant, jusqu’à penser que l’oiseau lui répond véritablement. De cette cohabitation naît une relation ambiguë qui bascule peu à peu d’un conte merveilleux vers un récit d’épouvante digne de Stephen King, recette dont Amélie Nothomb est coutumière.

Une recette qui a fait son succès

L’adolescence du perroquet s’inscrit dans la continuité de ses fictions, souvent fondées sur l’affrontement entre deux personnages, comme dans Hygiène de l’assassin, où un vieux romancier misanthrope et misogyne, Prétextat Tach, fait face à une journaliste.

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Ici, cette confrontation lui permet une nouvelle fois de développer quelques réflexions autour du langage, de la solitude, de l’amour, de la domination et de l’altérité, autant de thèmes qui traversent son œuvre. Inéluctablement, comme dans la majorité de ses fictions, la relation entre Alban et son perroquet glisse vers le thriller psychologique, dont on attend le dénouement avec impatience, incapable de refermer le livre avant d’en connaître l’issue. Si la conclusion peut, hélas, sembler alambiquée, le roman séduit malgré tout par les réflexions qu’il suscite.

De ce fait, L’adolescence du perroquet marque un retour en demi-teinte d’Amélie Nothomb à la fiction. Même s’il nous tient en haleine, ce cru n’atteint pas l’excellence d’Hygiène de l’assassin (1992) ou d’Acide sulfurique (2005). Il devrait malgré tout séduire les aficionados de son œuvre, car il réunit tous les ingrédients qui ont fait son succès, mais décevra un peu ses lecteurs moins assidus et plus sensibles à ses autobiographies.

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